Alix Revenu s’est prise de passion pour le marathon à 41 ans, tombant directement sous le charme du Marathon de Paris, sa ville natale.

À 80 ans, Alix Revenu tire sa révérence au Marathon de Paris

InterviewMarathon
01/04/2026 20:22

Alix Revenu s’est prise de passion pour le marathon à 41 ans, tombant directement sous le charme du Marathon de Paris, sa ville natale. Le 12 avril prochain, elle s’apprête à boucler une dernière fois cette distance mythique, pour ce qui devrait être son ultime course. Une manière de célébrer, aussi, une envie jamais vraiment éteinte, ravivée il y a un an et demi.


Alix Revenu revient de loin : après neuf ans de pause, elle s’apprête à rechausser ses baskets pour s’aligner sur la ligne de départ du Marathon de Paris. 80 ans, ça se fête ! Et la manière qu’a trouvée la locale de Cascais, au Portugal, pour célébrer cette dizaine, c’est de renouer avec le marathon. Entourée pour l’occasion d’une panoplie de proches (famille et amis), dont sa fille qui s’est engagée à boucler la distance à ses côtés. « Elle m’a dit qu’elle ne me laisserait pas seule, qu’elle ne me quitterait pas », sourit l’octogénaire à l’énergie communicative.

Son mari, celui qui lui a donné envie de se mettre à la course à pied, n’est malheureusement plus en capacité de pratiquer cette activité. « Il va me surveiller avec son petit tracker », s’amuse-t-elle. « Vous voulez retrouvez Alix ? Elle sera là dans 10 minutes », l’imite-t-elle, à la fois excitée et stressée à l’approche de l’échéance. « Ils sont pas mal à vouloir voir ce que va donner la mamie », lance-t-elle, guillerette.

| Une révélation tardive pour la course à pied

Ce n’est qu’à 40 ans qu’Alix découvre la course à pied. « Trop tard malheureusement parce que ça fait beaucoup de bien », lâche-t-elle. Elle n’a jamais été une grande sportive. « Je n’ai su marcher qu’à deux ans et demi. Maman était affolée. Elle doit être étonnée, là-haut, de voir qu’à 80 ans, je cours. »

Rapidement, elle prend conscience que courir lui procure un réel bien-être. « J’étais plutôt timide, peu confiante. Et découvrir le sport m’a mise bien dans ma tête. » Il ne lui faut que quelques foulées pour comprendre les bienfaits de cette pratique, qui, jusque-là, la rebutait. Dans un cadre luxuriant et verdoyant, elle s’élance pour se première sortie, en juillet, emmenée par son mari, coureur confirmé. « Je lui ai dit : “attends, je t’accompagne vingt minutes pas plus.” Et ça a été une révélation. Le lendemain, je lui ai dit : “on recommence.” J’ai mordu à l’hameçon. »

Dans les bois des Landes, elle se sent exister. De cet instant naît une belle histoire : celle d’une femme qui ne cessera d’enfiler des dossards, de mai 1987, date de son premier marathon, jusqu’à ses 70 ans, où elle a cru dire au revoir à une partie de sa vie. « Il y a neuf ans, je me suis dit que j’arrêtais, que j’allais faire de la marche rapide, se rappelle-t-elle. J’ai même créé un groupe. »

Mais la marche n’a été qu’un intermède avant que la machine infernale ne redémarre, inspirée par Barbara Humbert, finisheuse du Marathon de Paris à 85 ans l’an dernier. « Si elle a été capable, je suis capable ! », s’exclame-t-elle. « Au départ, c’était une envie, peut-être une lubie, une folie. Mais en fait, c’est un défi. » 

« Je compare le marathonien à un alpiniste qui a décidé d’atteindre un sommet. C’est mon Everest à moi. »

Alix Revenu, 80 ans

| Jusqu’à la distance mythique… et plus encore

À l’aube de son 45e marathon, la native de la capitale française sait que ce sera probablement son dernier. « C’est dur de reprendre ces entraînements, avoue-t-elle. Je cours 40 à 50 km par semaine. » Malgré la beauté du lieu où elle court tous les deux jours, la préparation reste exigeante. « Depuis un an, j’ai envie que le marathon arrive », souffle-t-elle, impatiente.

Avant d’en arriver là, Alix a sillonné le globe avec son mari, baskets aux pieds : New-York, Chicago, Boston, Londres, Munich et bien sûr la France, pour se confronter à des défis plus corsés. « J’ai fait les 100 km d’Amiens, où j’étais contente d’avoir tenu 10 km/h, et puis Millau, où c’était très costaud ». Longtemps, la course a été une histoire à deux. « Courir avec mon mari nous a toujours fait vibrer, confie-t-elle. C’était un plaisir d’explorer un endroit en courant ».Aujourd’hui, une motivation supplémentaire s’ajoute : « J’ai envie de le courir pour lui, parce qu’il aurait tellement aimé le partager. »

Ce qui l’anime, plus que tout, c’est cette solidarité entre marathoniens, peu importe leur sexe. « On part tous du même endroit, on suit le même parcours, et on est tous dans la même galère, surtout à la fin. Il y a toujours un moment où le corps se rappelle à nous. » Être son propre adversaire lui plaît, d’autant plus qu’elle se dépasse, portée par les encouragements des supporters. « Je compare le marathonien à un alpiniste qui a décidé d’atteindre un sommet. C’est mon Everest à moi. » Avoir un but, ne pas y renoncer. Pour elle, c’est là que réside l’essence du marathon. Un message qu’elle veut transmettre : même en étant une femme « ordinaire », il est possible de reprendre le contrôle de son corps, de se fixer un objectif, et de donner du sens à son existence.

| Le Marathon de Paris dans son coeur

Forte d’un excellent temps de référence sur la distance (3h30 à 50 ans), la coureuse à la foulée légère n’affiche pas de grandes ambitions cette année. « À l’époque, je n’en revenais pas moi-même. » Les années passent, et elle apprivoise sa « régression » de manière bienvenue. « J’ai fait 12 fois celui de Paris, le premier en 4h12. J’ai mis 5h à mes 60 ans, 6h à mes 70 ans… alors je me dis : “ma fille, pour tes 80 ans, tu vas faire 7h !” », rit-elle, espérant tout de même tourner autour des 6h30.

Après un semi-marathon bouclé récemment en 3h, elle fait preuve de lucidité : « Le corps change en 40 ans. Je vais me mettre à la queue du peloton et voir ce que ça donne. De toute façon, le marathon commence vraiment au semi-marathon. » Courageuse, rigoureuse dans sa préparation, portée par une volonté intacte, elle pourra être fière de franchir la ligne d’arrivée quel que soit le chrono. « Ce n’est pas le temps qui m’importe, c’est d’y arriver et surtout en bon état ». Car le corps s’abîme, même entretenu avec soin.

Le 12 avril prochain, avenue Foch, la boucle sera bouclée. Alix aura vibré au rythme du Marathon de Paris, son premier… puis son dernier, 39 ans plus tard. À moins que, fidèle à elle-même, elle ne décide un jour de revenir, pour célébrer ses 42 années de course sur les 42,195 km.


Sabine LOEB
Journaliste

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