Marathon de Séville : Shura Kitata triomphe au terme d’un sprint d’anthologie, Alisa Vainio victorieuse
Chaque année, le Marathon de Séville est une date cochée par les coureurs en quête de la course idéale. Ceux qui veulent courir vite. Très vite. Dans l’ombre de Valence, la capitale andalouse s’est imposée comme l’un des spots les plus fiables d’Europe pour performer. Pour cette année 2026, tout était réuni pour faire de cette édition une course rapide. Et le bitume espagnol a confirmé la réputation de Séville. Il a même offert quelque chose de rare : un marathon qui se gagne à la photo finish. Shura Kitata a triomphé en 2h03’59 au terme d’un sprint mémorable juste devant son rival du jour Abderehman Asrar Hiyrden. Chez les femmes, la Finlandaise Alisa Vainio a marqué les esprits avec un nouveau record national en 2h20’39.
| Un sprint final qui restera dans l’histoire du Marathon de Séville
On parle souvent de finish au sprint sur 1500 m. Sur marathon, c’est autre chose. Mais ces derniers temps, on apreçoit de plus en plus de marathoniens s’arracher la victoire dans les ultimes mètres de la course. À New York en décembre dernier, aux Mondiaux de Tokyo en septembre, à chaque fois, la victoire s’est jouée à la photo finish, avec des coureurs se jetant sur la ligne d’arrivée pour effectuer un « cassé », ce mouvement propre aux sprinteurs de 100 m. Car par définition, ce n’est pas la tête ou les bras qui arrête le chrono mais bien le torse. Pour passer en premier la ligne d’arrivée, chaque centième compte et le positionnement du buste est donc essentiel.
Dimanche matin, à Séville, on a vécu le même scénario. Après un peu plus de 2 heures de course, les Éthiopiens Shura Kitata et Abderehman Asrar Hiyrden ont franchi la ligne exactement dans le même temps : 2h03’59. Même chrono officiel. Même épuisement. Même chute sur le tapis d’arrivée après avoir tout donné.
Pendant quelques minutes, le mystère plane autour des coureurs. Asrar revendique la victoire et est persuadé d’avoir franchi la ligne en premier. Il a fallu attendre la décision des juges pour départager les deux hommes. Et la victoire revient finalement à Shura Kitata, ancien vainqueur du Marathon de Londres (2020), déjà titré à Rome et Francfort. Son visage marqué par l’effort en disait long sur la difficulté de ce dernier sprint après 42 km de course. Derrière les deux Éthiopiens, leur compatriote Bikila Dejene Hailu complète le podium en 2h04’15 après avoir lâché le groupe dans les derniers kilomètres.
Avec ce résultat, Séville a livré le meilleur chrono mondial de l’année sur la distance, un mois et demi après l’ouverture de la saison, en attendant le Marathon de Tokyo qui aura lieu dans deux semaines. La densité a été au rendez-vous avec 23 coureurs sous les 2h10 et surtout huit Éthiopiens dans le top 10. La loi des hauts plateaux d’Afrique de l’Est s’est imposée sur l’asphalte andalou.

| Alisa Vainio abaisse son propre record national
Chez les femmes, le scénario a été différent mais tout aussi spectaculaire. Longtemps menée par l’Éthiopienne Mulat Tekle, la course s’est décantée après le 35e kilomètre. C’est finalement la Finlandaise Alisa Vainio qui a fait parler sa régularité pour s’imposer en 2h20’39, nouveau record national à la clé. Une performance énorme et un beau negative split avec un premier semi bouclé en 1h10’34 et le deuxième en 1h10’05, reflétant bien un chrono maîtrisé et construit patiemment. Elle est la première européenne à triompher à Séville depuis 2017.
Vainio n’est pas une athlète comme les autres. En effet, Séville était son quatrième marathon en cinq mois ! Après avoir terminé à une impressionnante 5e place aux Mondiaux de Tokyo, elle a enchaîné le Marathon de Vantaa, le Marathon de Valence puis Séville. Cet enchaînementde course que les codes du marathon évolue. Il semblerait que certains athlètes ne se contentent pas de courir deux marathons par an, mais préfèrent désormais s’essayer sur la distance à de nombreuses reprises dans l’année, une stratégie qui s’est donc avérée payante pour la Finlandaise. Séville était son marathon le plus rapide des quatre.
Derrière elle, la Kényane Beatrice Jepchichir (2h21’56) et l’Ethiopienne Mulat Tekle (2h22’03) complètent le podium. Quatorze femmes sous les 2h28. Séville continue de prouver qu’il n’y a pas que Valence en Espagne pour courir vite.

| Ilias Fifa tient son chrono référence sur marathon
Côté Espagnol, la performance du jour est signée Ilias Fifa. Pour son deuxième marathon, le spécialiste du 5000 m et du 10000 m finit treizième en 2h08’36. Premier Espagnol, il confirme sa forme exceptionnelle et une transition vers la route réussie. Vainqueur du dernier Marseille-Cassis, champion du monde par équipes de cross en décembre, l’athlète catalan continue de monter en puissance. Dans un marathon dominé par les Africains, être 13e en 2h08 à Séville, ce n’est pas rien.
| Les Français : entre frustration et renouveau
Il y avait aussi des attentes côté tricolore.
➜ Mathilde Sénéchal, un abandon lucide mais qui fait mal
Mathilde Sénéchal arrivait avec l’ambition de battre son record de 2h32’43. Mais affaiblie par une grippe les jours précédents, elle a dû abandonner au 22e kilomètre. Les jambes ne répondaient plus. L’allure cible devenait intenable. Elle a préféré couper, intelligemment, pour ne pas compromettre la suite de sa saison. Après une belle préparation, c’était certainement la meilleure décision afin de rebondir rapidement sur un autre marathon au printemps.
➜ Ophélie Serra-Boxberger, retour et premier marathon solide
Pour son premier marathon officiel après quatre ans de suspension, Ophélie Serra-Boxberger termine en 2h27’27. Première Française à l’arrivée. Un chrono remarquable pour un premier essai sur la distance reine. Elle termine juste devant une autre française au classement, Salomé Brun qui signe son deuxième meilleur temps sur marathon en 2h31’34.
➜ Clément Leduc signe un nouveau record en 2h10’07
Il y a des belles histoires avec le marathon. Celle de Clément Leduc en fait partie. Consultant en finance spécialisé en contrôle de gestion, il signe une performance de très haut niveau avec un nouveau record personnel en 2h10’05. Avec ce temps, il explose de plus de 2 minutes son ancienne marque sur la distance (2h12’17).

| Victoire de Maxime Chaumeton et Mirriam Cherop sur le 5 km
La veille du marathon, une autre course avait lieu dans les rues de Séville. Le 5K BREAKFAST RUN a vu le Sud-Africain Maxime Chaumeton l’emporter en 13’12 (nouveau record national) et la Kényane Mirriam Cherop triompher en 15’21. À noter également une cinquième place solide du Français Félix Bour en 13’58.
Avec près de 200 élites au départ, une organisation millimétrée et des conditions idéales, le Zurich Maratón de Sevilla confirme qu’il est l’endroit idéal pour aller chercher un record personnel. L’Espagne devient, saison après saison, LA terre de running en Europe. Entre Valence, Séville et Barcelone, ici, on ne vient pas seulement courir. On vient pour tenter quelque chose. Avec 23 coureurs sous les 2h10 et un sprint incroyable qui a sellé la victoire de Kitata, Séville a encore prouvé qu’elle faisait partie des plus grandes courses du circuit international.
✔ Les résultats du Marathon de Séville 2026

Clément LABORIEUX
Journaliste