Marseille-Cassis - AG2R LA MONDIALE : le lièvre Kiprop Kimutai dévore la Gineste et Alessia Zarbo vole la couronne
Un vent dans le dos sur la Gineste, un lièvre kényan de 22 ans qui refuse de lever le pied, une Française sans course dans les jambes depuis un mois qui débarque au dernier moment et rafle tout. Sur la route de Cassis, la 47e édition de Marseille-Cassis - AG2R LA MONDIALE a fait tomber le mur de l’heure, intact depuis 2017, et rangé les pronostics au fond du sac.
Au pied du CEPAC Vélodrome, entre éclaircies et 13 °C, les élites se sont envolés ce dimanche matin, sur la Marseille-Cassis - AG2R LA MONDIALE version 2026. Dès les premiers mètres, quatre hommes se détachent et passent le 5e km ensemble en 14'52. Le Kényan Gilbert Kipkosgei Kiprotich (26 ans) joue les favoris, avec comme lièvre son compatriote Kiprop Kimutai (22 ans). Le plan semblait écrit. Sauf que le lièvre a lu le contrat à sa façon. Son leader moins rapide que prévu, il prend les commandes, passe seul le 10e km en 31'19 (32 secondes d’avance sur le Djiboutien Houssein Sougueh, 49 sur Kiprotich), puis fait grimper sa marge au 15e, passant en 44'51 avant d’avaler les cinq derniers kilomètres à 2'45 au km. Les bras levés et la foule saluée dans les 500 derniers mètres, le jeune kényan boucle l’affaire en 58'36. Au micro quelques secondes après son succès, la stratégie ne souffrait d‘aucune ambiguïté : « Je suis venu pour gagner la course. »
Ce chrono fait du Kényan le premier sous l’heure depuis les 59'16 de l’Éthiopien Jemal Mekonnen en 2017, et la cinquième meilleure performance de l’histoire de l’épreuve. Il s’agit surtout d’un record sur le tracé actuel de 20,2 km précisément, la référence de son compatriote Edwin Kipyego (57'18 en 2015) ayant été signée sur un parcours raccourci à 19,6 km. Avec 5 000 € de prime à la clé. Derrière, Sougueh (1h00'07) a raté de 7 secondes le “sub-hour”. L’Ougandais Silas Boch (1h00'26) a, lui, coiffé Kiprotich (1h00'28) pour 2 petites secondes. Le leader annoncé finit donc quatrième, à 1'52 de son propre lièvre. Le Marocain Said Kaddour (Alès Cévennes Athlétisme Agglo, 1h01'04) et le Congolais Alex-Franck Ngouari-Mouissi (A3 Tours, 1h01'17) complètent le top 6.
Enzo Couderchet, le vendeur d’Intersport qui régale
Premier Français, septième en 1h01'38 pour sa première participation, Enzo Couderchet (Dijon Université Club, 29 ans) signe la quatrième meilleure performance française de l’histoire de l’épreuve. Vendeur chez Intersport à mi-temps, il a vu les Africains filer. « Ils sont vraiment partis comme des avions. On s’est dit qu’ils faisaient les malins et que ça allait exploser, mais visiblement non, parce qu’ils ont continué à ce rythme. » La suite lui a appris que la descente, « physiquement, c’est extrêmement dur, plus dur que la montée, honnêtement ». Conclusion sans détour : « Pour un premier Marseille-Cassis, c’est magique, franchement, c’est vraiment dingue ! »
Derrière lui, Valentin André (Neuilly-Plaisance Sport) est huitième en 1h02'11. Alexis Miellet (Dijon UC), champion d’Europe 2024 du 3000 m steeple, descend sous les 1h03 (1h02'59, 9e). Quentin Meyleu (Clermont Athlétisme Auvergne) boucle le top 10 en 1h03'34. Pour Louis Gilavert (SCO Sainte-Marguerite), 16e en 1h04'53, la découverte pique. « Je suis déçu, j’espérais mieux, mais je suis parti trop vite et je l’ai payé ensuite. » Il promet toutefois de revenir « pour la gagner un jour ». L’ultra-local Nicolas Navarro (SCO Sainte-Marguerite), lui, a fait avec les moyens du bord pour s’adjuger une 17e place en 1h04’55. « Je reviens de blessure, je ne suis pas encore à 100 % et je savais que je ne pouvais pas faire de miracles. » Avec un sourire pour finir. « On se donne rendez-vous l’année prochaine pour une dixième participation ? »
Alessia Zarbo, l’invitée de dernière minute
Chez les femmes, on attendait un choc entre Mélody Julien et Alessia Zarbo, la deuxième performeuse hexagonale de l’histoire sur semi-marathon. Le choc a eu lieu, mais pas comme prévu. Zarbo (Nice Côte d’Azur Athlétisme, 25 ans) prend la tête dès le 5e km (16'54) et ne la lâche plus. Elle s’impose en 1h09'04, pour sa première participation. Sa troisième meilleure performance française de l’histoire sur l’épreuve. Son histoire vaut le détour. « Je tiens à remercier Laurent (Manneveau, directeur sportif de la SCO Sainte-Marguerite, le club organisateur), qui m’a proposé de participer à la course au dernier moment. Je revenais d’une blessure contractée lors des championnats du monde de semi-marathon et je n’avais pas couru pendant un mois. » Le remède, c’était le vélo. « J’ai beaucoup fait de vélo pendant cette période, ce qui m’a finalement bien aidée dans la montée ! »
Dans ce triplé tricolore. Ophélie Serra-Boxberger (Montbéliard Belfort Athlétisme, 38 ans) est deuxième en 1h09'44, quatrième meilleure performance française sur l’épreuve, avec un œil sur le Marathon de Valence. Le vent dans le dos l’a aidée dans la montée « mais peut aussi être un peu dangereux dans la descente ». Et la fierté est là : « Les Françaises ont pris le dessus ces dernières années. » Sarah Hasni (Alès Cévennes Athlétisme) complète le podium en 1h11'02, devant Manon Coste (Team MY Thermique, 1h11'33) et Mélody Julien (Association Multisports Montredonnaise), cinquième en 1h12'08 après sa 2e place de l’an dernier (1h07'16). Augustine Emeraux Lombard (Nancy Athlétisme Métropole, 1h14'00), Anne Moulin Vens (Athlétisme Lozère, 1h14'13) et Latifa Mokhtari (Alsace Nord Athlétisme, 1h15'33) suivent.
Les premiers à ouvrir la route et les célébrités
À 8h45, les handisports avaient déjà donné le coup d’envoi. Adrien Chollois (Foulées de Saint-Germain-en-Laye) s’impose en 1h39'55, avec plus de 15 minutes d’avance sur Charles Terranova (1h55'03) et Franck Paget (1h58'18). Latifa Taleb est la première femme en 2h05'43. Du côté des guests, l’humoriste Arnaud Tsamère visait 1h27 et finit en 1h27'44, après avoir doublé 228 coureurs dans la Gineste (47'00 au 10e km). La présentatrice Ophélie Meunier boucle en 1h46'13, devant trois anciennes gloires du Cercle des nageurs de Marseille, dont le champion olympique Alain Bernard (1h50'28), Camille Lacourt (2h17'02) et Laure Manaudou (2h20'43), de retour huit ans après sa première, qui ont pris leur temps.
À Cassis, tout le monde a gagné quelque chose
Le chrono de Kiprop Kimutai (58'36) et la couronne d’Alessia Zarbo ont fait les titres, mais la vraie histoire de Marseille-Cassis - AG2R LA MONDIALE s’est écrite dans le peloton. 20 000 fadas au départ, venus de 80 pays, de 17 à 87 ans, dont 56 % de primo-participants et 38 % de femmes, avec un coureur sur deux originaire des Bouches-du-Rhône. Chacun a reçu sa flasque de 250 ml pour une première édition sans bouteille en plastique aux ravitos. Arnaud Tsamère a doublé 228 coureurs dans la Gineste et a tenu son objectif de 1h27. Laure Manaudou, sept mois après son premier marathon, a savouré les Calanques, tandis que Nicolas Navarro, blessé, n’a rien lâché et lance déjà un rendez-vous pour une dixième participation. En queue de peloton, Finishers et Hyundai ont couru aux côtés des derniers, et certains repartent avec un dossard pour 2027. Rendez-vous est pris.