Courir pour retrouver ses racines : le défi solidaire de Justine Vidal au Marathon de Paris
Il y a à peine deux ans, la course à pied lui faisait horreur. Aujourd’hui, elle l’affectionne particulièrement. Justine Vidal s’apprête à participer à son premier marathon : l’emblématique Marathon de Paris. Un défi qu’elle souhaite relever pour elle-même, mais surtout pour une cause qui lui est profondément personnelle, à travers un dossard solidaire pour Enfants du Mékong.
À environ un mois du Marathon de Paris, prévu le 12 avril, Justine Vidal commence à ressentir une certaine appréhension. Jusqu’ici, elle n’avait pas totalement réalisé ce à quoi elle se préparait. Mais l’échéance approche et, avec elle, le cœur qui se serre par peur de ne pas être à la hauteur. Pour sa première sur la distance mythique, la banlieusarde souhaite surtout prendre du plaisir, même si elle sait que la douleur de l’effort risque de lui faire penser le contraire. « Je n’ai pas envie de me mettre trop la pression. Si je me fixe un objectif et que je ne l’atteints pas, j’ai peur d’être déçue de moi-même et je n’ai pas envie de ça », assure-t-elle à un peu plus d’un mois de la date fatidique. Aucun doute que la finisheuse de plusieurs courses parisiennes saura trouver les ressources mentales pour rallier la ligne d’arrivée coûte que coûte. « Je sais que, dans ma tête, je vais gérer jusqu’au bout. Je me dis que tout est possible. Quand je vois des vidéos de personnes qui le font en béquille, c’est hyper inspirant », déclare-t-elle, le sourire aux lèvres.
En représentant l’association Enfants du Mékong, la jeune femme, adoptée à l’âge de 5 mois au Cambodge en 1992 par une famille française, courra pour une cause qui lui est particulièrement chère. Un moteur personnel qui lui sera d’une grande aide lorsque les jambes refuseront d’avancer, mais que le coeur n’aura pas encore tout donné.
Ses proches seront d’ailleurs sur le parcours, prêts à donner de la voix pendant cette rude épreuve qui l’attend. La course à pied n’a pourtant pas toujours été une partie de plaisir pour Justine, qui s’y est mise il y a seulement un an et demi. Aujourd’hui, elle vibre grâce à ce sport, qui lui permet de rencontrer des personnalités variées et de se sentir pleinement intégrée dans une communauté. Pour Marathons.com, la future marathonienne parisienne revient sur sa relation avec la course à pied, un lien qui s’est façonné au fil des mois et dont elle ne peut désormais plus se passer.

| De la première foulée au marathon
De l’horreur de courir au bonheur de s’effondrer sur la ligne d’arrivée, il n’y a qu’un pas. Un pas difficile à franchir, mais qu’une fois passé, on ne peut que chérir. Justine a fait partie de cette population-là, persuadée que « les gens qui courent sont fous », avant de goûter à l’ivresse de cette folie.
Tout a commencé simplement. En mai 2024, elle aperçoit une femme courir sur les quais de Seine et se dit : « Si elle peut le faire, je peux le faire aussi. » Sous une belle lumière printanière, elle enfile ses baskets et part courir une trentaine de minutes. Quatre mois plus tard, elle s’inscrit à la Memorun, un 10 km solidaire contre l’Alzheimer et les maladies apparentées. L’enjeu est double pour la novice de la route : boucler la distance et rendre hommage à sa grand-mère. « J’ai aimé réussir ce premier challenge personnel. J’avais besoin de me prouver que j’étais capable de faire quelque chose toute seule, d’accomplir mes petites victoires personnelles. Donc, j’ai commencé un peu par hasard », retrace-t-elle.
De fil en aiguille, elle enchaîne les courses. « Chanceuse » d’avoir remporté plusieurs jeux concours, dont un pour le Semi-marathon de Paris en mars dernier, elle n’a pas d’autre choix que de s’entraîner. Ça y est, la simple runneuse se retrouve plongée dans un engrenage qui la dépasse. « Je sais que je fonctionne beaucoup au mental. Donc si j’ai envie d’y arriver, je vais y arriver. Mais dans quelles conditions ? Je n’en sais rien », se projette-t-elle à propos du 12 avril prochain.
L’événement parisien s’est imposé dans son esprit à l’automne dernier, et pour mener à bien son projet, elle a décidé de s’entourer. Depuis début novembre, un coach l’accompagne dans sa préparation, la rassure et la soutient. Elle suit quatre séances par semaine, dont trois de course et une de renforcement. « J’espère qu’il sera à l’arrivée, car j’aimerais bien qu’il me tire par les bras à la fin si je suis au bout du rouleau », sourit-elle.
« Je sais que je fonctionne beaucoup au mental. Donc si j’ai envie d’y arriver, je vais y arriver. Mais dans quelles conditions ? Je n’en sais rien. »
Justine Vidal
| Courir pour une cause, courir pour elle-même
Au-delà du défi sportif, Justine court pour soutenir des causes profondément personnelle. L’une d’elle, proche de ses origines, est l’ONG Enfants du Mékong, pour laquelle « il était évident » de récolter des fonds. En novembre dernier, après avoir décroché un dossard solidaire pour le marathon, elle lance sa cagnotte avec un objectif de 420 euros. En à peine deux jours, celui-ci est atteint. « J’étais super contente ! Je ne pensais pas avoir autant de retours et d’encouragement. Aujourd’hui, j’ai récolté 723 euros, donc j’ai largement dépassé mon objectif. »
Née au Cambodge, Justine a profité de l’année 2026 pour renouer avec ses racines, longtemps mises de côté. « J’étais un peu dans le déni de mon adoption », confie-t-elle. Le 7 mars, elle est rentrée d’une première expérience immersive sur la terre de ses ancêtres, avec sa mère, son grand frère également adopté, sa belle-sœur et son neveu pour. Accompagnée de sa famille, elle a visité le Cambodge, notamment un centre d’accueil pour les enfants défavorisés à Phnom Penh. « C’est le centre du docteur Christophe Mérieux. On a rencontré le responsable de l’établissement et on a pu remettre des fournitures scolaires apportées de France. Voir les enfants et leur quotidien m’a vraiment permis de me sentir connectée à l’association », raconte-t-elle.
Elle se rend également un orphelinat, pas celui où elle se trouvait bébé, mais un lieu qui lui rappelle que son frère et elle ont eu « la chance d’être adoptés en 1992, à l’époque des Khmers rouges ». Le voyage s’est déroulé à un peu plus d’un mois du Marathon de Paris, un timing parfait pour identifier sa motivation principale : courir pour les enfants démunis, nés au même endroit qu’elle il y a 34 ans. « Ce voyage m’a donné envie de parrainer un enfant via l’association, parce que j’ai eu la chance de m’en sortir », ajoute-t-elle.

Avant de découvrir Enfants du Mékong, Justine courait déjà pour donner du sens à son effort. Elle a d’abord participé à la Memorun, en souvenir de sa grand-mère, touchée par la maladie d’Alzheimer. Puis au Cross du Figaro pour le Téléthon, car son petit-frère est atteint d’un handicap. « Mes parents ont eu un enfant après mon frère et moi, et il est handicapé. Cette cause me tient donc particulièrement à cœur », explique-t-elle. Elle a également pris part à Odysséa, pour sensibiliser et lutter contre le cancer du sein. Et elle a vécu une grande émotion en courant les 15 km organisés en mémoire des victimes des attentats du 13 novembre 2015.
Pour Justine Vidal, la course est devenue un moyen de renouer avec son histoire et de l’appréhender à sa manière, entre effort, engagement et émotion.

Sabine LOEB
Journaliste