Le documentaire « 26.2 to Life » se concentre sur le parcours de trois hommes qui entreprennent de courir un marathon.

« 26.2 to Life » : courir vers la rédemption

CommunautéPratiques
19/01/2026 10:36

Le documentaire « 26.2 to Life », traduit en français par « Le marathon de la rédemption », réalisé et produit par ESPN, se concentre sur le parcours de trois hommes condamnés pour meurtre qui entreprennent de courir un marathon derrière les murs de la prison californienne de San Quentin. En quête de rédemption et d’une forme de liberté, ces détenus trouvent dans la course à pied un espoir de renaissance. Courir peut-il redonner goût à la vie ? Réponse dans ce film, où le coach Franklin Ruona joue un rôle clé, à la fois mentor et pilier pour ces prisonniers trop souvent invisibilisés par la société.


« Je les considère comme ma famille », déclare Markelle Taylor, le meilleur coureur du 1 000 Mile Club, fondé par Franklin Ruona en 2005. Cette association, qui rassemble entraîneurs et coureurs, est pourtant tout sauf anodine. es membres sont des prisonniers incarcérés à la prison californienne de San Quentin, pour la plupart condamnés pour meurtre et purgeant de longues peines, qu’ils peuvent espérer voir réduites lors de leurs demandes de libération conditionnelle.

Au début du film, certains voient d’ailleurs leur requête refusée, avant que celle-ci ne soit réexaminée dans les dernières minutes du documentaire. Rien n’est acquis, mais l’œuvre pose aussi la question de l’utilité de ces peines à « perpétuités », alors que certains condamnés semblent désormais pouvoir être réhabilités. D’ailleurs, sur les 45 membres du club déjà libérés, aucun n’a récidivé. Un chiffre qui parle de lui-même et illustre à quel point l’appartenance à un collectif sportif peut transformer des trajectoires et produire un impact social majeur.

Si les entraînements hebdomadaires occupent une place si importante pour les détenus, c’est parce qu’ils sont dispensés par des coachs profondément investis, qui considèrent avant tout ces hommes comme des runners, et rien d’autre. Au vu du peu de visites que reçoivent certains d’entre eux, la séance du vendredi (et celle du lundi une semaine sur deux) constitue une véritable lueur dans l’obscurité, une occasion de se sentir pleinement intégré à une communauté.

Rahsaan Thomas, le dernier finisher du marathon, aujourd’hui engagé dans des activités de journalisme au sein de la prison, souligne l’importance des bénévoles du 1 000 Mile Club : « Il y a un vieil adage indien : celui qui pense ne pas faire partie de la tribu agit comme s’il n’avait aucun proche. Avec eux, on sent qu’on appartient à la tribu. » Et il est loin d’être le seul à partager ce sentiment. Tommy Lee Wickerd évoque lui aussi ce besoin d’appartenance, insistant sur la nature du collectif : pas un gang, mais une sphère où il est entouré de « gens bien ». « Là, je suis entouré de coachs qui sont comme ma mère et mon père », confie-t-il dans le documentaire, conscient de la chance qui lui est offerte d’être défini par autre chose que ses crimes et son statut de prisonnier.

| Le marathon de la rédemption en 105 tours

Pas d’attente démesurée : l’objet principal du film, le marathon, est montré d’entrée de jeu. Au bout d’une dizaine de minutes, les coureurs s’élancent pour 105 tours vertigineux sur un terrain inadapté, avec un sol piégeux. Le parcours sinueux les oblige à zigzaguer constamment entre les autres prisonniers dans la cours de la prison. L’épreuve ne s’arrête pas là. Après seulement deux minutes de course, une alarme retentit, contraignant tous les participants à s’asseoir. La pause dure sept minutes trente, avant que les participants ne soient autorisés à repartir. Une interruption brutale, révélatrice de la réalité carcérale qui s’impose, même au cœur d’un événement hors norme.

Pour tenir la distance, les détenus s’entraînent depuis un an, parfois davantage selon leur date d’entrée au club. Progressivement, ils ont appris à encaisser l’effort : terminer un semi-marathon, courir deux heures sans marcher, atteindre les 30 kilomètres, avant de se frotter à la distance reine. En cette fraîche matinée ensoleillée de novembre, la petite équipe d’entraîneurs qui les accompagne tout au long de l’année agit comme sur n’importe quelle course officielle : elle note les temps de passage, encourage, distribue à boire. Porteurs de cette initiative inédite, ces bénévoles organisent chaque année ce marathon unique en son genre. Certains coureurs réitère l’expérience pour tenter d’abaisser leur record, tandis que d’autres s’attachent avant tout au projet collectif. À l’image de Larry, devenu le premier détenu à boucler cinq marathons à San Quentin, dans une épreuve que seule une douzaine de participants parvient à terminer chaque année.

Fiche technique du film

  • Durée : 1h39
  • Sorti le 7 avril 2025
  • Réalisé par Christine Yoo
  • Produit par Film Hālau, Fifth Man Productions et Stoopball, LLC en partenariat avec ESPN Films, leader du secteur de la réalisation de films documentaires depuis sa création en 2008

| Trois histoires entremêlées avec ces fameux 26.2 miles

Trois détenus sont particulièrement mis en avant dans le documentaire. D’abord Markelle Taylor, le meilleur coureur du groupe, qui vise un temps inférieur à trois heures. « J’ai commencé à courir pour rester concentré sur mon objectif : sortir, retrouver ma liberté », raconte-t-il. Lorsqu’il franchit la ligne d’arrivée, la plupart des autres participants n’en sont encore qu’à la moitié de la distance. Il témoigne de l’acte violent qui l’a conduit en prison et se souvient de son enfance marquée par la violence. En parallèle, on le voit passer au point des 19,5 km en 2h20. La barre des trois heures tiendra-t-elle dans ces conditions ? Ou devra-t-il retenter sa chance, un jour, dans un autre cadre ?

Un autre profil, très différent, est suivi : Rahsaan Thomas, journaliste au sein de la prison, engagé dans un groupe de justice restaurative et constamment mobilisé pour ses multiples missions.« J’ai pris double perpétuité. Je ne rentrerai jamais chez moi. Mais au lieu de laisser la colère me dévorer, je préfère transformer ça en énergie, affirme-t-il. J’espère survivre au marathon vendredi. Si vous avez sept heures devant vous, vous le verrez peut-être de vos propres yeux. » Moins passionné de course à pied que ses camarades, Rahsaan ne s’entraîne que deux fois par semaine. Il tient pourtant à aller au bout des 42,195 km. Flashé en 3h35’16 au bout de 15 miles, aura-t-il l’énergie et la force mentale nécessaires pour terminer l’épreuve ?

Enfin, Tommy Lee Wickerd apparaît comme le plus entouré, soutenu par une épouse très présente à l’écran. Pour lui, le marathon est avant tout une échappatoire au quotidien carcéral. « Je me suis mis à courir parce que je n’aime pas rester assis, à parler de la prison. Ce sont toujours les mêmes histoires, avec des gens différents. » Au-delà du défi sportif, il voit dans la course un moyen de canaliser ses émotions. « Je ne suis plus en colère contre rien. Et si je le suis, je vais courir », admet-il. À l’aise sur cette « piste » improvisée, il passe au point des 23,4 miles en 3h25’21.

À travers ces trois trajectoires, le film donne à voir des parcours de vie transformés par la préparation du marathon. Ici, le sport devient un levier de reconstruction personnelle, mais aussi un outil capable d’inspirer des réflexions plus larges sur le système pénitentiaire. Née au sein de la prison californienne de San Quentin, l’initiative a depuis influencé d’autres établissements américains. « 26.2 to Life » offre un regard rare sur des hommes condamnés à perpétuité qui, derrière les murs, continuent de courir vers la rédemption.


Sabine LOEB
Journaliste

Grand format
Champion olympique du marathon en 1972 et médaillé d’argent en 1976, Frank Shorter a marqué l’histoire de la course de fond aux Etats-Unis. 19/01/2026
Frank Shorter, première pop star du running
Runners Inspirants
Frank Shorter, première pop star du running
Le Marathon de Palestine revient en 2026. Marathons.com a échangé avec Mahmoud Al-Haddar, organisateur, et Lisä Amēr, athlète palestinienne. 19/01/2026
Le Marathon de Palestine est de retour en 2026
Marathon+1
Le Marathon de Palestine est de retour en 2026
Le saviez-vous ? Les joueurs de football parcourent dix kilomètres par match, la course à pied étant un élément clé de la performance. 19/01/2026
Pourquoi la course fait-elle peur aux footballeurs ?
Communauté+1
Pourquoi la course fait-elle peur aux footballeurs ?
Voir plus
Inscrivez-vous
à notre newsletter
Ne manquez rien de l’actualité running en vous inscrivant à notre newsletter !