Yann Schrub et Étienne Daguinos seront aux Mondiaux de cross le 10 janvier à Tallahassee avec une équipe de France ambitieuse. © STADION

Interview croisée de Yann Schrub et d’Etienne Daguinos avant les Championnats du monde de cross-country 2026 à Tallahassee

Interview
02/01/2026 20:40

Le champion d’Europe de cross seniors 2023 Yann Schrub et Etienne Daguinos notamment détenteur du record de France du 10 km sur route feront partie de l’équipe de France seniors aux Championnats du monde de cross-country aux Etats-Unis le 10 janvier prochain à Tallahassee (Floride). Un collectif ambitieux emmené par le champion du monde du 10 000 m Jimmy Gressier et qui vise un podium historique par équipes. Yann Schrub et Etienne Daguinos rencontrés en marge de la Corrida de Houilles fin décembre ont hâte de se retrouver pour ce défi de taille. Entretien.


| Yann et Etienne, quel bilan tirez-vous de votre année 2025 ?      

Yann Schrub : Je retiens les records personnels qui ont été battus (3000 m sur piste en salle, 1500 m et 5000 m en plein air, 5 km et 10 km sur route). Le 5 km de Lille a été un déclic psychologique (3e en 13’00 record personnel), j’ai vraiment réalisé que c’était possible de faire des chronos aussi en partant vite et que je n’étais pas qu’un athlète de championnat. Je retiens aussi mon titre de champion de France sur piste du 5 000 m devant Jimmy et Etienne dans une course très relevée avec aussi Fabien Palcau et Romain Mornet. J’ai complètement effacé de ma tête cette barrière psychologique que dans un championnat du monde aucun Européen ne pourrait jamais gagner ou pourra difficilement aller chercher un podium avec Jimmy Gressier à Tokyo. Pour le futur, l’entraînement sera différent et les objectifs ont été changés, dans ma tête quelque chose a basculé.

Etienne Daguinos : En 2025, j’ai battu quasiment tous mes records (1500 m et 5000 m sur piste en plein air, 20 km sur route), une année de découverte avec ma première médaille internationale (vice-champion d’Europe du 10 km sur route en avril). Il y a eu aussi des coups de moins bien avec des petits pépins de santé mais cela m’a permis d’apprendre à persévérer dans ces moments pour mieux revenir ensuite.

| Etienne, le moment le plus fort de 2025 restera le Meeting de Ligue de Diamant de Monaco en juillet…

Etienne Daguinos : Oui le meeting de Monaco (5e du 5 000 m en 12’55’’76 record personnel) avec la joie des minima réalisés pour les Mondiaux de Tokyo, la souffrance mentale et physique pendant toute la course qui a été l’une de plus dures de ma vie. Monaco est un aboutissement à tout point de vue.

| Yann, il y a plusieurs moments forts à retenir de 2025

Yann Schrub : En tant qu’acteur les championnats de France, la finale du 5000 m était très complexe, chaque adversaire a joué avec ses avantages, Etienne atomise la course à 1000 m de l’arrivée, Jimmy relance après avoir essayé de m’émousser bien avant dans la course et qui relance Etienne dans le dernier kilomètre. Finalement j’en tire le meilleur c’était une très belle course. En tant que spectateur, c’est la finale du 10 000 m de Jimmy sacré aux Mondiaux à Tokyo, dans une carrière d’athlète cela change beaucoup de choses, c’était un moment très fort de cette année.  

| Des choses à oublier, ou à refaire autrement durant cette année ?

Yann Schrub : Rien à oublier, j’ai appris beaucoup avec le mois d’août qui a été compliqué en raison de différents facteurs, la 9e place en finale du 5 000 m des Mondiaux où je m’attendais à un peu mieux aussi. Il n’y a que du travail à faire en plus, ne pas reproduire le schéma qui a fait que le mois d’août a été compliqué, il faut juste apprendre pour en tirer les bénéfices plus tard.

Etienne Daguinos : Mon moins bon souvenir c’est la période février-mars avec des soucis de santé notamment d’oreille interne qui m’a perturbé pendant quelques semaines avec un championnat de France de cross-country loin d’être abouti. Je me suis battu avec une forme pas vraiment au top mais avec quand même une médaille de bronze au bout. Une médaille à ne pas oublier car le cross long est la discipline où beaucoup d’athlètes venus de différentes distances se retrouvent. Mis à part ce pépin de santé et aussi une blessure au pied vite réglé, j’ai vécu globalement une bonne saison.

« On va courir ensemble, on pense avant tout au collectif, ce qui est très rare dans notre discipline, il n’y a que le maillot de l’équipe de France qui compte, il n’y a pas d’argent en jeu, c’est uniquement pour écrire l’histoire que l’on y va entre potes. »

Yann Schrub

| Les garçons, on vous retrouve le 10 janvier en Floride pour les Mondiaux de cross-country, un défi lancé il y a déjà quelques temps

Yann Schrub : On a une génération exceptionnelle, de malades, on se tire les uns les autres vers le haut. Pour aller dans un grand championnat il faut mériter sa place mais une fois que l’on y est on sait que l’on vise la médaille car il faut capitaliser sur notre densité, enfin réunir tous les atouts, arrêter de courir l’un contre l’autre et pour une fois courir ensemble. Tout a commencé en avril dernier lors d’un stage en Afrique du Sud lors d’une discussion avec le référent national du cross Bastien Perraux et Jimmy Gressier, on s’est dit que cela serait une bonne idée mais il fallait que tout le monde soit là. On a demandé à Etienne et puis ensuite la sélection s’est complétée avec Fabien Palcau et Valentin Gondouin à l’issue des Championnats d’Europe de cross. On va courir ensemble, on pense avant tout au collectif, ce qui est très rare dans notre discipline, il n’y a que le maillot de l’équipe de France qui compte, il n’y a pas d’argent en jeu, c’est uniquement pour écrire l’histoire que l’on y va entre potes.  

| On imagine que c’est excitant de vivre cette aventure tous ensemble ?

Etienne Daguinos : On y va pour l’équipe c’est clair et net, on est une bande de copains, ce sera une énorme force au moment de l’échauffement. Pendant la course au-delà du fait que chacun devra faire sa course individuellement pour aller chercher la meilleure place possible. Si on est un peu moins bien vu ce que nos potes seront en train de faire on va se dire qu’on n’a pas le droit d’échouer, cela va nous tirer vers le haut, on ne pourra pas baisser les bras mentalement. Même si cela sera dur, chaque place sera importante, chacun a des armes différentes, chacun aura un niveau différent mais doit aller chercher la meilleure place possible. Cela se jouera peut-être à quelques détails.

| C’est un sacré challenge que vous vous êtes fixés

Yann Schrub : Jimmy, Etienne et moi avons terminé dans les 14 meilleurs mondiaux (en finale du 5000 m à Tokyo), pour les autres Français avec nous en Floride ce serait bien qu’ils terminent dans le top 20 pour assurer la médaille par équipes. Personne n’a le droit à l’erreur, c’est comme un match de haut niveau où l’on fait une erreur tactique et on se prend un but derrière. Si l’on n’est pas à 100% cela risque d’être compliqué mais l’émulation du groupe peut faire la différence, on va bien se préparer, il y aura le voyage et lorsque l’on va se retrouver le 8 janvier aux Etats-Unis, on va se motiver comme jamais, on va donner le meilleur je n’en doute pas.

Etienne Daguinos : Même le cinquième de l’équipe qui ne marquera pas de point peut en revanche enlever des points aux autres nations, malheureusement on ne sera pas six (avec la blessure de Hugo Hay aux championnats d’Europe de cross et forfait) mais on a une telle densité que le 5e peut jouer un rôle très important pour le décompte final.

Yann Schrub : Je suis focus sur ces championnats du Monde depuis longtemps, depuis la reprise après les Mondiaux de Tokyo, c’est pour cela que je ne suis pas allé aux championnats d’Europe afin de capitaliser sur l’entraînement et terminer mn cycle de travail pour être performant en Floride. Lors d’une reprise il faut s’accrocher à quelque chose, là l’objectif est là !! Imaginez que l’on monte sur le podium entre potes et pourquoi pas la Marseillaise ce serait complètement fou !  Alors bien sur cela sera très très compliqué pour la Marseillaise (rires) mais il ne fait pas nous empêcher de rêver, j’ai appris cela cet été avec Jimmy à Tokyo, il peut nous emmener dans son rêve avec lui.

Etienne Daguinos : De partager une médaille par équipes avec des potes sur un championnat du monde ce serait des émotions que l’on ne revivra peut-être jamais, ce serait assez extraordinaire. Depuis ma reprise je ne pense qu’à cela, lors des coups de moins bien à l’entraînement je me remotive en me disant que les autres comptent sur moi. Jusqu’au 10 janvier je me prépare pour moi mais aussi pour que les autres puisse avoir un coéquipier le plus performant possible avec cette excitation de se dire on vise la médaille.    

« De partager une médaille par équipes avec des potes sur un championnat du monde ce serait des émotions que l’on ne revivra peut-être jamais, ce serait assez extraordinaire. »

Etienne Daguinos

| Vous visez la médaille par équipes, qu’est ce qui est possible dans l’absolu, dans vos rêves les plus fous ?

Yann Schrub : Dans le sport il n’y a pas trop de limites même si en course à pied c’est plus compliqué que dans les sports collectifs mais ce n’est pas impossible qu’il se passe des choses de dingue

Etienne Daguinos : Il y a l’état de forme qui entre en jeu, tout le monde a passé des caps, les Mondiaux tombent tôt en janvier, Jimmy a déjà couru en moins de 27 minutes sur 10 km, Yann peut le faire aussi, moi je pense aussi, tout le monde au niveau international ne court pas en moins de 27 minutes. Au classement par équipes on peut tirer notre épingle du jeu, on a une équipe complète, on peut se permettre de viser grand. Jimmy est champion du monde du 10 000 m je pense que dans sa tête il vient pour être champion du monde de cross-country, j’en suis quasiment persuadé. Après nous pourquoi on ne pourrait pas se battre pour être aussi aux avant-postes ? Sur des championnats parfois cela se joue sur des petits détails, sur un très grand jour on peut tous être devant et alors pourquoi pas rêver de médaille d’or. C’est excitant de commencer 2026 avec ce challenge et cette motivation qui est tellement collective.

| Ce moment en perspective à vivre ensemble n’est pas fréquent. Est-ce quelque chose que vous pourriez renouveler ?

Yann Schrub : C’est pour cela qu’il faut saisir les opportunités, je ne pense pas que tout le monde acceptera souvent de jouer le jeu, à être en forme en même temps, à une date précise pour des Mondiaux de cross-country en janvier. Généralement les athlètes aiment bien être en forme pour des épreuves sur route, des importantes et nombreuses échéances, championnats ou pour battre des records personnels. Je pense qu’il faudra se le rappeler aux Etats-Unis pour se surmotiver car cela ne se reproduira peut-être plus.

Etienne Daguinos : Tu as raison car certains feront d’autres choix une autre fois, c’est un projet, il n’y a pas de prime pour y aller alors que certains vont préférer les courses sur route avec des primes. Ces Mondiaux de cross seront aussi le point de départ d’un stage aux Etats-Unis où d’autres copains vont nous rejoindre ensuite pour s’entraîner ensemble, passer des caps mais aussi du bon temps.     

Yann Schrub : On sera dans un cadre idylliquedans une villa tous ensemble dans le même logement, on va s’entraîner sérieusement 2 fois par jour sans oublier de se faire plaisir, de s’amuser tout en avançant.

La Fédération Française d’Athlétisme a levé le voile sur la sélection tricolore aux Championnats du monde de cross-country 2026 à Tallahassee (Etats-Unis) le 10 janvier prochain. Outre l’équipe seniors, il y aura également un relais mixte composé de Sarah Madeleine, Agathe Guillemot, Alexis Miellet et Antoine Senard. Chez les juniors, nos chances tricolores se porteront sur le phénomène Aloïs Abraham, médaillé de bronze à l’Euro de cross de Lagoa.

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François-Xavier de Chateaufort

François-Xavier de Chateaufort

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