Championnats du monde de Running 2026 : Agnes Ngetich et Andreas Almgren étaient les plus forts sur le semi-marathon à Copenhague
Copenhague a vu tomber deux records sur le semi des Championnats du monde de Running. La Kényane Agnes Ngetich a pulvérisé le record du monde en course exclusivement féminine en 1h05'15. Dans la foulée, le Suédois Andreas Almgren s'est offert l'or avec un record d'Europe en 58'06, après un final à trois avec le Kényan Nicholas Kipkorir (58'11) et l'Ougandais Joshua Cheptegei (58'26).
Même recette qu'à New York en mars, résultat inverse. Agnes Ngetich est partie à fond dès le coup de pistolet, seule devant, et cette fois personne n'a pu lui répondre. De la 13e place new-yorkaise à la première marche du podium mondial, la Kényane a bouclé le semi-marathon des Championnats du monde sur route de Copenhague en 1h05'15, un record du monde en course exclusivement féminine, d'une seule seconde plus rapide que sa compatriote Peres Jepchirchir en 2020 à Gdynia (Pologne). Le décor collait au scénario. Le parcours reprenait celui du semi de Copenhague des éditions 2024 et 2025, plat et rapide, avec une arrivée à Fælledparken, à proximité du stade Parken. Un terrain de jeu pour records, et ils ont répondu présents.
Agnes Ngetich rejoue New York, mais à l'endroit
Ce qui s'était passé à New York, Agnes Ngetich ne l'avait pas oublié. Un départ trop rapide, la 13e place, la seule fausse note d'une saison lancée par un titre mondial de cross en janvier à Tallahassee. À 9h10 à Copenhague, parmi les 111 engagées au départ, la Kényane a refait exactement la même chose. La native de Keiyo (ouest du pays) s'est placée en tête dès les premiers mètres, devant un peloton où Kényanes, Éthiopiennes et Ougandaises se regardaient, et n'a laissé à personne le soin de mener le train.
Après le kilomètre 3, la fusée de 25 ans a passé la vitesse supérieure. Dix secondes d'avance au 5e km, 53 au 15e, un peloton de chasse qui s'effilochait à mesure que l'écart grandissait. Plus personne ne se demandait si elle allait gagner, seulement si elle allait aussi battre le record du monde en course exclusivement féminine. La lauréate du 3000 m de Monaco en juillet dernier passait le 20e km en 1h01'56, avec avec les livres d'histoire grands ouverts devant son nez. Il a fallu 1h05'15 pour l'atteindre. Une seconde de mieux que Jepchirchir, une seule, mais qui pèse lourd.
Derrière la patronne, la vraie course
Pendant que la Kényane creusait, l'autre course se jouait derrière, plus serrée. Pour la breloque d’argent, Veronica Loleo a attendu les derniers mètres pour dépasser la Rwandaise Florence Niyonkuru (1h06'05 contre 1h06'08), qui s'est consolée avec le bronze et un record national. La Kényane Daisilah Jerono (4e, 1h06'13) complète un quatuor tenu en huit secondes, avec trois Américaines dans la foulée. Emma Grace Hurley (5e, record personnel), Weini Kelati Frezghi (6e) et Jessica McClain (7e, record perso) offrent l'argent par équipes aux États-Unis, derrière le Kenya.
Le classement a aussi eu ses victimes. L'Éthiopienne Tsigie Gebreselama, 3e au 5e km, a fini 18e. La Kényane Lilian Kasait Rengeruk, 7e au même endroit, a terminé 34e. La Belge Chloé Herbiet, championne d'Europe en titre du semi, prend la 19e place. Le record du monde n'a d'ailleurs pas été le seul à tomber. Sept records nationaux ont été battus, avec Niyonkuru, la Marocaine Fatima Ezzahra Birdaha (9e), la Canadienne Jadyn Keeler (16e), l'Érythréenne Dolshi Tesfu (26e), la Péruvienne Sheyla Eulogio Paucar (28e), la surprenante Uruguayenne médaillée de bronze du marathon des Mondiaux de Tokyo l’an dernier Julia Paternain (36e) et l'Autrichienne Julia Mayer (37e).
Mekdes Woldu et les Bleues, en groupe
Chez les Bleues, la course s'est déroulée en paquet. Au 5e km, les quatre Françaises tenaient en deux secondes, avant que la recordwoman de France Mekdes Woldu (1h08'19) ne prenne la tête du quatuor. Le record n'est pas tombé. La cheffe de file de l’équipe de France termine 22e en 1h09'17, devant ses compatriotes Alessia Zarbo (31e, 1h10'24, meilleure performance de la saison), Margaux Sieracki (33e, 1h10'27) et Mélody Julien (58e, 1h12'39). Première nation européenne, la France prend la 6e place du classement par équipes (3h30'08), à 13 secondes du Canada mais à plus de sept minutes du podium.
Top 10 - Semi-marathon Femmes
1) Agnes Ngetich (Kenya) : 1h05'15 (record du monde en course exclusivement féminine)
2) Veronica Loleo (Kenya) : 1h06'05
3) Florence Niyonkuru (Rwanda) : 1h06'08
4) Daisilah Jerono (Kenya) : 1h06'13
5) Emma Grace Hurley (États-Unis) : 1h06'23
6) Weini Kelati Frezghi (États-Unis) : 1h06'35
7) Jessica McClain (États-Unis) : 1h06'53
8) Ftaw Zeray (Éthiopie) : 1h07'07
9) Fatima Ezzahra Birdaha (Maroc) : 1h07'33
10) Esther Chebet (Ouganda) : 1h07'38
(…)
22) Mekdes Woldu (France) : 1h09'17
31) Alessia Zarbo (France) : 1h10'24
33) Margaux Sieracki (France) : 1h10'27
58) Mélody Julien (France) : 1h12'39
Andreas Almgren attend, puis frappe
À 9h45, les hommes ont pris le relais, et personne n'a voulu faire le premier pas. Le peloton s'est offert le luxe de rester groupé, comme une photo de famille où tous les favoris avaient tenu à poser. Au 5e km, dix coureurs se tenaient dans la même seconde ou presque, avec les Kényans Nicholas Kipkorir, Gideon Rono, Daniel Ebenyo et Alex Nzioka Matata, les Éthiopiens Tadese Worku et Bereket Nega, le Djiboutien Hani Idriss Hersi, l'Italien Yemaneberhan Crippa, l'Américain Conner Mantz, qui avait montré la voie, et le Suédois Andreas Almgren, discret mais toujours bien placé. L'Ougandais Joshua Cheptegei n'était pas loin, prêt à durcir la course.
Un rêve brisé net pour Etienne Daguinos
Et au milieu de cette armada, un Français tenait son rang. Etienne Daguinos, bronze européen du 5000 m cet été et auteur d'un 59'27 à Berlin en mars, passait le 10e km en onzième position, dans le rythme du record de France du Franco-Suisse Julien Wanders (59'13), en place depuis 2019. Tout était possible. Puis, juste après, la chute. Lourde et incompréhensible au départ. Le sociétaire de l’US Talence est allé au sol, et le record avec lui. Il s'est relevé, repassé 18e au 15e km, avant de finir 64e en 1h03'08. Sans explication claire, et avec de gros regrets.
La chute, la contracture et les regrets du Girondin
« Au dixième kilomètre, je ne sais pas comment j'arrive à chuter, donc on n'a pas encore l'explication si je tape quelqu'un ou si je me prends les pieds dans le tapis. Et à ces efforts-là, ça me fait monter le lactique d'un coup. Quand je repars, je pense qu'en tombant, je me suis contracté tout le corps. J'avais une douleur dans le mollet qui s'est accentuée au fur et à mesure où je n'arrivais plus à pousser de la jambe droite. Ça m'a attiré tout le derrière. J'ai une espèce de grosse, grosse contracture dans le mollet. Donc, c'est frustrant. Je ne pouvais plus appuyer d'une jambe. J'étais encore bien, j'étais dans le pack. Je savais qu'au 14e km, il fallait s'accrocher au pack parce qu'après, on allait prendre le vent de dos. Donc, vraiment, je me suis accroché. Mais voilà, on ne saura jamais si j'avais les jambes pour continuer ou pas. Parce qu'au final, le résultat, c'est qu'au dixième, je n'arrive plus à tenir les allures. »
Un ménage à trois pour l'or
Devant, le peloton s'est réduit à quatre au 15e km, avec Kipkorir, Almgren, Worku et Cheptegei dans le même temps. Puis la course a tourné à un bras de fer à trois. Cheptegei a fini par lâcher prise, et Almgren et Kipkorir se sont retrouvés seuls, au coude-à-coude. C'est là que la pointe de vitesse du Suédois a tout changé.
Il y avait de la logique dans cette victoire presque à domicile. Le Scandinave était devenu en octobre dernier le premier Européen sous les 59 minutes sur semi (58'41 à Valence). À 31 ans, Almgren avait enchaîné cette année avec un record d'Europe du 10 km (26'45 et détrôner depuis pas Yann Schrub) et le titre européen du 10 000 m cet été, et s'apprête à débuter sur marathon à New York le 1er novembre. La bicyclette suédoise boucle finalement les 21,0975 kilomètres en 58'06 et efface son propre record d'Europe de 35 secondes. Kipkorir, meilleur chrono de la saison (58'08) et vainqueur du semi de Copenhague l'an dernier, a dû céder son trône pour cinq secondes.
Un peloton qui vole en éclats
Le reste du classement a raconté une matinée de records. Cheptegei, recordman du monde du 5000 m et du 10 000 m, prend le bronze en 58'26, soit 55 secondes de mieux que son précédent record (59'21). Derrière le trio de tête, le peloton a volé en éclats, mais à la bonne vitesse. L'Éthiopien Tadese Worku a pris la 4e place avec un record personnel (58'35), devant le Kényan Gideon Rono (5e, 58'57) et le Djiboutien Hani Idriss Hersi, qui a offert un record national à son pays (6e, 59'09). L'Italien Yemaneberhan Crippa (7e, 59'18) et les Kényans Alex Nzioka Matata (8e, 59'22) et Daniel Ebenyo (9e, 59'42) ont suivi, avant que le Marocain Othmane El Goumri (10e, 59'53, record personnel) ne referme le club très fermé des dix hommes passés sous l'heure. Un peu plus loin, l'Américain Conner Mantz, revenu de blessure, termine 12e (1h00'08). La fête des records nationaux s'est prolongée avec le Danois Jacob Sommer Simonsen, à la maison (16e, 1h00'46), et le Slovène Jan Kokalj (42e, 1h01'57). Au classement par équipes, le Kenya s'offre le titre en 2h56'30" devant l'Éthiopie (2h59'47) et les États-Unis (3h01'34).
Les Bleus, Bastien Augusto en tête, et une neuvième place
Privés d’un des leurs dans le final, les Bleus ont fait bloc. Bastien Augusto a pris la relève en tête de la troupe, 18e en 1h01'04, devant ses compatriotes Victor Boudin (28e, 1h01'36) et Baptiste Guyon (51e, 1h02'25), pendant que Daguinos, 64e après sa chute, regardait l'addition de loin. Le total se faisant sur trois coureurs, ses 1h03'08 n'ont pas compté. Ce trio hisse la France à la 9e place du classement par équipes en 3h05'05, à douze secondes du Canada, dix devant la Tanzanie et 3'31 du podium. De quoi terminer la matinée en meilleure nation du Vieux Continent, devant la Grande-Bretagne (12e, 3h06'47) et l'Italie (13e, 3h07'14).
Top 10 - Semi-marathon Hommes
1) Andreas Almgren (Suède) : 58'06 (record d’Europe)
2) Nicholas Kipkorir (Kenya) : 58'11
3) Joshua Cheptegei (Ouganda) : 58'26
4) Tadese Worku (Éthiopie) : 58'35
5) Gideon Kipkertich Rono (Kenya) : 58'57
6) Hani Idriss Hersi (Djibouti) : 59'09
7) Yemaneberhan Crippa (Italie) : 59'18
8) Alex Nzioka Matata (Kenya) : 59'22
9) Daniel Simiu Ebenyo (Kenya) : 59'42
10) Othmane El Goumri (Maroc) : 59'53
(…)
18) Bastien Augusto (France) : 1h01'04
28) Victor Boudin (France) : 1h01'36
51) Baptiste Guyon (France) : 1h02'25
64) Etienne Daguinos (France) : 1h03'08
Six épreuves, six nations
Avec ce dernier verdict, les Mondiaux de Running de Copenhague ont refermé leurs six épreuves sur six vainqueurs de six pays différents. La Française Agathe Guillemot a ouvert le bal sur le mile avec un record d'Europe, l'Allemand Robert Farken lui a emboîté le pas, l'Éthiopienne Likina Amebaw et l'Érythréen Dawit Seare ont pris le relais sur 5 km, puis la Kényane Agnes Ngetich et le Suédois Andreas Almgren ont fermé la marche sur le semi. Deux records d'Europe, un record du monde en course exclusivement féminine, et des amateurs attendus par dizaines de milliers dans les mêmes rues, quelques minutes après les élites. Pour la France, le week-end restera marqué par le titre de Guillemot et le record de France de Flavien Szot sur le Mile sur route, mais aussi par le 5 km cruel de Jimmy Gressier et la chute de Daguinos.