Alexis Turpin, marathonien amateur en 2h16, raconte sa préparation, son équilibre entre travail et entraînement, et ses ambitions pour le Marathon de Paris.

Alexis Turpin avant le Marathon de Paris : « J’ai juste envie de courir vite et de retrouver de bonnes sensations »

InterviewMarathon
10/04/2026 15:23

À quelques heures du Marathon de Paris 2026, Alexis Turpin avance avec sérénité et détermination. Athlète peu médiatisé malgré des chronos de tout premier plan (2h16’38 en 2022), le Bordelais possède un profil rare et une histoire singulière : capable de performer du 1500 m au marathon, il s’alignera pour la première fois au Marathon de Paris avec l’ambition de se rapprocher, voire de battre, son record personnel de 2h16 réalisé à Valence en 2022. Entre son attachement à Bordeaux, ses origines réunionnaises, son rapport à la performance, son équilibre de vie entre travail et entraînement, et ses ambitions pour Paris, Alexis Turpin raconte son parcours et sa manière très lucide d’aborder le haut niveau.


| Alexis, pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

J’ai 31 ans et je suis un coureur de Bordeaux. J’ai toujours été dans la région bordelaise. J’ai commencé l’athlé dans un petit club à côté de Bordeaux, puis je suis vite allé à Bordeaux Athlé. J’ai quasiment tout fait là-bas. Avec le club, on a vécu quand même de belles choses. On avait terminé troisièmes aux Championnats de France de cross par équipe, en 2021 à Montauban. Je suis d’origine réunionnaise et j’aimerais bien aller chercher les records de La Réunion.

Je vais peut-être prendre une licence dans un club réunionnais pour essayer d’aller chercher ça. Toute ma famille est Réunionnaise. Mes parents sont nés là-bas. Il n’y a que ma génération qui est née en métropole. Le record du marathon, j’ai vu que c’était 2h23, le semi 1h06, et le 10 km route autour de 29’43. Ce serait surtout symbolique. Pas une obsession absolue, mais ce serait un super projet. Un truc en plus pour continuer à se motiver, même si je n’ai pas forcément besoin de ça pour avancer. Mais c’est toujours bien d’avoir de petits objectifs en plus pour aller chercher des chronos.

« Du 800 m au marathon, j’ai tout fait. »

Alexis Turpin

| Vous venez du monde de la piste. Après presque 20 ans d’athlé, vous avez touché à de nombreuses disciplines…

Du 800 m au marathon, j’ai tout fait. Après, c’est un peu le parcours classique : quand tu es jeune, tu fais du 800, puis si tu n’es pas ultra rapide, tu passes au 1500, puis au 3000… Et quand tu arrives sur le cross, tu laisses un peu tomber le 800-1500 et tu montes progressivement comme ça.

| Et à quel moment êtes-vous passé sur la route en comprenant que vous aviez peut-être un vrai potentiel, notamment sur marathon ?

C’était en 2022, l’année où j’ai fait mon record sur marathon. Il y avait quelqu’un de mon club qui m’avait chauffé pour faire Valence. Cette année-là, j’avais vraiment axé toute ma saison pour être en forme à la fin de l’année. J’avais préparé un 10 000 m sur piste en mai, ensuite le semi de Valence, puis le marathon derrière. Et c’est là qu’on a vu que j’avais quand même de meilleures capacités sur route que sur piste.

« Au Marathon de Valence, j’ai eu un vrai état de flow. »

Alexis Turpin

| Avez-vous des souvenirs de cette course à Valence où vous réalisez 2h16 ? Un moment qui vous a marqué, une sensation particulière ?

Oui, je m’en souviens bien. C’est même une des seules fois où j’ai eu un vrai état de flow. Tu ne réfléchis à rien. J’ai des souvenirs, mais en même temps c’est flou, parce que quand tu es dans cet état-là, tu es tellement concentré, tellement absorbé par ce que tu fais, que tu ne sens rien. Ce que je retiens surtout, c’est que j’ai eu de très bonnes sensations tout au long de la course. Je n’ai pas souffert. C’est vraiment ça que j’en retiens. Je pense que ça s’explique par un alignement parfait : le bon timing dans la prépa, la bonne stratégie de course, les bonnes sensations… C’est très dur à avoir. Si tu pars trop vite, tu ne l’auras jamais. Mais si tout s’aligne, là tu peux le vivre.

En fait, comme c’était mon premier, j’étais parti sur l’idée de faire 2h20-2h22. J’avais fait toute ma prépa sur des allures autour de 3’20/km. Le jour de la course, je pars sur cette base jusqu’au 10e kilomètre. J’étais avec le groupe des premières femmes, mais à chaque ravito, ça se désorganisait un peu. Je me suis dit que je n’allais pas prendre de risque à rester là-dedans. Et puis comme je me sentais bien, j’ai commencé à passer sur du 3’15. Ça a déroulé comme ça. Je pense que j’ai été vraiment fort entre le 10e et le 30e kilomètre. À partir de là, je me suis dit qu’il fallait que je reste focus sur le marathon.

« Si tu veux baisser tes chronos sur marathon, il faut aussi baisser ton allure sur semi. Et pour baisser ton allure sur semi, il faut aller plus vite sur 10 km. »

Alexis Turpin

| Le marathon, ça reste un exercice particulier, surtout quand on vient de la piste...

C’est difficile de ne faire que du marathon. Tu ne peux pas faire beaucoup de courses. On n’est pas des Kényans, on ne peut pas courir deux marathons de haut niveau par an en gardant notre vitesse. Il faut garder une vraie réserve de vitesse, donc le dosage est compliqué. Je pense d’ailleurs que je suis en train de mieux comprendre ce dosage-là. Il ne faut pas faire trop de marathons. Il faut continuer à travailler le 10 km, le semi, pour garder cette réserve de vitesse. Si c’est pour faire uniquement des marathons et tourner tout le temps entre 2h16 et 2h20, c’est bien, mais ce n’est pas mon objectif.

À un moment donné, si tu veux baisser tes chronos, il faut aussi baisser ton allure sur semi. Et pour baisser ton allure sur semi, il faut aller plus vite sur 10 km. J’aimerais bien faire 1h04 rapidement, mais si je n’ai pas une réserve de vitesse suffisante, si je ne suis pas proche des 29 minutes sur 10 km, ça sera compliqué.

« Mon record dont je suis le plus fier, c’est quand même le marathon. » (2h16 à Valence en 2022)

Alexis Turpin

| Parmi tous vos records, lequel vous rend le plus fier aujourd’hui ?

Le marathon, je pense. C’est le plus parlant. Sur la table World Athletics, c’est le plus haut score que j’ai fait. J’ai refait Valence deux fois, mais ça ne s’est pas passé comme je voulais. J’avais voulu faire Paris il y a deux ans et demi, mais je me suis blessé. Ensuite, j’ai préparé Valence pour viser autour de 2h19, et là j’ai explosé.

Le problème à Valence, c’est qu’il y a tellement de monde que les deux dernières fois, j’ai tenté de partir un peu plus vite en me disant que si ça passait, j’étais dans un très bon jour. Mais ça ne fonctionne pas comme ça. Par contre, si tu es vraiment dans un grand jour, tu peux aller chercher très gros là-bas. Sauf que moi, à chaque fois, ça a coincé. C’est aussi pour ça que j’avais envie de faire Paris cette année : refaire un marathon où je ne me prends pas la tête uniquement sur le chrono.

« Paris, je veux le courir vite, mais sans l’obsession du chrono. »

Alexis Turpin

| À quelques heures du départ, c’est quoi l’objectif de dimanche ?

J’aimerais bien courir entre 2h15 et 2h16. On va dire 2h15 quelque chose. Et après, si je suis vraiment dans un très grand jour, 2h14’50, ça peut être bien. Mais pas plus ambitieux que ça, je vais partir assez prudemment. Les 20 premiers kilomètres, je vais partir doucement, sur des bases autour de 3’15/km. C’est une allure que j’ai beaucoup travaillée à l’entraînement, je sais que ça ne pèche pas. Et ensuite, l’idée, c’est d’accélérer progressivement.

Quand j’ai fait le semi de Paris il y a quelques semaines (8 mars), j’étais à 3’12 et ça ne bougeait pas. C’était facile. Donc là, je pars sur l’idée d’une fin de course solide, un peu comme à Valence en 2022. Si tu pars trop vite, c’est une stratégie risquée. Là, je préfère vraiment construire la course.

| Est-ce qu’il y a eu un moment dans la prépa où vous vous êtes dit : “Ça y est, je suis prêt à aller attaquer mon record” ?

Oui, c’était presque avant même la vraie prépa marathon. J’ai commencé à préparer sérieusement après le semi de Paris. En janvier, je me posais encore la question, mais je n’avais pas lancé les gros blocs marathon. J’étais encore sur des allures semi, avec des semaines assez raisonnables. Mes plus grosses semaines étaient autour de 110 km.

Et puis j’ai fait le semi-marathon de Paris, j’ai vu que j’étais vraiment en grosse forme avec ce fonctionnement-là, avec des semaines moins chargées qu’avant (ndlr : Alexis a couru le semi de Paris en tant que lièvre en 1h07). À ce moment-là, je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à aller chercher sur marathon. Avant, je pouvais faire beaucoup plus de volume. Là, j’ai fait moins de bornes, mais j’ai beaucoup mieux optimisé ce que je faisais.

| Pouvez-vous nous en dire plus sur la manière dont vous conciliez travail, vie perso et entraînement ?

Après Valence en 2022, c’est là que j’ai rencontré ma femme. On a acheté un appartement, une maison, j’ai fait énormément de travaux. Pendant deux ou trois ans, j’ai fait quasiment que ça. C’était un monde où je faisais quasiment que courir, manger, dormir. C’était un truc que j’avais toujours voulu faire depuis que j’étais petit. Et quand j’ai vraiment pu le faire, je me suis rendu compte que ce n’était pas forcément ce qui me plaisait le plus.

Je trouvais même ça négatif. Tu peux encaisser des volumes énormes, faire des semaines à 200 km, mais socialement c’est quand même très particulier. Tu es assez exclu, au final. Moi, comme je ne suis pas quelqu’un qui communique beaucoup, je me retrouvais vite à faire seulement ça : courir le matin, manger, sieste, recourir le soir, puis rebelote le lendemain. Je ne trouvais pas cette vie-là très intéressante. Maintenant, depuis quelques mois, je travaille à la mairie et je pense que je suis en meilleure forme parce que j’ai un cadre. Je mets tout en place dans la journée pour pouvoir m’entraîner, mais j’ai aussi un travail à côté, le soir, de 16h à 22h. Ça donne un vrai équilibre.

Comme je ne peux plus faire les mêmes volumes qu’avant, j’ai cherché à optimiser davantage. Je double beaucoup moins. Maintenant, je vais doubler surtout le week-end. Et surtout, j’ai accéléré mes footings. Avant, quand je faisais énormément de kilomètres, je récupérais vraiment très lentement. Maintenant, mes footings d’endurance fondamentale vont plutôt autour de 4’00/km à 4’10/km, parfois un peu en dessous. Ce n’est pas de la qualité, mais ça crée quand même un stress mécanique et le corps s’adapte. Je pense que c’est ça qui fait que j’étais en forme assez vite cette année, notamment sur le semi de Paris.

« La régularité, c’est le facteur numéro un pour progresser. »

Alexis Turpin

| Selon vous, qu’est-ce qui fait vraiment la différence pour progresser en course à pied ?

Pour moi, c’est vraiment la régularité. C’est le facteur numéro un. Depuis que j’ai commencé en minime, je ne me suis quasiment jamais arrêté. J’ai très peu été blessé. J’ai toujours enchaîné mes saisons, les unes après les autres, avec une vraie continuité. Et au bout de 18 ans d’athlé, tu accumules une base énorme. Je pense que c’est ça la vraie différence. L’entraînement, dans le fond, ça reste toujours un peu la même chose. On change les mots, les appellations, les tendances, mais au final tu fais toujours une séance plus intense, une sortie longue, de la régularité. C’est ça qui paie.

Quelqu’un qui court deux fois par semaine, mais qui le fait tout le temps pendant cinq ans, progressera plus que quelqu’un qui alterne trois mois très durs, puis un mois sans courir. La régularité, les années, l’expérience accumulée, c’est ça le vrai levier. Et souvent, chez moi, une grosse séance que je passe une année, elle ne paie vraiment qu’un an plus tard. Je sais à peu près que j’ai toujours un décalage. C’est comme ça que je fonctionne.

« Je suis impressionné par les gens normaux qui font des top chronos. »

Alexis Turpin

| Quels sont les athlètes qui vous inspirent aujourd’hui ?

Il y a un coureur qui m’inspire beaucoup, c’est Gaëtan Cals. Je trouve ça incroyable, un mec “normal”, qui travaille, qui fait des chronos de très haut niveau du 800 m au marathon. Il a passé toutes ces barrières symboliques : moins de 14 sur 5000, moins de 3’50 sur 1500, moins de 8 minutes sur 3000… Je trouve que ces profils-là sont fascinants. Un peu comme Jeff Lastennet aussi. Des mecs polyvalents, qui bossent à côté, qui performent à très haut niveau, ça m’impressionne énormément.

Bien sûr, il y a aussi les top athlètes, les vrais extraterrestres. Mon entraîneur suit aussi Étienne Daguinos, donc je vois bien ce que c’est. Mais honnêtement, je suis plus impressionné par des gens “lambda” qui arrivent à faire des performances incroyables tout en menant une autre vie à côté.

| Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour dimanche ?

Un 2h14’54, ce serait très bien (rires). Plus sérieusement, une course réussie. Déjà, si je réussis le plan que je me suis fixé, ce sera bien. Et surtout, si j’arrive à finir dans l’état que je recherche, ce sera une vraie réussite. En fait, ce que j’ai envie de retrouver, c’est cet état de flow. Peu importe le chrono, presque. Même si je fais 2h17, je sais que ça fera quand même une belle perf à Paris. Mon objectif de base sur ce marathon, c’était surtout de recourir vite et de retrouver de très bonnes sensations. Je trouve que je suis en bonne forme, donc oui, je vais essayer de battre mon record. Mais ce que je veux surtout, c’est refaire un vrai grand marathon, bien couru, avec de bonnes sensations.

| Et après Paris, la suite, ce sera quoi ?

Je n’ai pas encore totalement réfléchi. Au début, j’avais envie de repartir un peu sur la piste, refaire du 1500. Ça fait longtemps que j’en ai envie, pour un peu “déverrouiller” le panel de vitesses. Mais j’ai peur que la reprise soit un peu courte après avril. Sinon, soit je récupère et je repars sur une base de travail au seuil pour aller plus vite sur semi, soit… Jeff Lastennet est chaud pour refaire Valence. Et c’est vrai qu’un projet à deux, c’est plus facile. Donc si Jeff fait Valence, il y a de grandes chances que je fasse Valence aussi.

Et sinon, il y a aussi l’idée d’optimiser un peu tous les temps intermédiaires : le 10 km et le semi. Il y a des belles courses, comme Lille ou Bordeaux à l’automne. Toujours dans l’optique d’aller plus vite sur marathon ensuite.

À quelques jours du Marathon de Paris, Alexis Turpin se présente dans la forme de sa vie. Il est encore plus affûté qu’en 2022, l’année de son record à Valence (2h16’38). Peu attiré par la lumière, davantage guidé par sa passion de l’athlé et une quête personnelle, le Bordelais avance avec méthode, recul et humilité. Son ambition est claire : retrouver son meilleur niveau sur la distance reine. Courir juste, courir sa propre course, et si possible faire tomber son record. Dans un marathon comme Paris, plus exigeant que roulant, la performance se mesurera peut-être autant au chrono qu’à la manière. Rendez-vous ce dimanche 12 avril dans les rues de la capitale.


Clément LABORIEUX
Journaliste

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