Avec l’hiver, les pelotons de coureurs accueillent chaque année triathlètes et cyclistes, parfois encore en activité, souvent en reconversion.

Des pelotons de cyclisme à ceux de course à pied : Mathieu Van Der Poel, Tony Martin, Nacer Bouhanni… ces cyclistes qui deviennent coureurs

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01/12/2025 20:50

Avec l’hiver, les pelotons de coureurs accueillent chaque année triathlètes et cyclistes, parfois encore en activité, souvent en reconversion. La frénésie du running attire de nombreux sportifs de tous les horizons, et même des athlètes de très haut niveau en quête de nouveaux défis. Pour les habitués de la bicyclette, tester leur potentiel sur route devient un véritable objectif hivernal, ou même d’après carrière.


Depuis quelques mois, les performances des cyclistes qui enfilent les baskets se multiplient. L’un des derniers à avoir agité la communauté Strava récemment est la superstar Mathieu Van Der Poel. Le triple champion d’Europe de cyclo-cross est l’auteur d’une sortie de 10 km à 3’22/km, intitulée « Is this my Strava comeback ? ». L’activité a affolé les compteurs, avec plus de 1200 commentaires et près de 70 000 kudos. Et « MVDP » aurait pu faire parler son talent lors du semi-marathon de Valencia en octobre dernier, où il s’était inscrit. Même si le Néerlandais n’a pas pris le départ, sa présence sur la liste des engagés n’est pas passée inaperçue.

Le prodige n’est pas le seul à avoir franchi le pas. L’Allemand Tony Martin, quadruple champion du monde de contre-la-montre, a fait ses premiers pas sur le bitume lors d’un 21 km couru en 1h24, « not bad for me, but so far from the top », s’émerveillant au passage des performances des spécialistes. Nacer Bouhanni, ancien champion de France et ex-professionnel, a couru 2h34’36 au Marathon de Francfort. Seulement un an après avoir raccroché le vélo. Il y a quelques semaines, le sprinteur français a bouclé le Semi de Boulogne-Billancourt en 1h11’37 et vise désormais moins de 2h28 à Valence le 7 décembre prochain.

| Jimmy Whelan, de prodige Australien du vélo à 1h01’37 sur semi-marathon

L’un des cas les plus spectaculaires reste celui de l’Australien Jimmy Whelan. Ancien cycliste professionnel devenu coureur en 2024, l’athlète de 29 ans a claqué le chrono impressionnant de 1h01’37 sur Semi-Marathon à Valence, soit la 13e performance australienne de tous les temps. Avec sept années de cyclisme au plus haut niveau, notamment en circuit World Tour, le demi-fondeur est aussi fort d’un passé de coureur jusqu’à ses 20 ans. Le prometteur bénéficie d’un foncier exceptionnel. Il confie lui-même avoir un « cheat code », résultat d’un volume colossal accumulé à vélo.

Ses semaines à 200 km de course, facilitées par des années d’entraînement intensif prouvent que le phénomène n’a pas peur d’enchaîner les kilomètres. Le vainqueur espoir du Tour des Flandres 2018 a compris avoir développé une base plus forte que « n’importe qui dans la course à pied ». Son objectif initial d’après-carrière était de devenir triathlète professionnel pour viser les formats Ironman 70.3 et les Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Depuis, le projet a évolué. Jimmy Whelan se concentre désormais exclusivement sur un sport, et rêve d’une qualification olympique sur marathon.

| Une base solide pour courir

Cette aisance se retrouve chez beaucoup de spécialistes du vélo. Enchaîner des heures d’entraînement à pied n’est pas un problème pour ceux qui avaient l’habitude d’en passer une trentaine sur la selle. La course à pied est beaucoup moins chronophage que le cyclisme et permet d’atteindre un bon voire un excellent niveau sans s’entraîner autant qu’à vélo. Pour aucun coureur, hormis les spécialistes de l’ultrafond, courir entre quatre et huit heures par jour n’est envisageable. Pour les cyclistes, c’est la routine.

Damien Monier, ancien professionnel devenu coureur amateur, en est un exemple frappant. « Je faisais 30 000 km de vélo par an, donc 25 heures par semaine, sans jour de repos. On enchaînait avec 3 semaines de courses avec 2 jours off. C’était dur à encaisser », raconte celui qui a glané la victoire lors de la 17e étape du Giro en 2010.

Désormais coureur en plus de son emploi d’assistant et de masseur à la Cofidis, le sportif s’est rapidement distingué dans sa nouvelle pratique. « Ce sont deux sports différents en termes de temps et de distance, mais j’ai trouvé beaucoup de similitudes dans la manière de s’entraîner et dans le dépassement de soi ». Après cinq mois de course à raison de trois à quatre sorties hebdomadaires, l’ex-coureur a terminé 2e du 25 km du Trail des Volcans, en Auvergne. « Comme tout bon cycliste qui se respecte, j’ai voulu bourriner, donc j’ai choisi le 25 km. Ce jour-là, j’ai pris beaucoup de plaisir et le résultat n’était pas trop mal ».

© Alanis Duc / Marathons.com

| Un mental hérité des pelotons

Très vite, le Clermontois s’est fait repérer par l’entraîneur Cyrille Merle, ancien coureur de niveau national. Le spécialiste a été frappé par « la caisse énorme » de Damien Monier et par son « grand potentiel ». Les années à haut niveau lui confèrent un énorme moteur. Mais aussi un mental d’acier hérité d’une carrière d’ascète dans le peloton. « Un coureur pro, c’est 50 % de jambes et 50 % de mental », appuie le passionné attiré par les longues distances. Le Clermontois espère un jour s’aligner sur marathon avec en ligne de mire le record officieux des anciens forçats de la route. Celui d’un « professionnel italien peu connu, qui a réalisé 2h26’26 en 2007 ».

Damien Monier est décrit par son entraîneur comme « professionnel et carré » grâce à 19 ans de carrière. Lui-même s’amuse de son goût de l’effort prononcé, de son plaisir à se « mettre la misère » et de sa volonté de se frotter aux meilleurs. Une particularité des cyclistes, toujours prêts à « se faire mal ».

| Les cyclistes et leurs qualités hors du commun

Le multiple champion de France de poursuite a également découvert la quasi-absence de stratégie dans sa récente discipline. Avec des départs massifs où courir au train constitue la meilleure gestion de l’effort, les attaques explosives comme à vélo se font rares. Un aspect qu’il a apprécié dans sa vie de grimpeur. « C’est satisfaisant de constater que le groupe s’égrène derrière toi, que ça commence à sauter par l’arrière, et que toi tu tiens. Je retrouve un peu ce schéma en courant ».

Lors de son premier cross, son coach lui avait désigné deux ou trois adversaires à ne pas suivre, car hors de portée. Il n’en a pas fallu davantage pour le pousser à se glisser dans le groupe de tête. « Je l’avais joué à la cycliste en restant dans la foulée du premier, et je l’avais attaqué sur la fin après être resté à l’abri tout le long. Ce n’était pas super de ma part, c’était mon premier cross, j’espère qu’il me l’a pardonné ». Les places d’honneur aux Championnats de France de cross en catégorie Master se sont ensuite multipliées : 18e en 2023 à Carhaix, 8e à Cap’Découverte en 2024, 15e en 2025 à Challans. Des résultats très probants, qui illustrent le talent immense des athlètes venus du cyclisme.

© Larry shooting 63

| La difficile transition du vélo à la course

La transition n’est pourtant pas toujours simple. Le passage d’un sport porté à une discipline à impacts provoque souvent des blessures. La course à pied est compatible avec le vélo, mais l’inverse s’avère délicat. Le surnommé « Momonne » l’a vécu peu après le Trail des Volcans et la classique Marvejols-Mende, que le néophyte a bouclée en 1h22. « Je parvenais à courir deux mois, avant de stopper trois mois. J’étais coincé dans un cycle infernal d’arrêts forcés pendant deux ans », relate le besogneux de 43 ans, freiné à cette période dès une cinquantaine de kilomètres hebdomadaires.

« Au début, j’ai souffert de douleurs musculaires qui m’étaient inconnues. Je pratiquais encore beaucoup d’entraînement croisé à cause des blessures ». À force de persévérance, le coureur de la Cof’ s’est offert de belles performances : 1h07’19 sur semi-marathon, 30’53 sur 10 km et même un titre de vice-champion de France Master 2024 de 10 km.

Son corps a évolué, ses cuisses ont fondu, son gabarit s’est adapté. Celui qui a déjà pris part aux trois grands Tours a troqué sa « musculature de cycliste », avantageuse dans les terrains de trail et les côtes contre un profil plus léger. « Je sens que je n’ai plus la puissance de mes premières années dans ce sport », remarque l’intéressé qui parvient désormais à courir plus de 100 km par semaine. La vigilance reste de mise. Au-delà d’un certain seuil, les douleurs reviennent. Mais Damien Monier connaît aussi très bien son corps, grâce à son passé de professionnel.

Les cyclistes sont de plus en plus nombreux à passer des pelotons à ceux de la course à pied. Leur endurance est impressionnante, tout autant que leur mental forgé à coups de milliers d’heures de pédale. Des qualités indéniables qui représentent un avantage conséquent, bien qu’ils doivent s’habituer à une nouvelle pratique à impacts.

 Découvrez le calendrier des marathons


Emma BERT
Journaliste

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