Marathon de la Liberté 2026 : François Leprovost et Valentin Gondouin marquent les esprits sur les terres du Débarquement
Un week-end de sport et de mémoire sur les plages du Débarquement. Ce dimanche, 82 ans jour pour jour après le D-Day, le Marathon de la Liberté a livré sa 39e édition sur les routes de Normandie. François Leprovost a remporté le marathon au sprint, Valentin Gondouin a régné sans partage sur le semi, et Pierre Emile comme Noémie Brioul ont fait tomber les records sur 10 km. Une journée à marquer d’une pierre blanche.
Il y a des courses qui ont une âme. Le Marathon de la Liberté en fait partie, peut-être plus qu’aucune autre en France. Depuis 1988, l’événement rend hommage par le sport aux événements du D-Day, avec des parcours traversant les hauts lieux du Débarquement et de la Bataille de Normandie comme les plages de Juno et Sword, Casino de Ouistreham et de Pegasus Bridge. Aucun autre marathon en France – et très peu dans le monde – ne permet de courir 42 km sur les lieux mêmes où s’est jouée la Libération. Ce dimanche 7 juin, pour la 39e fois, des milliers de coureurs ont pris le départ de Courseulles-sur-Mer en longeant le littoral normand, avec au bout du chemin le Stade Hélitas de Caen et une médaille collector autour du cou. Plus de 30 000 participants, sept épreuves, un hommage au D-Day. Le Normandy Running Festival, dans toute sa dimension.
| François Leprovost, le sacre en 200 mètres
La course masculine du marathon s’est transformée en une longue partie de poker, conclue par le plus court des dénouements. François Leprovost (SPN Vernon), lui le natif de Bayeux, tout proche de Caen, avait coché cette date sur son calendrier depuis l’hiver. Deuxième l’an passé, il revenait avec une seule idée en tête. Et il a eu la patience qu’il fallait. Pendant plus de 42 kilomètres, le Normand a couru au coude à coude avec Pierre-Antoine Ruel (Stade Saint-Lois) et Anthony Avril (Stade Olympique du Maine). Les trois hommes sont entrés dans le Stade Hélitas ensemble, à quelques enjambées les uns des autres. Puis Leprovost a sorti le sprint. Malgré des crampes dans le final, il a fait la différence dans les 200 derniers mètres. L’arrivée s’est jouée en cinq secondes. 2h27’13 pour lui, 2h27’14 pour Ruel et 2h27’18 pour Avril. Un podium dans un mouchoir de poche, comme on en voit rarement sur marathon. Sur la ligne, les proches présents, l’émotion est montée d’un coup.
Chez les femmes, Julie Ripa (Paris Sport Club) a pris le large bien avant l’arrivée. La Parisienne s’impose en 2h57’05’, avec plus de quatre minutes d’avance sur la deuxième. Élodie Percel (ES Troarn), Calvadosienne qui courrait sur ses terres, a explosé son record personnel de plus de dix minutes en 3h01’45. Une performance XXL pour la sociétaire de Troarn, qui coiffe Chloé Naquin (ASPTT Orléans, 3h03’44).
| Valentin Gondouin, vitesse de croisière
Sur le semi-marathon Pegasus, qui s’élance du Pegasus Bridge, premier pont libéré d’Europe, dans la nuit du 5 juin 1944, une seule question se posait vraiment : de combien Valentin Gondouin allait-il devancer ses adversaires. La réponse est venue assez vite. Le natif de Flers (Orne), désormais licencié au Stade Saint-Lois, a bouclé les 21 km en 1h04’35 » pour sa toute première participation à l’épreuve. Une première qui ressemble à une démonstration. Médaillé de bronze individuel et champion d’Europe par équipes lors de la Coupe d’Europe du 10 000 m à La Spezia en mai dernier, Gondouin est en train de bâtir une saison de très haut niveau. Son record personnel sur le semi vaut 1h00’17, et son marathon personnel de 2h07’54 en font l’un des athlètes français les plus polyvalents sur longue distance. Dans deux mois, rendez-vous à Birmingham pour les championnats d’Europe du marathon (10-16 août 2026). Le semi de Caen ressemblait davantage à une mise en jambes de luxe qu’à un effort maximum.
Derrière lui, Clément Lhotellerie (Charleville-Mézières, 1h06’39) et Geoffrey Le Déan (SPN Vernon, 1h07’40) ont complété un podium sans grande surprise. Chez les femmes, Émilie Gavens (Pont-Audemer AC) a signé un triplé historique. La licenciée de l’Eure s’impose une troisième fois à Caen (1h19’15), après 2022 et 2025. « Avec le vent, c’était dur dans le final. Mais c’est aussi pour ça qu’on fait ce sport », souriait-elle à l’arrivée. Anne Le Cunuder (Stade Rennais Athlétisme, 1h20’51) et la Normande Émeline Siard (AS Tourlaville, 1h22’25) complètent le podium.
| Pierre Emile et Noémie Brioul, les records du 10 km
La veille de la course, Pierre Emile (AS Querqueville) finissait par terre sur un 1500 m à Angers. « Je suis tombé au bout de 450 mètres. Je ne me suis pas fait mal, mais c’était terminé », avouait-il. Mais quelques heures et une courte nuit plus tard, le Manchois franchissait la ligne d’arrivée du 10 km en tête et avec le record de l’épreuve au passage. Ses 29’55 effacent l’ancienne marque du Britannique Chris Davies (30’11), qui tenait depuis 2008. Leprovost et ses compagnons n’ont pas eu le monopole de la dramaturgie ce matin. « On était ensemble jusqu’au cinquième kilomètre. Je me suis retrouvé tout seul en bas de la descente. Je sentais que j’étais bien, donc j’ai continué », explique le fondeur, qui avait bien en tête le record à battre. Ce n’est pas le parcours le plus roulant, donc je suis satisfait de faire moins de trente minutes en étant plutôt en gestion ».
Deuxième, on retrouve Quentin Cornu (Intrépide de Pré-en-Pail, 30’13), et le troisième est Marc Lauret (SPN Vernon, 30’39). Emile n’avait jamais pu courir à Caen car le calendrier bloquait toujours, la piste étant sa priorité. Il voulait venir depuis longtemps. Il ne sera pas déçu du voyage. Son record personnel sur 10 km, rappelons-le, vaut 29’22… en étant tombé. Cet été, il vise les 14 minutes sur 5000 m.
De l’autre côté du chrono, Noémie Brioul (AC Boulogne-sur-Mer) n’avait même pas prévu d’être là. La Nordiste était à Caen pour son frère, installé en Normandie et pas vraiment pour faire tomber un record. « Je n’avais pas prévu de venir mais c’était l’occasion de passer du temps avec mon frère, confiait-elle. Je me suis décidée au dernier moment. Le but, c’était de me faire plaisir et de découvrir la ville. »
Elle avait toutefois repéré que le record de l’épreuve était à 33’59 et s’en est emparé de cinq secondes, en 33’54. « J’avais ce petit challenge d’essayer de le battre », poursuivait-elle. Athlète Kiprun (elle travaille chez Decathlon), l’athlète de 25 ans prépare la piste et vise une qualification pour les Championnats de France du 5000. Pas de préparation spécifique sur route, donc, et pourtant un chrono à quelques secondes de son record personnel (33’46). Elle devance Aurore Guérin (34’50) et Mathilde Degenetais (35’07). À noter, en marge du palmarès, la participation d’Aristide Olivier, maire de Caen, qui a bouclé le 10 km en un peu plus d’une heure. Le symbole compte aussi.
✔ Tous les résultats de l’édition 2026 du Marathon de la Liberté

Dorian VUILLET
Journaliste