Marathon de Marrakech : Abdelhadi Labäli balaye le temps, Hayat Benhniya fait tomber le record
Dans la fraîcheur de l’aube marocaine, le Marathon International de Marrakech 2026 a changé de rythme. Abdelhadi Labäli a fait parler la montre en 2h07’34, tandis qu’Hayat Benhniya a marqué l’histoire de l’épreuve avec un record en 2h24’48. Portée par plus de 16 000 coureurs et une ville en fusion, la cité ocre confirme son statut de place forte du running africain, des 42,195 km au semi.
Du côté de la ville ocre, le marathon ne commence jamais vraiment au coup de pistolet. Il débute bien avant, dans ce moment suspendu où Marrakech sort lentement de la nuit. Les palmiers se dessinent à contre-jour, l’air reste étonnamment frais pour un mois de janvier, et les rues encore silencieuses se remplissent peu à peu de silhouettes affûtées, concentrées, parfois déjà happées par leurs propres calculs.
Ce dimanche 25 janvier, la capitale touristique du Maroc s’est une nouvelle fois muée en immense stade à ciel ouvert. Pour son 36e chapitre, le Marathon International de Marrakech a rassemblé plus de 16 000 coureurs venus de tous horizons, confirmant une dynamique désormais bien installée. Sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, l’événement s’inscrit dans cette montée en puissance du fond marocain, entre ambitions sportives, rayonnement international et ferveur populaire rarement démentie.

| Abdelhadi Labäli, le tempo juste et l’attaque au bon moment
Dès les premiers kilomètres du marathon masculin, le scénario se dessine sans précipitation. Le nouveau parcours, pensé pour être plus fluide et plus roulant, incite à la retenue. Un groupe compact se forme rapidement, composé de coureurs marocains, éthiopiens et kenyans, tous venus chercher bien plus qu’un simple classement.
Abdelhadi Labäli, dossard 32 dans le dos, fait partie de ceux qui observent avant d’agir. Longtemps, il reste calé dans le groupe de tête, accompagné notamment par l’Éthiopien Mekonen Hayimro Yele et le Marocain Youness Benar. Les kilomètres s’enchaînent à allure soutenue, sans gestes superflus, tandis que la ville commence à s’animer le long du parcours.

Le tournant se situe dans la seconde moitié de course. Profitant des longues lignes droites et des faux plats de la palmeraie, Labäli augmente progressivement le rythme. Rien de spectaculaire, juste une accélération continue qui finit par user les résistances. L’écart se creuse, le groupe explose, la course bascule.
À l’arrivée, le Marocain remporte la course en 2h07’34, au terme d’un marathon tactiquement maîtrisé. Derrière lui, Mekonen Hayimro Yele décroche la deuxième place en 2h08’19, tandis que Youness Benar complète le podium en 2h08’42. Daniel Kiprono Sang (2h09’20) et El Mahjoub Dazza (2h09’39) ferment un top 5 révélateur du niveau exceptionnel de cette édition.
À chaud, Labäli résumait son succès avec lucidité, expliquant que « la victoire au Marathon international de Marrakech est le fruit d’importants efforts de préparation » et qu’elle représentait « une motivation supplémentaire pour poursuivre le travail et obtenir de meilleurs résultats lors des prochaines échéances ». Une analyse simple, presque clinique, à l’image de ses 42,195 bornes.
| Hayat Benhniya, une reine et un record pour Marrakech
La course féminine a longtemps avancé sur un fil, avant de basculer dans les derniers kilomètres. Rapidement, un trio marocain se détache, imposant un rythme élevé mais parfaitement contrôlé. Hayat Benhniya, Oumaima Saoud et Kaoutar Farkoussi se surveillent, conscientes que la moindre erreur pourrait coûter cher.
Portée par un public de plus en plus dense au fil des kilomètres, Benhniya attend son moment. Lorsque l’accélération décisive intervient, l’écart se crée presque naturellement. Dans la dernière portion du parcours, la locale s’envolait, encouragée par une foule compacte et bruyante.

La ligne franchie en 2h24’48, Hayat Benhniya ne signe pas seulement une victoire. Elle efface aussi le record de l’épreuve, jusque-là détenu par Fatima-Ezzahra Gardadi en 2h24’59. Derrière la grande Dame du jour, Oumaima Saoud prend la deuxième place en 2h25’05, tandis que Kaoutar Farkoussi complète le podium en 2h26’18. Un triplé marocain lourd de sens, symbole de la montée en puissance de l’athlétisme féminin au niveau national.
À l’arrivée, Benhniya ne cachait pas son émotion, confiant que « le titre et l’amélioration du record du Marathon de Marrakech représentent un moment marquant dans sa carrière sportive ». Elle soulignait aussi combien « la bonne préparation a largement contribué à cette performance », avec l’envie assumée de « continuer à briller et à hisser le drapeau marocain lors des compétitions internationales ».
| Le semi-marathon, densité maximale et finitions au couteau
Le semi-marathon a confirmé que Marrakech ne se limite pas à la distance reine. Chez les hommes, la course s’est jouée dans un mouchoir de poche. Hicham Ouladha s’est imposé en 1h02’00, après un finish irrespirable face à Chakib Lachgar et Ayoub Karym, tous deux crédités de 1h02’01.
Des chronos qui placent cette édition parmi les plus rapides du continent, et même au-delà. Une densité rare, reflet d’un vivier national particulièrement riche sur la distance. Chez les femmes, Fatima Ezzahra Birdaha s’est montrée la plus solide, s’imposant en 1h09’40, devant Meryem Azrour (1h09’46) et Nazha Machrouh (1h10’28). Là encore, le podium 100 % marocain souligne la profondeur du fond national.
| Un parcours rapide, une organisation huilée, une ville en fusion
Le Marathon de Marrakech reste fidèle à sa réputation de course roulante. Une seule boucle, peu de relances, quelques faux plats pour pimenter la gestion de l’effort, et surtout des conditions climatiques idéales au départ. Autant d’ingrédients réunis pour permettre aux élites comme aux amateurs de viser un record personnel ou un temps de qualification.
Côté organisation, le dispositif a répondu aux standards internationaux : chronométrage électronique, ravitaillements réguliers, sécurité renforcée, présence médicale continue et mobilisation massive des bénévoles. Le tout dans une ambiance unique, entre animations musicales, encouragements constants et passages emblématiques au pied de la Koutoubia ou le long des remparts.
Une évolution saluée par les athlètes, à l’image de Mohamed Knidiri, président de l’Association Le Grand Atlas, pour qui les résultats enregistrés « reflètent le rayonnement international de l’athlétisme marocain », tout en soulignant « une organisation conforme aux standards internationaux ». Knidiri a également mis en avant « les très bons chronos du semi-marathon masculin » et « la performance record réalisée dans le marathon dames », symboles d’une édition aboutie sur tous les plans.
| Marrakech, laboratoire du fond marocain et vitrine mondiale
Avec plus de 16 000 participants répartis entre marathon, semi-marathon et course populaire de 5 km, l’événement confirme son statut de rendez-vous majeur du calendrier africain. Organisé par l’Association Le Grand Atlas, en partenariat avec les institutions sportives nationales et locales, le Marathon International de Marrakech s’impose comme une véritable école de lancement pour de nombreux talents. Présent lors de la cérémonie de remise des prix, Mohamed Knidiri, président de l’association organisatrice, a salué la qualité de l’organisation, les chronos de très haut niveau sur le semi-marathon masculin et la performance record chez les dames.
Les victoires d’Abdelhadi Labäli en 2h07’34 et d’Hayat Benhniya en 2h24’48, record à la clé, donnent à cette 36e édition une résonance particulière. Marrakech confirme qu’elle ne se contente plus d’offrir un décor exceptionnel : la ville ocre devient, hiver après hiver, un terrain d’expression privilégié pour le très haut niveau mondial.
✔ Les résultats du Marathon International de Marrakech 2026

Dorian VUILLET
Journaliste