Marie Hanriot, 76 ans, renaît grâce à la course à pied : « La course m’a aidée à sortir la tête de l’eau »
À 76 ans, Marie Hanriot est une survivante. Dans les courses, elle se fraye un chemin à travers la foule. Dans la vie, elle adopte la même ténacité : avancer coûte que coûte, même quand la route se dérobe sous ses pas.
Il y a des coureurs qui sont des survivants. Pas d’un ultra-trail ou d’un effort surhumain déployé pour rallier une ligne d’arrivée. Certains sont simplement encore là sur cette planète, à fouler cette terre alors qu’ils ont plusieurs fois cru la quitter. Du haut de ses 76 ans, Marie Hanriot est de cette trempe-là.
Lorsqu’on l’aperçoit pour la première fois, on ne se doute pas de sa force mentale. On a d’abord affaire à une frêle silhouette, paillettes bleues sur les joues, gambadant dans les rues parisiennes, doublant tous les participants du 6 km de la Sine Qua Non Run. En poussant doucement l’épaule d’un grand gaillard, puis en se faufilant entre deux dames, elle trace son chemin au gré des gens l’entourant sans vraiment prêter attention à leurs réactions. Des jeunes filles sont « choquées » de sa vitesse, tandis que des femmes plus âgées jouent sur l’ironie de la situation en s’exclamant : « Normal ! » alors que la septuagénaire les dépasse sans broncher.
Le public au bord de la route ne peut s’empêcher de crier encore plus fort en la voyant accélérer. « Ça m’a fait une drôle d’impression de voir les gens m’encourager. Je regardais leurs têtes en me disant que pourtant je ne les connaissais pas », sourit-elle en repensant à cet épisode de mars dernier. Finalement, elle franchit la ligne d’arrivée à peine essoufflée, en 33’52. L’objectif n’est plus de se surpasser comme à ses débuts. Aujourd’hui, la grand-mère souhaite surtout profiter. Un état d’esprit qu’elle doit à des années où elle s’est complètement laissée prendre dans les filets de la course à pied, et sûrement, à une maladie qui a bien failli lui coûté la vie.
| Une nouvelle ère à 40 ans
À force d’accompagner ses enfants au stade, Marie finit par sauter le pas, à 40 ans. « Mon fils me disait : “Maman, tu viens faire la récup avec moi” ». Eux s’entraînent avec leurs groupes respectifs, et elle se met à courir. « L’entraîneur de mes enfants a trouvé que j’avais une belle foulée, il m’a pris sous son aile et fait des plans d’entraînement », se souvient-elle. Au fur et à mesure, elle devient accro à la discipline. « C’était ma drogue », admet-elle. Impossible de louper une séance : il fallait même être plus rapide que les allures conseillées par le coach. « S’il me disait de le faire en 1’30, il fallait que je le fasse en 1’20 », affirme-t-elle.
Pendant dix ans, cette Yvelinoise s’épanouit, tout en ayant conscience de l’emprise que ce sport a sur elle. L’athlétisme est une histoire de famille, elle et ses trois enfants sont tous inscrits au club de Mantes-la-Jolie, et elle est fière de les voir participer aux championnats de France sur piste. Plus tard, elle est comblée de partager les championnats de France de 10 km avec ses fils, elle qui est une grande adepte de la route. Ensemble, ils ne sont pas là pour faire de la figuration : l’un de ses fils, Pierre-François Hanriot s’offre même le titre de champion de France du 1500 m cadet en 1993 à Lens, puis représente la France aux JO de la Jeunesse européenne à Valkensward, en Hollande, la même année.

| 50 ans : le ciel lui tombe sur la tête, mais elle s’en relève
À 50 ans, tout bascule pour cette maman sportive: on lui découvre deux tumeurs au cerveau. Elle ne peut plus galoper au gré du vent. Affaiblie par plusieurs opérations et cette maladie dévastatrice, Marie se retrouve « au bord du gouffre ». Mais son mental d’acier l’a sauvée. « Je n’ai jamais voulu m’avouer vaincue, se remémore-t-elle. Les médecins m’avaient dit que si l’on ne se bat pas, la maladie avance plus vite. »
Cette détermination semble ancrée en elle depuis toujours. Avant cette terrible annonce, baisser les bras n’avait jamais été une option pour ce petit bout de femme. « À l’époque, mon mari m’avait dit : “Je ne vois pas pourquoi tu veux aller courir, tu n’auras pas de résultat.” Et je lui avait répondu : “Oh c’est une chose que tu ne devrais pas me dire.” C’est comme ça que j’ai été encore plus hargneuse. » Dans la course à pied, elle a ainsi prouvé à son mari qu’elle avait sa place, notamment en participant à plusieurs reprises aux championnats de France de semi-marathon dans la catégorie master. Et, surtout, en remportant son combat de longue haleine contre la maladie.
« La course me libère. »
Marie Hanriot, 76 ans
| 16 ans avant de rechausser ses baskets
Les années passent, et Marie reprend du poil de la bête, même si elle reste une crevette. C’est une renaissance pour cette battante, nouvelle habitante de Louhans, dans la Saône-et-Loire : « Je faisais 100-150 m, je reprenais… jusqu’au moment où je me suis sentie bien et je suis repartie un peu plus vite. » Les retrouvailles avec la course à pied à 66 ans sont douces, mais mesurées. « Je me suis promis de ne pas recommencer la compétition parce que je ne voulais pas me défoncer à nouveau », confie-t-elle, portée par les bienfaits de ce sport et l’envie de participer principalement à des courses caritatives.
« La course m’a aidée à sortir la tête de l’eau. Je voulais absolument recourir. Ça me libère et me fait du bien », raconte-t-elle. En deuil de son mari depuis peu, elle s’est mise « à fond » dans la course, même si désormais elle l’appréhende autrement. Parfois, elle sort trottiner avec son chien, d’autres fois, elle rejoint un run club local. Et quand l’occasion se présente de venir à Paris, elle entraîne ses proches dans son sillage. Sauf qu’actuellement, enfants et petits-enfants, blessés ou moins en forme qu’avant, peinent à suivre la cadence de la boss granny. Leur mamie est définitivement de retour, et elle mène la danse.

Sabine LOEB
Journaliste