L’hiver devient la nouvelle saison des marathons. Valence, Osaka, Marrakech... Pourquoi ces courses attirent-elles de plus en plus de coureurs ? © Marathon de Valence

Les marathons d’hiver cartonnent : effet de mode ou vraie révolution du calendrier ?

Marathon
26/03/2026 09:14

Le froid n’a jamais autant attiré. Alors que le calendrier du marathon semblait figé depuis des décennies, l’hiver s’impose désormais comme une période clé, entre chronos affolés, destinations qui font rêver et dossards pris d’assaut. Derrière cette montée en puissance, une question s’installe : simple engouement passager ou véritable bascule dans la manière de courir le marathon aujourd’hui ?


Longtemps cantonné aux destinations exotiques ou aux paris un peu fous, le marathon d’hiver a changé de statut. De Valence à Osaka, de Marrakech à Houston, les dossards s’arrachent quand le thermomètre baisse. Conditions idéales, calendrier mieux pensé, nouvelles envies de performance et d’évasion : derrière l’explosion des marathons hivernaux, une tendance lourde se dessine. Effet de mode bien senti ou vraie révolution du running mondial ?

Il fut un temps où le marathon suivait un tempo bien réglé. Un printemps pour les records, un automne pour les confirmations, et l’hiver relégué au rôle de parent pauvre, réservé aux irréductibles ou aux destinations exotiques. Cette époque semble révolue. Depuis quelques saisons, les lignes bougent vite. Très vite.

Julien Devanne, ancien marathonien de haut niveau aujourd’hui entraîneur, observe lui aussi ce basculement : « Si tu suis un peu l’actu de la course à pied, tu vois bien que les marathons d’hiver cartonnent, affirme-t-il. De décembre à mars, c’est devenu une vraie période ». Pour lui, ce déplacement du centre de gravité n’a rien d’un hasard.

| L’hiver, nouveau terrain de jeu du marathon mondial

La carte des marathons hivernaux impressionne aujourd’hui par sa densité. Elle relie Marathon de Valence à Marathon d’Osaka, Houston Marathon à Marathon de Marrakech, Xiamen Marathon à Marathon de Louxor. Des courses historiques comme Marathon de Fukuoka ou Beppu-Oita Marathon côtoient désormais des événements très ambitieux dans le Golfe ou en Asie.

Quelques noms illustrent ce basculement :
Valence, Séville, Naples, Athènes, Florence, Istanbul, San Sebastián, La Rochelle
Marrakech, Louxor
Houston, Osaka, Fukuoka, Nagoya, Beppu-Oita, Shonan, Kumamoto
Doha, Dubai, Abu Dhabi
Hong Kong, Xiamen, Taipei, Incheon, Daegu
Mumbai, Jaipur, Mumbai Tata Marathon

Une densité géographique qui ne doit rien au hasard.

| L’effet Valence, moteur silencieux du phénomène pour des conditions idéales pour courir vite

S’il fallait identifier un déclencheur symbolique, beaucoup pointent vers Valence. Depuis une décennie, le marathon espagnol aligne performances élites, records et densité internationale. Le résultat : une crédibilité sportive énorme pour une course programmée début décembre. « Je ne sais pas s’il y a une petite influence du fait de la grosse cote du marathon de Valence, résume très simplement celui dont le meilleur chrono en carrière a été enregistré dans la capitale valencienne en 2h14’55. Mais si Valence n’avait pas eu les résultats qu’il a eus depuis cinq ans, beaucoup de marathoniens seraient peut-être restés sur la période traditionnelle de Berlin en septembre-octobre. Les résultats influencent énormément le calendrier. »

Pour l’entraîneur qu’il est devenu, la visibilité de certaines épreuves a tout simplement redéfini les repères. « Avant que ces grands marathons hivernaux arrivent vraiment sur le devant de la scène, en France par exemple, en fin d’année il n’y avait quasiment que La Rochelle. Et courir à La Rochelle, c’était un peu la roulette russe : vent, pluie, météo capricieuse… Les gens y allaient aussi pour l’ambiance. Mais aujourd’hui, avec Valence ou Séville, les cartes ont été redistribuées. »

« Psychologiquement, les gens se sont dit que finalement les marathons pouvaient se courir toute l’année. Et quand tu sais que certaines destinations comme Valence offrent du soleil et des conditions stables, ça change la perception. »

Julien Devanne, ancien marathonien tricolore

Le premier moteur du phénomène est souvent la météo. Courir un marathon sous 10 à 15 degrés reste la configuration la plus favorable pour la performance, et ces conditions apparaissent souvent plus stables en hiver dans plusieurs régions du globe. L’Andalousie, la côte levantine, le Japon ou encore le sud des États-Unis offrent alors des températures presque sur mesure pour avaler les 42,195 km. L’Angevin de naissance confirme ce raisonnement très pragmatique : « Psychologiquement, les gens se sont dit que finalement les marathons pouvaient se courir toute l’année. Et quand tu sais que certaines destinations comme Valence offrent du soleil et des conditions stables, ça change la perception. »

| Un calendrier d’entraînement plus logique

Autre avantage souvent cité : l’entraînement. Préparer un marathon pour février ou mars signifie construire sa préparation principale à l’automne, une période souvent propice au volume. « Personnellement, je suis devenu fan des marathons d’hiver », confie Julien Devanne. « Préparer un marathon en plein été pour courir en septembre, c’est compliqué quand tu as une vie de famille ou quand tu veux profiter un peu de la coupure estivale. Une prépa hivernale se gère souvent plus sereinement. »

Cette logique permet aussi de structurer différemment l’année sportive. « Si tu fais un marathon en hiver, ton année devient plus équilibrée. Tu peux ensuite basculer sur des 10 kilomètres au printemps, puis sur des courses plus ludiques l’été avant de repartir sur un autre projet ». La ruée sur les dossards renforce encore ce mouvement. Certaines inscriptions disparaissent en quelques minutes. « Aujourd’hui les dossards partent en trente minutes, parfois trois heures au mieux, observe le champion de France de marathon 2019. Donc les coureurs sautent un peu sur n’importe quelle compétition disponible. S’il n’y avait qu’une petite fenêtre de tir au printemps et à l’automne, ce serait compliqué pour tous les marathoniens européens. »

| Le marathon d’hiver, nouvelle expérience de course

Le succès des marathons hivernaux tient enfin à un facteur plus culturel lorsque le marathon se vit de plus en plus comme une expérience. Partir courir au Marathon de Séville en février, au Marathon de Marrakech en janvier ou au Marathon d’Osaka en hiver combine performance et voyage. Les offices de tourisme l’ont bien compris, et les organisateurs aussi. L’hiver devient alors un argument marketing puissant : une course rapide et quelques jours de soleil au cœur de la grisaille européenne.

À plus long terme, un autre paramètre pourrait encore accélérer le mouvement : le climat. Les épisodes de chaleur extrême rendent certaines courses estivales ou printanières plus difficiles à organiser. À 37 ans, Julien Devanne évoque lui-même cette évolution : « Avec l’augmentation des températures, certaines courses estivales vont forcément s’adapter. Courir en plein été quand il fait très chaud, ce n’est pas propice à la performance ni toujours à la santé des athlètes. »

Difficile, dans ces conditions, de parler d’un simple phénomène passager. Entre records, météo favorable, logistique d’entraînement et saturation des calendriers traditionnels, l’hiver possède désormais tous les ingrédients d’une vraie saison marathon. « Pour moi, ce n’est pas une mode. C’est quelque chose d’ancré maintenant », conclut Julien Devanne. Le marathon n’a pas changé de distance. Mais son calendrier, lui, semble bel et bien entrer dans une nouvelle ère.

Découvrez le calendrier des marathons


Dorian VUILLET
Journaliste

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