Pendant le Ramadan, de nombreux runners adaptent leurs entraînements et courent la nuit après la rupture du jeûne. Témoignages et conseils. ©️ MARATHONS

Courir la nuit : le Ramadan transforme-t-il les coureurs en noctambules ?

PratiquesCommunauté
27/03/2026 08:07

Quand le soleil disparaît et que la rupture du jeûne vient d’avoir lieu, certains enfilent leurs baskets plutôt que de s’installer sur le canapé. Pendant le Ramadan, les horaires de course se déplacent, les sensations changent et la nuit devient un nouveau terrain de jeu. Pour beaucoup de coureurs, ces sorties tardives transforment le running en expérience presque intime, entre adaptation physique et liberté retrouvée dans des rues plus calmes.


La datte vient d’être ingurgitée, le thé fume encore dans le verre et les chaussures de running attendent dans l’entrée. La scène revient presque tous les soirs pendant un mois, du 17 février au 19 mars cette année. La rupture du jeûne vient d’avoir lieu, les premières bouchées ont été avalées, le corps se réveille doucement après une journée entière sans boire ni manger. Dans certains foyers, la soirée commence à peine. Dans d’autres, les chaussures de running se retrouvent déjà au pied de la porte. Quelques minutes plus tard, une silhouette traverse le quartier en trottinant. Puis une autre. Et parfois une troisième. Dans les rues un peu plus calmes, sous les lampadaires ou le halo orangé des vitrines, un petit ballet discret s’installe : celui des runners du Ramadan.

Courir la nuit ne ressemble jamais tout à fait à une sortie classique. La lumière change les repères, les bruits se font plus rares, la ville paraît différente. Certains coureurs parlent d’une atmosphère presque suspendue dans le temps. Pour le papillon de nuit Hamza El Ouardi, habitué à adapter ses entraînements pendant cette période, l’expérience garde toujours quelque chose d’à part. « Courir la nuit, c’est spécial, raconte le marathonien du Stade Rennais Athlétisme. On a un peu l’impression d’être déconnecté de ce qui se passe autour. »

« La nuit reste un espace de liberté. Il y a moins de monde, on fait plus attention, mais on a l’impression d’être seul dans les rues »

Hamza El Ouardi, marathonien rennais

Les sensations évoluent aussi avec les années. Lorsque le Ramadan tombait au printemps ou en plein été, il privilégiait souvent les sorties juste avant le coucher du soleil. Aujourd’hui, avec un calendrier qui glisse vers l’hiver et des journées plus courtes, courir après la rupture du jeûne devient plus simple à organiser. Une fois lancé, le corps surprend parfois. « Paradoxalement, courir devient plus léger une fois parti », explique le dernier champion de Bretagne lors du Marathon Vert de Rennes. Le moment le plus délicat n’est pas forcément celui qu’on imagine. Pour lui, les séances matinales ou celles du milieu de journée s’avèrent souvent plus compliquées, parce qu’il faut ensuite tenir toute la journée sans boire.

| La nuit, un terrain de liberté

La nuit offre aussi quelque chose que le jour ne permet pas toujours : de l’espace. Moins de circulation, moins de passants, moins de distractions. Le terrain devient plus intime, presque silencieux. Les foulées résonnent différemment, les respirations aussi. À 36 ans, Hamza El Ouardi décrit souvent cette sensation d’isolement positif, comme si les rues appartenaient temporairement aux coureurs. « La nuit reste un espace de liberté. Il y a moins de monde, on fait plus attention, mais on a l’impression d’être seul dans les rues. »

Ce basculement nocturne ne transforme pas seulement l’ambiance, il modifie aussi la façon de s’entraîner. Contrairement à l’idée reçue, le Ramadan ne rime pas forcément avec pause sportive. Beaucoup de runners continuent à courir, simplement autrement. Les séances changent de place dans la journée, les intensités se modulent, et les objectifs se réorganisent. Chez le Breton d’adoption, la performance reste malgré tout présente dans un coin de la tête. « J’ai des objectifs après le Ramadan, donc la performance reste le moteur », glisse-t-il. La période ressemble davantage à un moment d’ajustement qu’à une coupure. Les séances deviennent parfois plus courtes, plus ciblées, mais l’entraînement continue d’exister.

| Adapter l’entraînement sans perdre le fil

Cette logique rejoint celle de Mohamed Serbouti, ancien coureur de haut niveau – notamment champion de France du 10 000 m en 1999 – et aujourd’hui très engagé dans la promotion du sport auprès des jeunes et des clubs dans la Sarthe. Avec l’expérience, il a lui aussi appris à apprivoiser cette période particulière. Pendant des années, il a observé les effets du jeûne sur son corps avant de modifier progressivement sa manière de s’entraîner.

Sa stratégie repose sur un principe simple : réduire le volume, mais préserver la qualité. « Quand j’ai diminué le kilométrage et que j’ai mis plus de qualité et de renforcement, je me suis rendu compte que je gardais mes capacités cardio », témoigne le technicien du running de 55 ans, passé de la piste à la transmission. L’erreur la plus fréquente, selon lui, consiste à vouloir continuer exactement comme le reste de l’année. Le corps, privé d’hydratation pendant de longues heures, ne réagit pas de la même manière.

À 55 ans, Mohamed Serbouti continue de courir et conseille les plus jeunes en période de Ramadan.

La question de l’eau devient d’ailleurs centrale. Physiologiquement, le corps tolère assez bien une journée sans nourriture, mais l’absence d’hydratation se ressent rapidement. Les jambes deviennent plus lourdes, les crampes apparaissent plus facilement. « Quand on ne boit pas, on le ressent tout de suite », précise celui qui veut qu’on l’appelle “Momo”.

| Manger et boire autrement

Pour compenser, l’organisation autour des repas prend une importance particulière. Contrairement aux idées reçues, la rupture du jeûne ne consiste pas simplement à manger beaucoup. L’équilibre joue un rôle déterminant, notamment pour ceux qui continuent à courir. La première bouchée reste souvent l’incontournable datte, une habitude aussi culturelle que physiologique. « Elle prépare l’estomac », raconte Serbouti. Ensuite viennent les aliments salés, les protéines, les légumes ou les féculents. Le sucre raffiné, lui, reste à éviter pour ne pas perturber la digestion.

«ll faut écouter son corps et comprendre que ce n’est pas la même période que le reste de l’année »

Mohamed Serbouti, ancien coureur de haut niveau

L’hydratation demande également une certaine méthode. Boire une grande quantité d’eau d’un coup ne sert à rien. Il préfère répartir les gorgées sur plusieurs heures et miser sur les aliments riches en eau, comme les fruits et légumes. Concombre, melon, pastèque… autant de petits alliés inattendus pour les coureurs. Cette période demande aussi une forme de discipline mentale. Beaucoup de coureurs racontent que le plus difficile n’est pas forcément la fatigue physique, mais la gestion du rythme. Savoir ralentir, accepter de lever le pied à l’entraînement, éviter de suivre un groupe trop rapide.

| Des sorties nocturnes parfois hors du temps

Dans certains cas, le Ramadan devient même une sorte de laboratoire mental. Le corps tourne différemment, les sensations changent, les repères habituels disparaissent. Mohamed Serbouti parle souvent d’un travail intérieur. « Il faut écouter son corps et comprendre que ce n’est pas la même période que le reste de l’année », résume-t-il. Les souvenirs de sorties nocturnes restent aussi parfois étonnants. Hamza El Ouardi se rappelle, lui, d’une séance un peu improbable. Une douleur due aux frottements dans ses chaussures l’oblige à les retirer en pleine sortie. La séance se termine pieds nus, dans les rues de nuit.

Avec l’explosion récente du running, ces silhouettes nocturnes deviennent d’ailleurs de moins en moins rares. Les pelotons de courses sur route grossissent, les dossards s’arrachent des mois à l’avance et la pratique continue de s’étendre. Le Ramadan ne fait finalement qu’ajouter un nouveau créneau à une passion déjà omniprésente.

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Dorian VUILLET
Journaliste

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