100 km de Millau : Stéphanie Gicquel passe sous les 8 heures, une première depuis 1972
Sur la « Doyenne », la Française Stéphanie Gicquel a signé un troisième succès en 7h58'25, un record. Chez les hommes, Michaël Bouche s'est imposé dès sa première tentative sur la distance.
Il aura fallu cinquante-quatre éditions pour qu'une femme boucle les 100 km de Millau en moins de huit heures. Samedi 26 septembre, c'est Stéphanie Gicquel qui a fait sauter ce verrou, en 7h58'25. Son émotion à l’arrivée après avoir franchi la ligne du parc de la victoire rappelle l’exploit physique et mental réalisé. À 44 ans, elle inscrit son nom pour la troisième fois au palmarès, après 2023 et 2025, et termine au 10e rang du scratch sur 1500 coureurs.
Vingt minutes gagnées en trois ans
Sa marche en avant à Millau tient en trois chiffres : 8h21 en 2023, 8h02'34 en 2025, et donc 7h58'25 cette année. Soit plus de vingt minutes d'écart entre sa première victoire et celle-ci, sur un parcours de 1200 m de dénivelé positif, couru entièrement sur route. Sa moyenne tourne autour de 4'47'' par kilomètre.
Le record n'était pas le plan de départ. « L'idée, c'était de me préparer au maximum pour les championnats de France de 100 km, mais il était hors de question de ne pas faire cette course à fond », a-t-elle expliqué à l’arrivée, en parlant d'une épreuve qui « a gardé ses valeurs ». A noter que les championnats de France de 100 km ont lieu ce samedi 03 octobre. Stéphanie Gicquel va donc enchaîner deux courses de 100 km à 1 semaine d’intervalle, un enchaînement impressionnant.
Une avance construite kilomètre après kilomètre
Stéphanie Gicquel n’a pas construit sa course sur un coup d’éclat ou une attaque mais plutôt à l’expérience, avec une domination patiente. Au 25e kilomètre, Fanny Tastet, de Tarbes, est encore devant, en 1h49'13. Stéphanie Gicquel et Julie Raynaud la suivent, à peu près au même temps, autour de 1h51. Au marquage du 42e kilomètre, à l'issue de la boucle de la vallée du Tarn, la tenante du titre a pris le commandement (3h'12'04) et Fanny Tastet a décroché.
L'écart, d'abord d'une minute, s'élargit ensuite sans à-coup. Passé la mi course, ill atteint douze minutes au retour de Saint-Affrique et Stéphanie Gicquel n'aura plus qu'à gérer. Après 7h43 de course, il ne lui restait plus que 3km à parcourir, la barre des huit heures était largement à sa portée.
Julie Raynaud termine deuxième en 8h16'41, avec près de 49 minutes de mieux que l'an passé, et Cécile Kempf (Gaillac) monte sur la troisième marche en 8h34'14. Stéphanie Gicquel a résumé la portée de son chrono avec une comparaison cycliste : « Je suis une sorte de Jeannie Longo, j'ouvre la voie », en espérant que ses successeuses « se rapprochent des 7 h 30 ».
J’avais échoué à quelques secondes près (en 2025), mais j’étais convaincue de pouvoir atteindre cet objectif. C’est fait. Merci infiniment pour tous les encouragements reçus pendant la course. Je suis désolée de ne pas avoir pu tous vous remercier en retour car j’étais un peu dans le dur sur la fin à cause de cette forte chaleur.
Le départ était donné à 8h00, sous un ciel gris et un thermomètre à 10 °C. La chaleur s’est installée ensuite et a pesé lourd sur les organismes à partir de la mi-journée.
Classement Femmes
1 - Stéphanie Gicquel : 7h58’25
2 - Julie Raynaud : 8h16’40
3 - Cécile Kempf : 8h34’13
4 - Asmaa Roques : 8h47’49
5 - Fanny Olszak : 9h18’18
Chez les hommes, un débutant renverse les favoris
Toni Caporale prend d'entrée les commandes et passe en 1h31'50 au 25e kilomètre. Gabriel Noutary, triple vainqueur, est dans son sillage, Michaël Bouche à trois minutes. Au terme de la première boucle, Gabriel Noutary a repris la tête, malgré un genou blessé trois semaines plus tôt. Michaël Bouche, lui, était troisième, à 2'28.
Le tournant se situe entre Millau et Saint-Affrique. Michaël Bouche, 37 ans, licencié à Bucy-lès-Pierrepont (Aisne), n'avait couru jusque-là que des marathons et remporté la Course du Viaduc il y a deux ans. Il grimpe la côte de Tiergues avec une aisance impressionnante, double ses deux adversaires et compte 5'26'' d'avance au 75e kilomètre. Derrière, Gabriel Noutary encaisse la chaleur difficilement et Toni Caporale, pourtant marqué par l'effort, se relance dans les derniers kilomètres.
Le débutant a tenu bon malgré un final délicat : 6h57'19. Il rejoint les rares coureurs passés sous les sept heures à Millau. Toni Caporale prend la deuxième place en 7 h 10'55, Gabriel Noutary la troisième en 7h17'09. Aurélien Connes, de Saint-Affrique, boucle sa 20e participation à la 5e place (7h26'47). À l'arrivée, Michaël Bouche avoue avoir couru « avec la peur », poussé par ceux qui le précédaient. Il se dit aussi porté par l'Aveyron, où il a déjà gagné un ekiden : « C'est mon lieu de chance. »
Classement Hommes
1 - Michaël Bouche : 6h57’19
2 - Toni Caporale : 7h10’55
3 - Gabriel Noutary : 7h17’09
4 - Julien Gueydon : 7H25’43
5 - Aurélien Connes : 7h26’47
Prochaine étape pour Stéphanie Gicquel : le record du monde
Millau s'inscrit dans un projet plus large. Cet été, Stéphanie Gicquel a remporté pour la cinquième fois l'Ultra-Marin (175 km, en 17h13), un exploit inédit sur un ultra de plus de 100 miles réunissant plus de 1000 partants. Elle avait préparé sa saison en altitude à Font-Romeu. L’ultra fondeuse tricolore possède les records de France des 24 heures sur route (253,6 km) et sur piste (249,3 km, à Phoenix en 2024), ainsi que la meilleure performance nationale sur 100 miles (14h17).
Stéphanie Gicquel vise désormais un record du monde d’athlétisme sur course d’ultra-distance. Pour s'y préparer, elle enchaînera un 100 miles par mois fin 2026 et début 2027, en Caroline du Nord puis en Arizona. Avant cela, elle sera à Paris en octobre pour ses missions, notamment à la commission des athlètes de haut niveau de la FFA, et pour ses travaux avec des scientifiques sur l'acclimatation à la chaleur.