Marie Perrier vise une deuxième qualification sur marathon aux Jeux olympiques de Los Angeles en 2028 après ceux de Paris en 2024. © Lucas Pradeau

Après Paris, la Mauricienne Marie Perrier en quête d’un ticket pour Los Angeles sur marathon

Interview
16/02/2026 10:25

Marie Perrier, légende mauricienne de la course à pied et quintuple recordwoman nationale, vise une deuxième qualification aux Jeux olympiques après sa participation au marathon de Paris 2024. Une nouvelle occasion d’inscrire un peu plus son nom dans l’histoire de l’athlétisme mauricien.


Lorsqu’elle se fixe un objectif, la native de l’Île Maurice s’y accroche jusqu’à la ligne d’arrivée. Impossible d’abandonner en cours de route une fois qu’elle s’est mise une idée en tête. « Il faut se conditionner pour la réussite et ne pas envisager l’échec, parce que quand ça devient difficile, la fuite devient rapidement une option, déclare-t-elle. Il faut se dire que si tu te donnes les moyens de réussir, il n’y a pas de raison que ça se passe mal ». En décembre 2022, lorsqu’elle se lance dans son premier projet olympique, c’est cet état d’esprit qui la guide. Elle n’a alors rien à perdre, sinon l’envie de tout mettre en œuvre pour y arriver.

Rien ne semble la freiner, ni l’effrayer. Elle doit pourtant abaisser sa marque de référence (2h34 établie au marathon de Valence) de huit minutes pour atteindre les minima olympiques (fixés à 2h26’50) et représenter son pays. Mais rien n’arrête Marie, qui retourne justement à Maurice pour démarcher des sponsors locaux afin de s’assurer un revenu mensuel pendant sa préparation olympique. « J’ai aussi demandé à mes partenaires d’augmenter un peu les sommes versées, et ils ont tous accepté de me soutenir davantage », souligne-t-elle. S’ouvre alors la meilleure saison de sa carrière. « Il n’y avait plus de question à se poser. J’avais la vie de rêve. Je pouvais courir autant que je voulais », se souvient celle qui, aujourd’hui, partage son temps entre son métier de coach sportive et ses entraînements.

| La femme aux cinq records nationaux

Jusqu’à ses 20 ans, Marie est une simple traileuse. Le trail s’impose comme une évidence pour les coureurs originaires de Maurice, ce pays insulaire au relief montagneux. « Des amis en faisaient, et j’avais des montagnes pas loin de chez moi », se remémore-t-elle. Mais arrivée en France pour ses études en 2015, elle n’a plus d’autre choix que de courir sur du plat. L’envie de « structurer » son entraînement et de «rencontrer du monde » la pousse à s’inscrire en club. Les progrès se font sentir rapidement.

Lors de son déménagement à Toulouse, elle se rapproche de la montagne et décide de se faire accompagner par un entraîneur personnel spécialisé en trail, Pascal Balducci, « l’un des meilleurs coachs qui existent » dans le domaine. « Ça a été le game changer pour moi, puisque le programme était vraiment adapté. En plus, il connaissait un peu les records de Maurice. Il m’a dit : ‘je pense que tu peux faire tel ou tel record.’ »

Effectivement, elle remporte les championnats de France de trail dans la foulée, en 2018, et se distingue sur les courses sur route en hiver, période où les traileurs développent leur vitesse. « J’ai commencé à faire des courses sur route dans l’unique but d’aller chercher des records nationaux. Je me disais que ce serait une superbe fierté », avoue la détentrice des records du 5 000 m, 10 000 m, 10 km, semi-marathon et marathon. « Au début, le marathon ne me disait vraiment rien, sourit-elle. Ça me paraissait trop monotone, par rapport à un trail où l’on voit différents paysages. »

Finalement, elle se prend vite au jeu de la distance reine. «D’abord, j’ai été animée par l’envie d’avoir un nouveau record national qui datait de 30 ans. Puis, j’ai vraiment apprécié ma préparation et mon marathon, puisque j’ai battu le record facilement. Je suis restée sur ma faim. À la fin, j’étais encore très bien et je savais que je pouvais faire encore mieux ». Son premier marathon, elle le court en 2h45, alors que le record de Maurice était à 2h44. Le suivant, elle le boucle en 2h39, pourtant simplement calée sur l’allure du record national.

« Je n’avais rien à perdre. »

Marie Perrier, finisheuse du marathon des JO de Paris

| 2024 comme souvenir mémorable

En 2022, la toute récente marathonienne franchit un cap : elle établit 2h34 au marathon de Valence, sans préparation, « sans pression, sans objectif chronométrique ». Le déclic. Celui qui lance sa quête des minima olympiques. « J’avais terminé ma saison et je suis allée faire une séance de deux fois dix kilomètres avec des amis, raconte-t-elle. J’ai tenu tous les chronos avec eux alors qu’ils avaient déjà une grosse préparation dans les jambes ». De bonnes sensations donc, pour la sociétaire du CA Balma Athlétisme, un club niché au pied des Pyrénées. Manquait plus que ses proches lui annoncent avoir un dossard pour elle. Et la voilà sur la ligne de départ du marathon le plus rapide d’Europe. « Je cours et je fais du mieux que je peux », se rappelle-t-elle. La recette magique pour faire voler en éclats son ancien record, amélioré de plus de cinq minutes.

Il lui faut à peine quelques instants pour mesurer la portée de sa performance. Les minima olympiques ne sont plus qu’à huit minutes. « Je n’avais rien à perdre », lâche-t-elle. La suite semble toute tracée. Pendant un an et demi, elle met son activité professionnelle entre parenthèses pour se consacrer entièrement à l’athlétisme. Une période « intense », marquée par de longues séances souvent solitaires. « Heureusement, sur une de mes préparations, j’ai rencontré quelqu’un qui préparait aussi un marathon. On a fait beaucoup de séances ensemble et ça m’a énormément aidée. »

En 2023, pile un an après son premier exploit, elle atteint le graal : 2h26’17. La boucle est bouclée. Une progression fulgurante, fruit d’une détermination constante mais aussi d’un plaisir intact «J’ai vraiment profité du chemin, du process qui m’a menée jusque-là. J’ai fait tout ce que je pouvais pour y arriver. Et si je n’y étais pas parvenue, j’aurais quand même vécu ma meilleure vie pendant un an ». Sa « meilleure vie » se prolonge jusqu’au 10 août 2024, jour où elle prend le départ du marathon olympique sous les couleurs de Maurice. La seule femme de la délégation en athlétisme. « Sur treize sportifs, il y avait deux athlètes, dont une seule femme », précise-t-elle.

| 2028 en ligne de mire

Après les émotions « indescriptibles » de la cérémonie d’ouverture au Stade de France, Marie est déjà repartie. Un an et demi plus tard, elle reste fière et reconnaissante de ce qu’elle a vécu, mais une nouvelle aventure l’attend à Los Angeles. La coureuse, désormais installée à Béziers, dans le Sud de la France, compte bien être de la partie, malgré quelques difficultés à surmonter, comme la fin de son contrat avec son principal sponsor. « L’année dernière, c’était une année assez anxiogène. J’ai déménagé, ouvert ma société de coaching… Ça a un peu impacté mes performances et ma saison. Je pense que ça a contribué au fait qu’HOKA ne renouvelle pas mon contrat », confie-t-elle.

En attendant de retrouver chaussure à son pied, la coureuse de fond ne chôme pas. Dans moins de deux mois, elle tentera de battre son record de 33’09 sur 10 km à Lille, avant d’enchaîner sur le marathon de Londres fin avril pour remonter dans le classement mondial. Cet été, elle portera les couleurs de Maurice aux Jeux du Commonwealth. Et puisque le calendrier de sa saison est déjà bien tracé, elle bouclera l’année par le marathon de Valence où elle visera les minima.

Les échéances majeures sont dors et déjà annoncées. Marie est prête pour mettre toutes les chances de son côté, les dés sont jetés. À suivre de près, donc, ses avancées, ainsi que ses courses pour « relancer un petit cycle de vitesse » où elle se donne toujours à fond. « J’aime bien faire un semi-marathon un mois avant mon marathon. Ça me donne une bonne idée de ma forme. Je le fais à bloc. Ça me réconforte et ça me motive », décrit celle qui va devoir courir 42,195 km en 2h23 pour de nouveau se retrouver dans la peau d’ « une enfant à Disneyland ». 

Plus de dix ans que Marie Perrier vit en France, loin de sa terre montagneuse, et surtout, loin de sa famille. « J’ai de la chance : on est quatre frères et sœurs, et les quatre vivent en France », s’exclame-t-elle. Même si parfois, son pays lui manque, rien ne peut la détourner de sa passion. « Je ne peux pas rentrer à Maurice, tout simplement, car j’ai encore envie de performer », insiste-t-elle, résolument tournée vers 2028. Et nous avec.


Sabine LOEB
Journaliste

Dernières news
Marathon de Séville 2026 : victoire à la photo finish en 2h03’59 pour Tola Shura Kitata, record national pour Alisa Vainio, performances françaises et top 10 dominé par l’Éthiopie. Récap complet d’une édition spectaculaire.
15/02/2026 Marathon de Séville : Shura Kitata triomphe au terme d’un sprint d’anthologie, Alisa Vainio victorieuse
Marathon
Marathon de Séville : Shura Kitata triomphe au terme d’un sprint d’anthologie, Alisa Vainio victorieuse
La triple championne olympique kényane Faith Kipyegon a réussi ses débuts sur 10 km avec un chrono de 29'46 au Monaco Run Gramaglia.
15/02/2026 Monaco Run Gramaglia : Des débuts canon pour Faith Kipyegon sur 10 km
10 km
Monaco Run Gramaglia : Des débuts canon pour Faith Kipyegon sur 10 km
Barcelone n’est plus seulement une belle carte postale méditerranéenne. C’est devenu l’une des courses les plus rapides du calendrier running international. Une véritable autoroute pour les runners en quête de chrono, posée entre mer et palmiers. Depuis 2025 et la fameuse course de Jacob Kiplimo en 56’42, meilleure performance mondiale de l’histoire sur semi-marathon mais non homologuée par World Athletics, le message est clair : ici, on court vite. Très vite. Et cette édition 2026 du Hyundai Mitja Marató de Barcelona by Brooks, a confirmé que la Catalogne est désormais l’un des épicentres mondiaux du semi-marathon. Nouveau record de course chez les femmes signée Loice Chemnung en 1h04’01 et meilleure performance de l’année pour Hagos Gebrhiwet en 58’05. Le Français Emmanuel Roudolff-Levisse a marqué les esprits en signant la 2e meilleure performance française de l'histoire sur la distance en 59'37.
15/02/2026 Semi-Marathon de Barcelone : Loice Chemnung et Hagos Gebrhiwet en patrons, Emmanuel Roudolff-Levisse monumental
Semi-Marathon
Semi-Marathon de Barcelone : Loice Chemnung et Hagos Gebrhiwet en patrons, Emmanuel Roudolff-Levisse monumental
Voir plus