Forte chaleur et course à pied : l’hyperthermie, l'ennemi invisible des sportifs

Forte chaleur et course à pied : l’hyperthermie, l'ennemi invisible des sportifs

LV
Par Léana Verriere

Publié le mar. 4 août 2026

Mis à jour le mar. 4 août 2026

L’été 2026 est une nouvelle fois marqué par des vagues de chaleur intenses et répétées, obligeant chacun à revoir ses habitudes au quotidien. Parmi les populations en première ligne, les sportifs amateurs comme professionnels, doivent désormais composer avec un paramètre devenu incontournable : la température. Courir tôt le matin, s’hydrater constamment, réduire l’intensité… Si ces consignes semblent évidentes sur le papier, les négliger sous de fortes températures peut s'avérer fatal. En cause ? L’hyperthermie d’effort.

Encore trop méconnue du grand public, l'hyperthermie dépasse largement le cadre du simple « coup de chaud ». Il s'agit d'une défaillance brutale de l'organisme, devenu incapable de réguler sa propre température pendant l'exercice. La température centrale franchit alors le seuil critique des 40 °C, altérant gravement les fonctions musculaires, cérébrales et vitales. L’actualité récente est là pour le rappeler : en mai dernier, une participante de 28 ans perdait la vie lors de l’Hyrox de Lyon.


L’hyperthermie : un danger pour tous

Penser que la jeunesse et une excellente condition physique protègent de ce type de problème est un piège. Arthur Audo, 21 ans, en a fait l'amère expérience. Footballeur et coureur aguerri, cet étudiant à l’IUT de Saint-Malo n’avait aucun antécédent médical. Pourtant, le 20 juin 2025, lors de la Corrida de Langueux, courue sous une chaleur étouffante de 33 °C, sa vie a failli basculer au terme des 13 kilomètres.

« Je n'ai aucun souvenir de mon passage sur la ligne d’arrivée », confie-t-il. Victime d’une hyperthermie sévère, Arthur s’effondre à l'arrivée. Pris en charge en urgence par les secours, il est plongé dans un coma artificiel pendant 48 heures pour tenter de préserver ses organes et de le maintenir en vie.

Les médecins ont été très honnêtes avec mes parents. Il y avait peu d’espoir de survie.

Arthur Audo
Arthur Audo

Si le jeune homme a échappé au pire, les séquelles physiques restent bien réelles un an plus tard. « Je ne suis pas encore revenu à 100 %. Mon corps reste vulnérable face à la chaleur et le risque de récidive est plus élevé pour moi ». Si Arthur a bien rechaussé les crampons il n’a pas encore passé le cap de remettre un dossard, mais ce n’est qu’une question de temps. « Je pense que c’est important de montrer que même avec ce qu’il m’est arrivé il faut remonter en selle ».

Comment un corps jeune et entraîné peut-il céder si soudainement ? Le Dr Bastien Louguet, médecin du sport, explique que l'organisme fonctionne comme un moteur exigeant avec une fenêtre de température très stricte : « Dans le corps, il y a le métabolisme qui fonctionne de manière optimale dans une certaine zone de température. Quand le corps commence à monter trop haut il peut y avoir une défaillance de certains organes. Comme tous les organes fonctionnent les uns par rapport aux autres cela peut entraîner une réaction en chaîne avec de très lourdes conséquences ».

Les premiers signaux d'alarme comme les maux de tête, les vertiges, les propos incohérents ou une foulée hésitante doivent alerter directement. La sensibilisation face à cette pathologie reste encore assez légère. « On entend parler du coup de chaleur classique, mais presque personne ne connaît l'hyperthermie d'effort », déplore Arthur. « Pourtant, ça peut arriver à n'importe qui, amateur comme professionnel ». Malgré tout, des efforts sont déployés puisqu’Arthur a pu raconter son histoire lors de la conférence annuelle de la Corrida de Langueux 2026. Une action qui vise à prévenir et avertir les sportifs.

Le Dr Bastien Louguet précise également « une hyperthermie c’est un contexte météo, un contexte d’effort et un contexte individuel. Il n’y a pas de cas précis ».

Arthur témoigne de son hyperthermie lors de la conférence annuelle de la Corrida de Langueux© Arthur Audo

Vers une réinvention des événements sportifs ?

Face au dérèglement climatique et à la multiplication des épisodes de canicule, cette question dépasse désormais le cadre de la prise de conscience individuelle. Le sport professionnel et amateur se heurte brutalement aux limites imposées par la planète. L'annulation de compétitions majeures sous la pression des fortes chaleurs à l'image d'épreuves comme l'Ironman de Nice ou de certains marathons estivaux démontre que l'adaptation doit devenir globale.

Les fédérations, ligues et organisateurs d'événements n'ont plus d'autre choix que d'évoluer. Repenser les calendriers sportifs en décalant les épreuves au printemps ou à l'automne, fixer des départs en pleine nuit, renforcer drastiquement la présence médicale ou établir des protocoles d'annulation systématiques dès que le thermomètre franchit la barre des 30 °C : la santé des participants exige des décisions courageuses. Si le dépassement de soi et le goût de l'effort restent l'essence même du sport, aucun chrono ni aucune médaille ne vaudra jamais le coup de risquer sa vie.