À 92 ans, le doyen Koichi Kitabatake s’apprête à courir son 36e marathon à Paris
92 ans. C’est l’âge de Koichi Kitabatake, qui prendra le départ de son septième Marathon de Paris ce dimanche 12 avril 2026. Un doyen heureux, des étoiles plein les yeux, de s’offrir le plaisir de parcourir la capitale française, ville qu’il affectionne particulièrement.
La longévité de ce Japonais impressionne, au point de donner le vertige. 18 ans que cet ancien s’est mis à courir, d’abord pour trouver une alternative à sa pratique de la natation suite à une opération de la cataracte, puis parce qu’il a aimé sentir ses jambes accélérer. « Je ne pouvais plus me baigner à cause du risque d’infection. Un coach de ma salle de sport m’a conseillé de faire du jogging, se souvient-il, alors âgé de 74 ans à ce moment-là. Au début, je ne pouvais que marcher. Mais rapidement, j’ai constaté que le jogging était plus facile que la marche rapide ». Quatre ans après ses premières foulées, il relève le défi de son premier marathon, à Paris. « C’est une étrange coïncidence qui m’a amené à courir. Je suis très heureux d’avoir découvert le monde de la course à pied », confie-t-il aujourd’hui, à quelques semaines de l’épreuve.
| Une longue histoire avec Paris
Le Marathon de Paris a été un révélateur pour Koichi Kitabatake. Mais son choix de s’attaquer à la distance reine à 78 ans n’est pas dû au hasard. « Paris m’était une ville familière, car j’y ai vécu pendant plus d’un an après ma retraite », sourit-il. Lors de ses voyages d’affaires, il passait parfois par la Ville lumière, regrettant seulement de ne pas maîtriser le français. « À 70 ans, je suis donc venu apprendre la langue à l’Alliance française », raconte-t-il.
Celui qui raffole de la culture tricolore s’est petit à petit attaché au Marathon de Paris, qu’il considère comme un passage obligé. Déjà en décidant d’y participer tous les trois ans, puis, depuis 2024, en franchissant la ligne d’arrivée chaque année. « Je vieillis, et je ne veux pas manquer cette chance de courir à Paris, affirme le féru de l’événement et de sa ville hôte. Je ne veux pas avoir de regrets ». Cette année, Koichi s’est fixé un objectif : après un temps de 7h10 couru l’an dernier, il vise 7h15. Paris l’a fasciné et continue de l’attirer. Il n’oubliera jamais son premier marathon parisien : « C’était le plus beau jour de ma vie dans la plus belle ville du monde. »
« C’était le plus beau jour de ma vie dans la plus belle ville du monde. »
Koichi Kitabatake, après le premier marathon de sa vie (à Paris)
| 18 ans de marathon et de passion
Entre ses trois marathons annuels, un à Tokyo et deux à l’étranger, Koichi fait quelques courses sur route pour s’entraîner. « Avant mon premier marathon, j’avais fait des petites courses et deux courses de 20 km », décrit-il. Une préparation payante puisqu’il a assuré, en bouclant les 42,195 km en 5h41. « Je me suis challengé, le marathon est toujours difficile. Mais ce jour-là, je me fichais de mon temps. Je voulais simplement profiter de l’atmosphère et des paysages tout au long de la course. » C’est le début d’une longue aventure avec le marathon : il célébrera son 36e le 12 avril prochain. « J’ai couru à Tokyo, mais la limite de temps est stricte. Alors j’ai principalement couru à l’étranger : New-York, Londres, San Francisco, Rome, Barcelone, Athènes, Francfort… » Désormais, ses chronos dépassent les 7h30, loin de son meilleur temps (5h39 à 79 ans), mais l’essentiel est ailleurs.
Lorsqu’on lui demande son secret, l’ancien New-Yorkais sourit. « Je vis longtemps, c’est vrai, s’amuse-t-il. C’est grâce au marathon, bon pour la bonne santé. » Et à ses deux sorties hebdomadaires de 5 à 10 km. Ses « jambes vont bien », notamment grâce à des séances quotidiennes d’étirements et de renforcement musculaire, entre 30 minutes et 1h. « Je fais des exercices depuis environ 15 ans. » Peut-être aussi grâce au golf, qu’il a pratiqué avant d’arrêter il y a 20 ans.
Le sport lui permet de rester en forme, et réciproquement, sa bonne santé lui assure de continuer à courir. « Je n’ai pas de blessures, mais je fais juste attention à ne pas tomber », glisse-t-il, pressé de rejoindre la France le 8 avril prochain pour un séjour de deux semaines, entre course et tourisme. « J’ai pris mes billets pour le Musée de l’Orangerie, du Louvre, d’Orsay et même pour un concert d’opéra », détaille le passionné de cérémonie de thé (une tradition japonaise qui le fait vibrer autant que la course à pied) d’une voix enjouée.
Du haut de ses 92 ans, Koichi Kitabatake établira à nouveau le record du coureur le plus âgé au départ du Marathon de Paris qui réunira près de 60 000 participants. Retenez bien ce nom car l’année prochaine, il reviendra, prêt à réitérer l’expérience tant qu’il le pourra.

Sabine LOEB
Journaliste