Le semi-marathon de Marugame 2026, semi le plus dense du monde, révèle la culture unique du running japonais : héritage de l’ekiden, discipline collective et une incroyable profondeur sub-élite. © Marugame Half

Semi-Marathon de Marugame au Japon, les résultats du semi le plus dense du monde

Semi-Marathon
01/02/2026 14:31

Ce week-end avait lieu la 78e édition du Semi-marathon international de Kagawa Marugame, une course historique disputée sur l’île de Shikoku, au Japon. Première épreuve japonaise à avoir obtenu le label Elite World Athletics, Marugame s’est imposée au fil des années comme un rendez-vous majeur du calendrier running international. Ici, on court vite. Très vite. Et surtout, la densité est complètement folle. À Marugame, un chrono sous les 1h05 ne vous propulse pas sur un podium… il vous relègue à la 222e place. Un chiffre qui reflète bien l’extraordinaire profondeur du running japonais, sans doute aujourd’hui juste derrière le Kenya et l’Éthiopie en matière de densité. Ce dimanche, le Kényan Richard Etir s’est imposé en 59’07, signant un nouveau record de course, tandis que chez les femmes sa compatriote Dolphine Nyaboke Omare a triomphé en 1h06’15, devant la Britannique Eilish McColgan. Mais Marugame, ce n’est pas qu’un semi-marathon, c’est un véritable miroir de la culture japonaise du running.


| Une 78e édition fidèle à sa légende avec un nouveau record de course

Sportivement, cette 78e édition du Semi-marathon de Marugame a tenu toutes ses promesses. Chez les hommes, le Kényan Richard Etir s’est imposé en 59’07, signant un record personnel et un nouveau record du parcours. Il a franchi la ligne d’arrivée du Pikara Stadium devant son compatriote Emmanuel Maru (1h00’06) et l’Uruguayen Santiago Catrofe (1h00’21, record national).

Top 3 hommes
1.
Richard Etir (Kenya) – 59’07
2. Emmanuel Maru (Kenya) – 1h00’06
3. Santiago Catrofe (Uruguay) – 1h00’21

Chez les femmes, la Kényane Dolphine Omare a remporté sa troisième victoire consécutive à Marugame en 1h06’15, confirmant une maitrîse totale de ce parcours. L’un des faits marquants de la journée est venu de la deuxième place de la Britannique Eilish McColgan, chronométrée en 1h07’08. Après avoir établi un nouveau record d’Europe du 10 km à Valence il y a quelques semaines en 30’08, elle signe ici son 3e chrono en carrière sur la distance (record personnel en 1h05’43). La Kényane Susan Kamotho complète le podium en 1h07’56.

Top 3 femmes
1.
Dolphine Omare (Kenya) – 1h06’15
2. Eilish McColgan (Royaume Uni) – 1h07’08
3. Susan Kamotho (Kenya) – 1h07’56

| 222 coureurs sous les 1h05

Un chiffre résume mieux Marugame que n’importe quel superlatif : 222 coureurs sous les 65 minutes. À titre de comparaison, le très réputé Aramco Houston Half Marathon aux Etats-Unis a produit 56 athlètes sous les 65 minutes cette année, à Valence Espagne le 2025 Valencia Half Marathon Trinidad Alfonso Zurich autour de 55. À Marugame, on vient pour courir vite… et pour prendre une bonne dose d’humilité. Derrière les premiers Kényans, on retrouve au classement des centaines d’étudiants japonais autour de 1h02, 1h03. Cette densité exceptionnelle confirme le statut du Japon comme étant une nation majeure du running.

C’est peut-être là que se situe le cœur du modèle japonais. Pas de superstars, mais une infinité de coureurs qui travaillent dur. Des coureurs sub-élite par centaines, souvent des étudiants au statut semi-pro, capables de courir très vite. Et Marugame est une date cochée par tous ces coureurs dans leur calendrier annuel de courses. L’année dernière, la course a été marquée par un record national historique. Tomoki Ota est devenu le premier Japonais à casser la barre des 60’ avec un chrono supersonique de 59’27.

| Le running au Japon, un sport collectif

Pour bien situer Marugame, il faut lever les yeux du bitume et regarder le pays dans son ensemble. Au Japon, courir n’est pas un acte individuel. C’est une responsabilité. Une transmission. Une affaire d’équipe. Parfois même une forme de loyauté qui s’inscrit profondément dans la culture du pays.

L’ekiden, ce format de relais longue distance né il y a plus d’un siècle, incarne parfaitement cette philosophie. Le mythique Hakone Ekiden, disputé chaque 2 et 3 janvier, est regardé par des millions de téléspectateurs, comme un rituel du Nouvel An. Des centaines d’étudiants qui parcourent les 217 km entre Tokyo et Hakone, un simple tasuki sur l’épaule (une écharpe en tissu), et tout un pays prêt à contempler le spectacle.

Ce n’est pas qu’une course parmi tant d’autres. Si l’ekiden est le plus grand événement sportif du pays, devant le baseball, c’est parce qu’il structure tout :
Les systèmes universitaires
Les investissements privés
Les financements des étudiants
Le calendrier de la saison
Les méthodes d’entraînement
La manière d’aborder le running

On court pour l’équipe, pour l’université, pour des entreprises qui financent le sport, pour honorer ceux qui passent le relais avant vous. L’échec individuel est partagé, la réussite aussi.

Le semi-marathon de Marugame 2026, semi le plus dense du monde, révèle la culture unique du running japonais : héritage de l’ekiden, discipline collective et une incroyable profondeur sub-élite.
© Marugame Half

| Une culture du travail et de la discipline

Cette culture produit des coureurs disciplinés, méthodiques, capables d’encaisser des volumes d’entraînement impressionnants. Au Japon, courir 300 km par semaine est la norme pour de nombreux coureurs. Et le concept de « marathon monk », ces moines qui parcourent des distances folles chaque jour, remonte même au 8e siècle. Cette philosophie a beaucoup influencé l’athlète-youtubeur britannique Jake Barraclough, plus connu sous le nom de Ran To Japan sur Youtube où il documente sa vie de coureur pro au Japon. Ici, la culture de l’entraînement dur est très répandue et on ne mesure pas l’intensité de l’entraînement avec des lecteurs de lactate, contrairement au modèle européen. Cette méthode engendre aussi une manière bien particulière de courir en compétition.

À Marugame, comme sur beaucoup de courses japonaises, on part très vite. Trop vite. Pas de calcul. Pas de gestion de l’effort. Le negative split, si cher aux manuels de performance running, est un concept peu familier ici. On attaque, on s’expose, on tente le tout pour le tout, quitte à payer le prix plus tard.

La Britannique Eilish McColgan l’a parfaitement résumé après sa course : elle a passé son temps à remonter des athlètes partis à un rythme intenable. Ce n’est pas de l’inconscience. C’est une autre lecture de l’effort. Une forme de courage brut, presque kamikaze pour un coureur. Mais c’est sans doute ce qui fait aussi le charme et la singularité de la culture running au Japon, centrée sur l’effort et le dépassement.

Marugame n’est pas le semi-marathon le plus rapide du monde si l’on regarde uniquement le chrono du vainqueur. Mais c’est sans doute le plus dense et le plus révélateur d’un système où le running est profondément enraciné dans la société. Un sport universitaire roi. Une télévision qui célèbre les coureurs comme ailleurs on célèbre les footballeurs. Une jeunesse qui grandit avec l’idée que courir n’est pas un loisir, mais un engagement collectif. Chaque année, Marugame revient et attire de plus en plus de coureurs internationaux, qui viennent se tester face à la densité exceptionnelle japonaise. Et chaque année, beaucoup d’entre eux repartent avec un nouveau record personnel mais surtout… avec une bonne dose d’humilité.

Les résultats du 78e Kagawa Marugame International Half Marathon


Clément LABORIEUX
Journaliste

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