Courir pendant le Ramadan : la checklist hydratation, nutrition et récupération
Le soleil se couche plus tard, les chaussures de running attendent dans l’entrée, la montre vibre… puis s’éteint. Pendant le Ramadan, la pratique de la course à pied change de rythme. Moins de spontanéité, plus d’anticipation. Courir reste possible, parfois même salvateur, à condition d’ajuster les curseurs. Hydratation, alimentation, récupération : tout se joue dans les détails. Voici une checklist complète, pensée pour celles et ceux qui continuent à courir en jeûnant, sans héroïsme inutile ni discours culpabilisant.
Le jeûne diurne modifie profondément les sensations. Réserves énergétiques entamées, hydratation différée, sommeil parfois fragmenté… L’objectif du mois ne consiste pas à battre des records, mais à maintenir une dynamique. Le corps travaille autrement, et l’entraînement aussi. Beaucoup de coureurs décrivent une forme de lucidité nouvelle à l’effort. Moins d’intensité, davantage d’écoute. Une approche qui colle parfaitement à l’esprit du Ramadan.
| 1. L’hydratation, priorité absolue (et sous-estimée)
Sans apport hydrique entre l’aube et le coucher du soleil, la déshydratation devient l’ennemi numéro un.
La règle de base
Boire régulièrement entre l’iftar (rupture du jeûne) et le shour (repas avant l’aube). Pas en mode “rattrapage”, mais par petites prises étalées sur la soirée.
À privilégier
➜ Eau plate, à température ambiante
➜ Eau légèrement minéralisée pour compenser les pertes
➜ Tisanes non sucrées
➜ Soupes et bouillons, souvent oubliés mais très efficaces
À limiter
➜ Boissons très sucrées
➜ Sodas
➜ Excès de café ou de thé, à l’effet diurétique
Un indicateur simple aide à garder le cap : la couleur des urines. Claire, tout va bien. Foncée, alerte hydrique.
| 2. Quand courir ? Le timing change tout
Le moment de la séance conditionne largement la qualité de l’effort.
Option 1 : Après le ftour
La plus populaire. Un encas léger, une courte digestion, puis la sortie.
Avantage : hydratation possible, énergie disponible.
Inconvénient : digestion parfois capricieuse si le repas s’éternise.
Option 2 : Juste avant le ftour
Choix minimaliste. Sortie courte, allure très maîtrisée, retour à temps pour boire et manger.
Avantage : sensation de légèreté.
Inconvénient : risque accru de déshydratation et d’hypoglycémie.
Option 3 : Très tôt le matin
Plus rare mais redoutablement efficace pour certains profils.
Avantage : fraîcheur, hydratation récente.
Inconvénient : sommeil amputé.
Pendant le Ramadan, la performance se mesure davantage au ressenti qu’au chrono.
| 3. Nutrition : nourrir l’effort… sans excès
Le piège classique ? Vouloir “se refaire” au moment du ftour. Le corps préfère la progressivité.
Au ftour
➜ Dattes ou fruits secs pour relancer la glycémie
➜ Soupe ou bouillon
➜ Féculents complexes (riz, pâtes, quinoa, pommes de terre)
➜ Protéines maigres (œufs, poisson, légumineuses, volaille)
➜ Légumes cuits, plus digestes
Au shour
Repas stratégique, souvent négligé.
➜ Flocons d’avoine
➜ Yaourt, fromage blanc
➜ Fruits
➜ Oléagineux
➜ Eau, encore et toujours
Les aliments très salés augmentent la soif dans la journée. Mieux vaut les doser avec parcimonie.
| 4. Intensité : lever le pied sans culpabiliser
Ramadan rime rarement avec séances de fractionné violent. Et pour cause. Le corps travaille déjà dur.
Ce qui fonctionne bien
➜ Endurance fondamentale
➜ Footings tranquilles
➜ Sorties en aisance respiratoire
➜ Mobilité et renforcement léger
Ce qui attendra
➜ Intervalles courts
➜ Séances au seuil
➜ Objectifs chronométriques
| 5. Récupération : le vrai nerf de la guerre
Moins de sommeil, horaires décalés, digestion tardive… la récupération mérite une attention particulière.
Les bons réflexes
➜ Siestes courtes quand possible
➜ Étirements doux après la séance
➜ Auto-massages
➜ Respiration et relaxation
Le sommeil reste fragmenté, mais chaque minute compte. Mieux vaut dormir par blocs que courir après une nuit parfaite.
| 6. Les signaux à ne jamais ignorer
Courir en jeûnant demande une vigilance accrue. Certains signaux imposent l’arrêt immédiat :
➜ Étourdissements
➜ Nausées
➜ Maux de tête persistants
➜ Fatigue anormale
L’écoute prime toujours sur le plan d’entraînement.
| 7. Ramadan et mental : un allié inattendu
Beaucoup de coureurs parlent d’un rapport à l’effort transformé. Moins de bruit, plus d’intention. Le jeûne invite à ralentir, à observer, à ressentir. Une forme de retour à l’essentiel qui rappelle pourquoi courir procure autant de liberté.
| En résumé : la checklist du runner qui jeûne
➜ Hydratation fractionnée entre ftour et shour
➜ Séances placées intelligemment
➜ Alimentation simple, digeste, équilibrée
➜ Intensité volontairement abaissée
➜ Récupération soignée
➜ Écoute du corps avant tout
Le Ramadan ne met pas le running entre parenthèses. Il l’oblige simplement à changer de tempo. Et parfois, ce pas de côté offre une manière différente, et précieuse, de vivre la course à pied.

Dorian VUILLET
Journaliste