Le Marathon de Palestine revient en 2026. Marathons.com a échangé avec Mahmoud Al-Haddar, organisateur, et Lisä Amēr, athlète palestinienne. © Marathon de Palestine

Le Marathon de Palestine est de retour en 2026

MarathonCommunauté
19/01/2026 10:21

La dernière édition du Marathon de Palestine a eu lieu en 2023, quelques mois avant les événements d’octobre de la même année, qui ont fait basculer le pays dans un conflit toujours plus intense. Témoignage d’un courage et d’une résilience qui force l’admiration, la course revient en 2026. La rédaction de Marathons.com a eu la chance de s’entretenir avec Mahmoud Al-Haddar, organisateur de la course, et Lisa Amer, athlète palestinienne.


Le 10 mars 2023, Lisa Amer participait à sa sixième édition du Marathon de Palestine. L’athlète palestinienne ne pensait sûrement pas lors de cet événement qu’il lui faudrait attendre plus de trois ans pour reprendre le départ de la course (l’édition 2026 est prévue le 17 avril). Cette course est à part dans le monde du sport. Elle a été lancée en 2013 comme un acte de résistance au pouvoir israélien, qui occupe illégalement la Cisjordanie depuis 1967 (ndlr, situation dénoncée par l’ONU et une grande partie de la communauté internationale). Une situation qui offre un quotidien de guerre et de tensions aux 3,3 millions de Palestiniens qui vivent sur ce territoire.

Impossible pour les habitants, adultes et enfants, d’éviter les contrôles d’identité et les checkpoints militaires. Cette réalité entrave gravement la vie quotidienne, le travail, l’accès aux soins, aux universités… Les habitants de Cisjordanie vivent enclavés, dans un monde en tensions constantes. C’est pour lutter contre cet apartheid que le Marathon de Palestine est né. Plus que promouvoir la liberté, la course est un outil pour œuvrer pour la liberté de mouvement des habitants de Cisjordanie, et le droit à courir de toutes et tous. Il y avait 700 coureurs en 2013, plusieurs milliers sont attendus le 17 avril prochain à Bethléem pour prendre le départ du Marathon de Palestine. Et donner une image souriante et positive de ce pays.

| Mahmoud, pouvez-vous nous raconter l’histoire de cette course ?

Nous avons lancé la première édition en 2013, avec les mêmes objectifs qu’aujourd’hui : se battre pour notre liberté de mouvement et nos droits à courir. Nous avons ensuite continué à organiser la course jusqu’à la période du coronavirus, qui nous a obligés à interrompre pendant deux ans. On a repris en 2023 puis la guerre a de nouveau tout arrêté. En 2026, ce devrait être la dixième édition du Marathon de Palestine. J’espère vraiment que cela aura lieu et que ce sera un beau moment pour tout le monde. Depuis les débuts il a fallu être ingénieux et courageux car il n’y pas assez d’espace en Cisjordanie pour faire un marathon complet sans rencontrer de checkpoints militaires. Nous faisons ainsi deux boucles pour atteindre la distance du marathon.

© Marathon de Palestine

| Dès son origine, cet événement était donc bien plus qu’une simple course

Depuis 2013, la course est un moyen pacifique pour sensibiliser au manque de liberté de mouvement imposé par les forces israéliennes sur les Palestiniens. C’est le message principal du marathon. Mais c’est aussi une manière de faire connaître la culture palestinienne, de faire connaître notre vie, de valoriser notre hospitalité, et bien sûr de favoriser le dialogue et la compréhension entre les cultures. La liberté de mouvement est le message central de la course mais il y a beaucoup d’autres choses. La course commence et finit à la Basilique de la Nativité, symbole de paix pour les peuples du monde entier. Le parcours passe ensuite par de nombreux points critiques : le long du mur et à travers deux camps de réfugiés notamment. Nous désirons continuer à faire parler de nous et à mettre la lumière sur notre situation.

Marathon de Palestine (2)
© Marathon de Palestine

« Depuis 2013, la course est un moyen pacifique pour sensibiliser au manque de liberté de mouvement imposé par les forces israéliennes sur les Palestiniens. C’est le message principal du marathon. C’est aussi une manière de faire connaître la culture palestinienne. »

Mahmoud Al-Haddar

| Quelles sont les principales difficultés pour organiser la prochaine édition ?

Nous avons toujours les mêmes défis, ou plutôt la même situation, à chaque édition… Avec le conflit qui s’est aggravé et la situation en Palestine, de nouveaux points de contrôle, de nouvelles frontières, de nouvelles portes sont malheureusement encore apparus pour nous. Nous vivons un quotidien chaotique. Nous ne savons jamais exactement quand les portes s’ouvrent, ou quand un checkpoint est accessible ou non. L’édition 2026 ne va pas déroger à la règle. C’est aussi un énorme défi logistique vu les restrictions de mouvement qui nous sont imposées, les permis demandés, les limitations d’accès… Les Palestiniens de la bande de Gaza doivent demander une permission pour venir en Cisjordanie, et les refus sont nombreux. Tous les participants arabes ne peuvent pas entrer pour participer au Marathon de Palestine. Les participants internationaux doivent obtenir une autorisation ou demander un visa via les sites israéliens pour participer au marathon en Palestine. Sans parler de toutes les restrictions matérielles avec le blocus. Un exemple avec nos outils chrono qui ont été endommagés par les forces israéliennes. 30 000 euros de perte et pas le droit d’en importer d’autres. Le défi est énorme mais la solidarité de notre communauté est également immense.

Marathon de Palestine (3)
© Marathon de Palestine

| Parlez-nous de cette communauté

Nous avons de nombreux partenaires qui font corps autour de l’évènement : des communautés locales, de très nombreux bénévoles, plus de 20 associations partenaires, comme Right to Play, la Croix-Rouge, PCRF et encore beaucoup d’autres. Le jour de la course, nous avons plus de 500 bénévoles et environ 200 bénévoles la semaine précédente, pour la distribution des dossards, répartis sur plusieurs jours et à différents lieux. Cela demande beaucoup de travail et de patience. Nous sommes très fiers de notre communauté et nous essayons de lancer de nouvelles initiatives pour la renforcer, surtout auprès des jeunes. C’est pour cela que nous avons lancé de nouvelles formules pour attirer toujours plus de monde : une course de 5 km en forêt, une course familiale.

| On le voit sur les photos de la course, il y a beaucoup de femmes et de jeunes sur la course

Mahmoud Al-Haddar : Oui, et c’est une très belle chose ! Lors de la dernière édition en 2023, il y avait 50% de femmes et 50% d’hommes sur l’ensemble des courses proposées par le Marathon de Palestine. Cela donne le sourire. Depuis le lancement de la course, il y a énormément de motivation chez les femmes et chez les jeunes.

Lisa Amer : Cette statistique de 2023 m’avait fait très plaisir car vous connaissez un peu la culture traditionnelle ici. Ce n’est pas tout le temps évident pour les femmes de courir dans la rue. C’est une très belle image de notre pays et une représentation des combats qui sont menés ici.

Marathon de Palestine (4)
© Marathon de Palestine

| Quelle émotion représente cette course pour vous, Lisä ?

Lisa Amer :J’ai dû courir six fois en semi-marathon après avoir commencé par le 10 km en 2013. Cet événement est très important pour moi, je suis vraiment triste qu’il n’ait pas eu lieu ces deux dernières années. En mars, cela fera trois ans. C’est difficile pour nous, athlètes, car nous n’avons rien qui nous motive à nous entraîner davantage. On travaille sans objectif précis. Mais je continue à m’entraîner, car j’ai l’espoir qu’un jour, nous nous retrouverons tous ensemble pour courir. J’ai eu la chance de faire une course à Dubaï mais cela n’atteint jamais le sentiment que j’ai en courant à Bethléem, chez nous. Notre marathon a une signification spéciale, forcément très émotionnelle. Pour sûr, c’est différent de courir simplement pour gagner un trophée. Qui plus est, j’adore l’ambiance du Marathon de Palestine, la musique, les chants traditionnels, les danses traditionnelles. Tout le monde encourage tout le monde. Les enfants dans la rue, les personnes âgées assises devant leurs maisons qui nous regardent passer en souriant. C’est un sentiment très agréable. Chaque fois que j’atteins la ligne d’arrivée, je pleure. Même si je ne gagne pas, je ressens que j’ai accompli quelque chose de spécial . Je prévois de faire le marathon complet quand j’aurai 40 ans, actuellement j’ai 36 ans. J’espère pouvoir courir la distance du marathon dans les prochaines années mais cette année encore, je vais faire le semi-marathon.

© Marathon de Palestine

| Et tous ces coureurs qui viennent du monde entier ?

Lisa Amer : Sportivement déjà, c’est un immense privilège de pouvoir concourir avec des internationaux, puisque nous ne pouvons pas facilement sortir du pays pour aller courir d’autres courses. Les coureurs étrangers sont généralement très encourageants, très gentils avec nous. Ils sont souvent heureux d’être venus pour nous, pour montrer qu’ils sont avec nous. C’est très beau et cela fait du bien à notre peuple.

Mahmoud Al-Haddar : Ils sont très importants pour nous. Ils donnent de la force à notre cause. Avec le Marathon de Palestine, nous faisons entendre notre voix dans le monde. C’est aussi très beau qu’ils puissent venir ici et écrire leur propre histoire avec la Palestine, avec ses habitants. Les coureurs internationaux choisissent de venir en Palestine malgré les difficultés car ils ne participent pas seulement à un événement sportif. Ils ne sont pas là pour battre des records, ils se tiennent debout pour la liberté de mouvement, la dignité, la justice. Leur présence envoie un message puissant au monde.

| Quelles sont les situations quotidiennes que vous rencontrez et dont vous désirez témoigner avec cette course ?

Mahmoud Al-Haddar : Notre vie quotidienne est très chaotique. Nous ne savons jamais ce qui va se passer. Nous ne pouvons pas nous déplacer d’une ville à une autre à cause des points de contrôle et des nouvelles portes. Nous ne savons pas quand elles sont ouvertes. C’est notre vie. Je vais vous donner un exemple qui date de la semaine dernière, très personnel. Mes enfants jouaient sur une place près de chez moi. Sans aucune raison, en tout cas explicite, les forces israéliennes ont envahi toute la zone et ont commencé à lancer du gaz. Nous vivons dans un état d’alerte constant. Au moment où je parle avec vous, je vois par ma fenêtre toute la ville et les colonies sur les montagnes (ndlr, ces colonies sont considérées illégales par l’ONU et la majorité de la communauté internationale). Nous n’avons pas beaucoup d’endroits pour nous amuser ou jouer avec les enfants. Ils comprennent la situation, sont très intelligents. Ils vivent la situation et la voient de leurs propres yeux. Même si j’essaie de leur mentir « ne t’inquiète pas, ne crains rien, tout va bien », en général, ils savent que ce n’est pas vrai. Ils cherchent la vérité.

| Lisa, comment arrivez-vous à vous entraîner et à gérer votre vie personnelle ?

Je suis célibataire, donc cela rend déjà les choses un peu plus faciles. J’ai un travail difficile qui se termine tard. Je m’entraine donc le soir, et en Palestine, courir le soir n’est pas facile, car des événements imprévus se produisent parfois. Je suis souvent fatiguée mais je continue à courir. Je dois inventer des parcours pour éviter les zones dangereuses et pouvoir faire mes kilomètres. C’est difficile mentalement mais j’arrive à le faire. J’invente des parcours dans mon quartier. Parfois, je fais des cercles, encore et encore, pour atteindre au moins 10 km. Je cours parfois sur un terrain de football avec un groupe, mais dans la rue, c’est seul.

| Quand avez-vous commencé à courir ?

J’ai commencé à courir à l’école, mais je me suis vraiment concentrée sur la course à pied à l’âge de 29 ans. C’est tout récent. J’ai une bonne endurance en général, j’aime courir. Une motivation supplémentaire a grandi pendant la période du coronavirus. Nous n’avions vraiment rien à faire, pas de salle de sport, rien. Courir dans la rue était la seule option.

| Vous avez dû inspirer d’autres personnes

Oui ! Quand je cours dans le parc, il y a toujours de petites filles qui veulent venir avec moi. Si je ne viens pas un jour, elles sont en colère (rires). C’est très beau. Elles demandent même à leurs parents de les amener à ce moment-là.

| La course est en avril 2026. Quelles sont les prochaines étapes ?

Mahmoud Al-Haddar : On essaye de trouver des formules pour pallier au fait qu’il est compliqué pour tout le monde de venir. Avant cette interview, on travaillait avec l’équipe sur une possible course virtuelle, pour toutes les personnes du monde qui souhaitent participer même à distance. J’espère que nous allons bientôt lancer les inscriptions pour cette course. Nous communiquons en effet beaucoup avec des groupes en France, au Danemark, en Allemagne qui sont intéressés à participer, mais qui ne peuvent pas venir, à cause notamment des permis nécessaires pour venir ici. La Palestine Virtual Race pourrait donc naitre bientôt. Nous allons bien sur continuer à promouvoir le Marathon de Palestine via notre page Facebook, dans les médias locaux, à organiser des réunions avec les partenaires pour célébrer cette 10ème édition. Nous essayons de faire quelque chose pour renforcer les initiatives locales. D’un autre côté, il y a des points importants que je n’ai pas mentionné : la course commencera à Gaza, pas d’ici. Les personnes qui donneront le signal de départ seront à Gaza.

Marathon de Palestine (5) © Marathon de Palestine
Marathon de Palestine (6) © Marathon de Palestine
© Marathon de Palestine

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Charles-Emmanuel PEAN
Journaliste

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