Marathon de Berlin 2026 : Tigst Assefa survole la course malgré une rupture du tendon d'Achille
Le marathon est vraiment un défi à part. Une distance unique, qui exige un engagement total, où le corps va jusqu'au bout de ses limites. Et parfois, il va même au-delà. Ce Marathon de Berlin restera dans les annales pour bien des raisons. Pour sa rapidité, une nouvelle fois : Guye Adola s'offre un deuxième titre à Berlin en 2h02'50, record personnel à la clé. Et surtout, Tigst Assefa signe un chrono canon de 2h11'04, synonyme de 3e meilleure performance de l'histoire. Mais ce que l'on retiendra de cette édition, ce sont les images de l'Éthiopienne, encore dans les temps du record du monde au 40e km, qui se met soudain à boiter, après une rupture partielle de son tendon d'Achille. Elle a puisé au fond d'elle pour trouver la force de finir la course. Des images rares, qui témoignent de l'immense championne qu'elle est. Ce même jour, Esther Pfeiffer, Manon Trapp et Alisa Vainio, venues chercher un record national, n'ont même pas vu la ligne d'arrivée. Retour sur une coure pas comme les autres.
Ce Marathon de Berlin avait commencé dès le début de l'été. Quand Sabastian Sawe, auteur d'un incroyable 1h59'30 à Londres au printemps, était annoncé pour tenter une nouvelle fois de passer sous les deux heures. Quand Tigst Assefa annonçait, elle aussi, s'attaquer au record du monde pour courir sous les 2h10. Sur le papier, cette 52e édition devait être l'une des plus spectaculaires de l'histoire. Mais fin août, le coup de massue : Sawe déclarait forfait, blessé à l'entraînement. Le jour J, les ambitions restaient grandes. Marathon de Berlin oblige.
Chez les hommes, Guye Adola et Gabriel Geay faisaient figure de favoris dans un peloton parti sur des bases de 2h01. Chez les femmes, Assefa a fait la course en tête dès le premier kilomètre, avec son lièvre attitré pour l'emmener au bout. Derrière elle, trois Européennes avaient coché Berlin pour faire tomber un record national : Esther Pfeiffer pour l'Allemagne, Manon Trapp pour la France, Alisa Vainio pour la Finlande. Mais le marathon offre rarement l’issue espérée. C'est pour ça aussi qu'il est la source des rêves les plus fous. Et cette édition 2026 l'a rappelé à tout le monde : la loi du marathon nous réserve toujours son lot de surprises.
Tigst Assefa remporte la course de manière héroïque malgré une rupture de son tendon d'Achille
Les images ont fait le tour du monde. Tigist Assefa qui passe sous la porte de Brandebourg en boitant. Elle franchit la ligne en 2h11'04, le visage marqué par une douleur terrible. Puis elle s'écroule. C'est Haile Gebrselassie en personne qui vient la relever et l'aider à quitter l'aire d'arrivée.
Elle avait pourtant le record du monde à sa portée. Mais son tendon d'Achille droit en a décidé autrement… Il a commencé à la faire souffrir dès le 31e km avant de lâcher à deux kilomètres de l’arrivée. On a certainement assisté à l'une des performances les plus héroïques de tous les temps. Les fans de NBA se souviennent des deux lancers francs inscrits par Kobe Bryant en 2013, juste après s'être rompu le tendon d'Achille face aux Warriors. Un exemple de résilience qui avait marqué tous les fans de sport. Ce dimanche, dans les rues de Berlin, Tigst Assefa a tenu à finir la course. Malgré un tendon d'Achille qui lâche. Quelle force mentale. Quelle championne.
Au bout de l'effort, un chrono monumental : 2h11'04. C'est la 3e performance la plus rapide de l'histoire, derrière le record du monde de Ruth Chepngetich (2h09'56 au Marathon de Chicago en 2024) et les 2h10'51 de Fotyen Tesfay à Barcelone en mars dernier. Assefa bat son record personnel de 49 secondes, efface son propre record de l'épreuve établi ici même en 2023 (2h11'53) et s'offre une troisième victoire à Berlin, après 2022 et 2023.
Et pourtant, l'Éthiopienne avait bien plus que cela dans les jambes ce jour-là. En passant à la marque du semi en 1h04'57, elle était parfaitement lancée pour aller chercher le record de Chepngetich. Au 30e km (1h32'15), la projection était toujours sous le record. Au 40e km, elle pointait en 2h03'00, sur des bases de 2h09'44. Il ne lui restait que quelques minutes de souffrance. Mais la douleur est alors devenue trop forte. L'Éthiopienne s'est mise à boiter, soudainement. Sa foulée n'était plus efficace, elle ne pouvait simplement plus s'appuyer sur son pied. Son allure s'est effondrée : 8'04 pour couvrir les 2,195 derniers kilomètres, soit environ 3'40/km de moyenne, au lieu de son tempo habituel de 3'05/km. Chaque foulée est devenue plus difficile que la précédente. La coureuse grimace, serre les dents, et finit enfin par franchir la ligne. Au bout de l'effort, elle s'écroule et sera secourue immédiatement. Complètement vidée d’énergie, elle ne montera même pas sur le podium pour la cérémonie protocolaire.
Elle a commencé à ressentir une douleur après le 31e kilomètre. Et à partir du 40e, pratiquement, elle a eu de plus en plus mal. Sur les deux derniers kilomètres, le tendon perdait ses fibres une à une, foulée après foulée, jusqu'à se rompre complètement à la fin. […] Avec un tendon dans cet état, je ne sais pas comment elle a pu finir. Quand on regarde les images, elle courait sur une jambe, l'autre ne faisait que se poser au sol. […] Elle est malheureuse, évidemment, mais on ne peut pas être heureux de perdre le record du monde dans les deux derniers kilomètres.
Opérée dès le lendemain, un retour à Londres en 2027 ?
Le verdict est tombé dès le lundi. Son manager, Gianni Demadonna, a confirmé une rupture du tendon d'Achille droit. Selon lui, Assefa a couru les derniers hectomètres quasiment sans tendon, en appui sur le talon.
Après un premier passage par un hôpital berlinois, elle a été transférée en Bavière et opérée par le Dr Johannes Gabel, spécialiste de la chirurgie du pied et de la cheville à la BG Unfallklinik de Murnau, au sud de Munich. Son entourage table sur environ sept mois pour récupérer complètement de cette blessure, sans véritable certitude. L’athlète de 29 ans aura certainement à coeur de se rétablir pour le Marathon de Londres, fin avril 2027, pour défendre son titre.
Le plus cruel dans cette histoire ? Le tendon d'Achille, Tigst Assefa le connaît trop bien. Sa carrière de marathonienne est même née d'une blessure à ce même tendon. En 2018, après plusieurs blessures au tendon, elle arrête la piste pour s’exprimer sur la route, qui permet de courir avec des chaussures plus protectrices. Mais en 2019, elle subit une nouvelle blessure au tendon. Elle revient au plus haut niveau 2022 et les années qui suivent marquent sa domination sur la distance reine avec des victoires majeures de revenir au plus haut niveau en 2022. Les années qui suivent marquent sa domination sur la distance reine avec des victoires majeures à Londres, Berlin, une médaille d'argent olympique à Paris et un titre de vice-championne du monde à Tokyo. Avec cette nouvelle blessure au tendon, c’est un énième coup d’arrêt dans la carrière de la championne éthiopienne. Mais s’il y a bien une athlète qui peut revenir au plus haut niveau après ça, c’est bien Tigst Assefa.
J'adresse mes plus chaleureuses salutations à tous. Mon opération s'est bien passée. Je suis submergée par l'immense soutien que j'ai reçu du monde entier. Du fond du cœur, je tiens à remercier chacun d'entre vous pour votre soutien incroyable et vos attentions.
Les résultats du Marathon de Berlin 2026 – Femmes
Place | Athlète | Pays | Temps |
1 | Tigst Assefa | Éthiopie | 2h11'04 |
2 | Bedatu Hirpa | Éthiopie | 2h16'53 |
3 | Dera Dida | Éthiopie | 2h16'55 |
4 | Bekelech Gudeta | Éthiopie | 2h18'58 |
5 | Alemitu Tariku | Éthiopie | 2h19'01 |
6 | Pascaline Jelagat | Kenya | 2h20'23 |
7 | Misgane Alemayehu | Éthiopie | 2h20'27 |
8 | Ludwina Chepngetich | Kenya | 2h21'25 |
9 | Evaline Chirchir | Kenya | 2h21'32 |
10 | Aminet Ahmed | Éthiopie | 2h21'45 |
Derrière Assefa, un gouffre. Près de six minutes plus tard, Bedatu Hirpa devance Dera Dida de deux secondes pour la 2e place, et l'Éthiopie rafle tout avec cinq athlètes aux cinq premières places. La championne de l’an dernier, la Kényane Rosemary Wanjiru, termine 13e en 2h24'04.
Trapp, Vainio, Pfeiffer... Une vague d'abandons lors de ce Marathon de Berlin
La loi du marathon est parfois difficile à accepter. Même quand la prépa a été excellente. Parfois, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.
Alisa Vainio, stoppée dès le 5e km
Alisa Vainio, tout d'abord. La Finlandaise était annoncée comme l'une des meilleures chances européennes. Sacrée championne d'Europe du marathon à Birmingham en août, détentrice du record de Finlande en 2h20'39 depuis sa victoire à Séville en février, elle arrivait à Berlin en très grande forme. Avec un objectif clair : passer sous les 2h20. Sa particularité ? Elle court énormément de marathons. Quinze jours avant Berlin, elle s'alignait encore sur le marathon des championnats de Finlande, remporté en 2h27'47, un simple entraînement pour elle... Berlin était déjà son cinquième marathon de l'année. Et elle visait encore le doublé avec Valence, début décembre.
Une régularité impressionnante quand on connaît l'exigence énorme du marathon sur le corps humain. Malheureusement, sur le pavé allemand, elle n’a pas connu une grand un jour. Au 2e km, son pied gauche trébuche. Des douleurs et une raideur envahissent toute sa chaîne postérieure. Déjà en souffrance dès le début de la course, elle a préféré mettre le clignotant au 5e km.
Manon Trapp, un jour sans
Côté français, tous les regards étaient tournés vers Manon Trapp. Plus d'un an après les Mondiaux de Tokyo (32e), l'athlète de l'Entente Savoie Athlé retrouvait enfin le marathon en mode chrono, pour la première fois depuis Séville en 2025, où elle avait signé 2h23'38, record de France à l'époque. Une préparation estivale dense à Font-Romeu, un nouvel entraîneur avec Thomas Vandormael, une course organisée par son sponsor et un parcours parmi les plus roulants au monde : tout était réuni pour aller chercher le record de France de Mekdes Woldu (2h23'13).
Le début de course est prometteur. Passage au 5e km en 16'58, sur les bases de son record personnel. Au 15e km, en 50'53, elle est même en avance sur les temps de passage du record de France. Toujours dans le coup au semi, franchi en 1h11'48... Mais vers le 22e km, la Française s'arrête. Un jour sans. Ça arrive, même aux meilleures.
Esther Pfeiffer, trop de pression sur les épaules ?
Esther Pfeiffer était l'athlète locale la plus attendue. Championne d'Allemagne de semi-marathon, elle sortait d'une année plus que réussie sur la route, avec un 10 km bouclé en 30'45 à Laredo (Espagne) et un semi-marathon en 67'25 ici même, à Berlin. À 29 ans, elle ne disputait pourtant que le deuxième marathon de sa carrière, trois ans après une victoire à Cologne en 2h37'00. Figure très suivie sur les réseaux sociaux, où 107 000 personnes la suivent au quotidien, elle avait clairement annoncé la couleur : faire tomber le record d'Allemagne d'Irina Mikitenko, 2h19'19, qui tient depuis 2008. Son mari Hendrik, marathonien olympique à Tokyo, était même là pour lui servir de lièvre.
Les premiers kilomètres ont bien été courus au rythme du record. Mais vers le 14e km, bien avant qu'un marathon ne devienne difficile, sa course était déjà terminée. Dans une vidéo publiée sur Instagram après la course, vue près d'un million de fois, elle a expliqué avoir souffert de terribles maux de ventre. La pression qu'elle s'était elle-même imposée lui avait noué l'estomac. Deux heures de sommeil seulement la nuit précédant la course. Trop de stress, et donc pas de performance. Elle reviendra plus forte, c’est certain.
Chez les hommes, Guye Adola s'offre un deuxième sacre à Berlin
Sans Sabastian Sawe, la course masculine avait perdu son grand favori, et avec lui l'espoir d'un nouveau chrono sous les deux heures. Mais pas son suspense.
Le groupe de tête est resté compact très longtemps. Dix hommes dans la même seconde au 5e km. Neuf au semi, franchi en 1h01'01. Selemon Barega a longtemps durci l'allure à l'avant, mais au 30e km, Adola, Geay et plusieurs outsiders étaient toujours là.
Puis Guye Adola a décidé de prendre les choses en main. Un 30-35 km avalé en 14'21, et l'Éthiopien s'est retrouvé seul devant. Neuf secondes d'avance au 35e km, dix-huit au 40e... Personne ne le reverra. Victoire en 2h02'50 et nouveau record personnel, neuf ans après ses débuts sur la distance, ici même, où il avait fait trembler Eliud Kipchoge. C'est son deuxième titre à Berlin après 2021, et sa deuxième victoire de l'année après Rotterdam au printemps. Chapeau l’artiste.
Derrière, Gemechu Dida Diriba prend la 2e place en 2h03'19. Un temps décroché, Gabriel Geay s'accroche pour monter sur la 3e marche du podium en 2h03'59 : le Tanzanien attendra toujours pour sa première victoire sur un Major. Quant à Barega, qui avait tant travaillé devant, il finit à la 5e place (2h04'58). On a donc un doublé éthiopien sur le bitume berlinois.
Les résultats du Marathon de Berlin 2026 – Hommes
Place | Athlète | Pays | Temps |
1 | Guye Adola | Éthiopie | 2h02'50 |
2 | Gemechu Dida Diriba | Éthiopie | 2h03'19 |
3 | Gabriel Geay | Tanzanie | 2h03'59 |
4 | Getaneh Molla | Éthiopie | 2h04'55 |
5 | Selemon Barega | Éthiopie | 2h04'58 |
6 | Asefa Boki | Éthiopie | 2h05'32 |
7 | Andamlak Belihu | Éthiopie | 2h05'55 |
8 | Shura Kitata | Éthiopie | 2h06'04 |
9 | Yuhei Urano | Japon | 2h06'09 |
10 | Tadu Abate | Éthiopie | 2h07'16 |
Un record du monde qui s'envole à deux kilomètres de l'arrivée. Des records nationaux restés hors de portée. Des ambitions stoppées net avant même la mi-course. Sur le papier, ce Marathon de Berlin 2026 pourrait ressembler à une édition ratée. C'est tout l'inverse. Le spectacle a été au rendez-vous. Et parce que le marathon, ce n'est pas qu'un chrono. C'est une distance qui ne pardonne rien et où il faut parfois accepter de tout perdre pour avoir une chance de tout gagner. Tigst Assefa l'a bien compris, jusqu'à la rupture. Esther Pfeiffer, Manon Trapp et Alisa Vainio aussi, en osant viser très haut. Le record du monde n'est pas tombé à Berlin. Mais Assefa a prouvé qu'il n'était plus très loin. Une chose est sûre : le marathon nous réserve encore bien des surprises. Et ce n’est que le début de la saison...
Retrouvez tous les résultats du Marathon de Berlin 2026 sur le site officiel.