Marathon de Paris : Le défi de Sandra Fontaine, porter le rêve de son frère jusqu’à la ligne d’arrivée
Le Marathon de Paris fait partie des courses les plus prestigieuses au monde. Il attire des coureurs venus des quatre coins du globe, prêts à découvrir la capitale en courant. Le 12 avril 2026, ce sont plus de 60 000 sportifs qui vont s’élancer depuis l’avenue des Champs-Élysées. Dans ce lot de participants, il y a des milliers de « pourquoi » différents. Pourquoi courir un marathon ? Pour se dépasser, pour prendre du plaisir, pour battre son record personnel et aussi, parfois, pour rendre hommage.
✓ Marathons.com vous raconte l’histoire de Sandra Fontaine, 53 ans, qui s’élancera au Marathon de Paris ce dimanche pour honorer la mémoire de son frère Eddy, emporté par un cancer. Entre héritage familial, histoire de course à pied et promesse intime, elle raconte le sens profond de ce défi.
Courir pour ceux qui ne sont plus là, c’est le « pourquoi » de Sandra Fontaine. À 53 ans, cette responsable logistique enfilera ses baskets pour honorer la mémoire de son frère, Eddy, décédé des suites d’un cancer de la peau en septembre dernier. Ce défi sportif se fera dans la sueur, mais surtout avec le cœur, porté par une promesse fraternelle et le besoin de faire vivre un projet qu’Eddy n’a pas pu terminer.
Sandra Fontaine et la course à pied, c’est une histoire qui ne date pas d’hier. Lors de sa jeunesse, elle a beaucoup pratiqué ce sport avec amour et passion, ce qui lui avait permis d’acquérir un bon niveau. Puis, les années ont passé et elle s’est légèrement éloignée de la discipline, sans savoir qu’elle s’apprêterait pourtant à suivre une préparation marathon dans sa cinquantaine.
Dans la famille de Sandra Fontaine, le sport, ça se vit fort et ça se partage surtout. Elle fait partie d’une fratrie de quatre, trois frères avec qui elle possède une relation forte. Ils ont appris, ensemble, à traverser les épreuves de la vie et notamment le décès de leur papa qui, comme Eddy, s’est éteint d’un cancer il y a plus de 20 ans. Les épreuves, ça forge le mental, et le mental, dans la course à pied, c’est un ingrédient indispensable. Elle le sait.
| Une promesse fraternelle
Eddy, habitué des crampons et du ballon rond, a décidé sur le tard d’enfiler des baskets. Il a finalement pris goût à la course à pied et faisait même partie, aux côtés de sa sœur, d’une association de coureurs : « Run in Morbecque ». Il aimait y passer du temps et s’investir. Il faisait partie des gens qui aiment donner, transmettre et partager. Toutes ces qualités, il les utilisait également très bien dans son métier d’éducateur spécialisé. En fait, Eddy, c’était surtout un passionn. Il se donnait à fond pour ce qu’il aimait et, surtout, pour ceux qu’il aimait.
Avant d’apprendre sa rechute, Eddy voulait se lancer dans une nouvelle aventure, celle du Marathon de Paris. « C’était son rêve, un marathon à la capitale, ça le faisait rêver ». Il avait commencé à imaginer sa préparation, mais rien ne s’est passé comme prévu. Un rêve qu’il ne vivra pas, mais que sa sœur s’est promis de vivre pour lui. Sandra Fontaine le dit : « Sur mes sorties longues, on me demande comment je fais pour courir aussi longtemps toute seule. Je ne suis pas seule, je sais que mon frère est avec moi à chaque pas. »
« J’ai l’habitude de dire que c’est au travers de mes foulées qu’il deviendra marathonien. »
Sandra Fontaine
| Une préparation physique mais aussi émotionnelle

Il est certain que rendre hommage est une belle preuve d’amour, même si, ici, c’est aussi une épreuve tant le côté émotionnel est important. Plus que des kilomètres, c’est un chemin vers l’apaisement, pour se dire, à sa manière, que ceux partis trop tôt comme Eddy ne seront jamais oubliés.
Sandra Fontaine sait que les émotions vont être fortes. « J’appréhende car je sais qu’émotionnellement ça va être très fort. Je vis, je mange, je dors pour mon marathon. Puis j’ai peur de l’après-course, j’ai connu ça avec le décès de mon papa et les émotions qui retombent, ce n’est pas le plus évident ». Pour l’accompagner dans sa course, elle a même prévu de porter un t-shirt à l’effigie de son frère, une façon de plus de savoir qu’il sera toujours avec elle. Évidemment, elle aura aussi de nombreux supporters. La famille, c’est sacré, et personne ne ratera une occasion de la soutenir, que ce soit sur les chemins parisiens ou à distance via le lien de suivi. La préparation a été millimétrée et les entraînements respectés, avec un premier semi-marathon bouclé au mois de janvier.
| Un hommage symbolique
« Si tu veux courir, cours un kilomètre. Si tu veux changer ta vie, cours un marathon ». Cette phrase d’Emil Zatopek peut résonner dans la tête de nombreux coureurs, et elle résonne également pour Sandra Fontaine. Le message principal que la coureuse des Hauts-de-France veut faire passer, c’est surtout que le sport peut changer la vie. Il peut changer la façon de traverser les épreuves : « On a traversé des choses difficiles et on n’a pas le droit, nous, de s’apitoyer sur notre sort quand on a la santé. Et à chaque fois que j’ai un peu de mal, qu’il pleut, que je suis fatiguée, je me dis : Eddy, il voudrait y aller ». Pour rendre sa démarche encore plus symbolique elle à décider d’accrocher un dossard solidaire au profit de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité. Un coup de boost supplémentaire et une démarche solidaire pour aider ceux qui font face à de grandes souffrances.
Le 12 avril prochain, chaque foulée de Sandra Fontaine sera un message envoyé vers le ciel. Ce marathon n’est pas seulement une épreuve physique de 42,195 km, c’est l’aboutissement d’une promesse de cœur et d’une solidarité familiale sans faille. En franchissant la ligne d’arrivée, elle validera pas seulement un exploit sportif, elle offrira à son frère la victoire qu’il n’a pas pu aller chercher.
À travers son dossard et ses efforts, c’est toute la fratrie qui sera présente sur le parcours, prouvant que même si la maladie a emporté Eddy, elle n’aura jamais réussi à briser le lien qui les unit. Sandra Fontaine s’élancera avec la force de deux personnes, portée par l’amour et le souvenir d’un frère qui, quelque part, court déjà à ses côtés. Un hommage sera également rendu à Eddy, le 13 juin, lors de la course de l’association « Run in Morbecque » dont il était membre actif.

Léana Verrière
Journaliste