Marie-Josée Pérec : « Le sport est un médicament, en courant on se fait du bien pourquoi s’en priver ? »
Marie-Josée Pérec est la nouvelle ambassadrice de Wings for Life World Run en France et prendra le départ de la course parisienne le 10 mai prochain à 13h au Parc de Saint-Cloud. Comme chaque année depuis 13 ans, 100% des frais d’inscription de cette course disputée partout à travers le monde à la même heure financeront la recherche et les essais cliniques pour trouver un remède aux lésions de la moelle épinière.
✔ La triple championne olympique et double championne du monde motivée à l’idée de participer à cette course pour la fondation Wings for Life crée en 2004 se réjouit également de l’engouement grandissant pour l’activité physique. Entretien.
| Marie-Josée, cet engagement comme ambassadrice de Wings for Life était une évidence ?
Cela s’est fait naturellement lorsque j’ai eu cette proposition. Cela a du sens, dans mon entourage j’ai des gens qui vivent en fauteuil roulant. Depuis 25 ans à l’occasion des Etoiles du Sport nous sommes au contact avec les athlètes paralympiques, j’en rencontre aussi sur d’autres évènements. À force d’entendre leurs histoires vous êtes sensibilisés et vous avez envie de faire quelque chose pour les aider. Wings for Life Run World est la course idéale, c’est la plus grande course au monde avec plus de 300 000 participants et participantes, tous les dons sont reversés à l’association Wings for Life, c’est extraordinaire et incroyable pour la recherche avec plus de 8 millions d’euros récoltés l’an passé. Les gens viennent comme ils veulent, ils courent, ils marchent il n’y a pas de gagnant, pas de ligne d’arrivée à franchir je trouve cela génial comme le fait de courir pour une cause, pour quelque chose qui a du sens. Aujourd’hui il y a énormément de courses en France ou un peu partout dans le monde, souvent le prix du dossard n’est pas entièrement reversé à une association ou autre et puis le sport est un médicament, en courant on se fait du bien pourquoi s’en priver ?
« Chaque année en France en moyenne environ 50 000 personnes ont un accident qui entraine une lésion de la moelle épinière, on ne sait pas ce qui peut nous arriver, cela doit tous nous intéresser, nous concerner. »
Marie-Josée Perec
| Cette course pour la recherche est à l’inverse des autres, il n’y a pas d’objectif de chrono, voire de record…
Pas de gagnant avec un record, pas de ligne d’arrivée à franchir, juste une voiture en queue de peloton qui rattrape les participants les uns après les autres. Participer à cette course c’est vraiment courir pour donner à l’autre pour la recherche. Chaque année en France en moyenne environ 50 000 personnes ont un accident qui entraine une lésion de la moelle épinière, on ne sait pas ce qui peut nous arriver, cela doit tous nous intéresser, nous concerner, on se doit de s’engager, de faire quelque chose, on se fait du bien en faisant du bien aux autres. Courir, marcher est nécessaire, j’ai l’impression que la population a compris qu’il fallait bouger pour être en bonne santé, pour bien vieillir, pour être bien mentalement et pour bien d’autres raisons.

| La course à pied connait une croissance exponentielle depuis des années et cela continue…
Les gens sont de mieux en mieux équipés, avec une bonne paire de chaussures on se fait moins mal. Avec les réseaux, les sites spécialisés ils sont bien informés sur ce qu’il faut faire et ne pas faire. C’est bien que nous les sportifs ou anciens sportifs de haut niveau on en parle car les gens nous écoutent un peu et on peut ainsi les pousser à bouger et à se sentir mieux dans leurs baskets. La densité sur le semi-marathon de Paris avec 50 000 participants et participantes était hallucinante, c’était incroyable de voir que les gens étaient si bien préparés, cela me fait plaisir de voir cela, j’étais là pour encourager mon mari et quelques amis qui l’ont fait. On voit tous les jours ceux et celles qui s’entraînent à l’heure du déjeuner, le matin ou le soir, certains qui se lancent aussi dans le triathlon à 50 ans voire plus c’est bien cela montre que la population a compris qu’il faut bouger.
« Courir pour une cause, c’est donner du sens à chaque pas. »
Marie-Josée Pérec
| Les Jeux olympiques de Paris ont-ils incité encore plus les gens à faire de l’exercice ?
Je pense que c’est peut-être aussi l’héritage que l’on attendait, mettre la population en action, qu’elle bouge. Avoir les Jeux chez soi cela vous touche forcément, cela incite les gens à se lever de leur canapé et de trouver une activité sportive à faire. En revanche il faut que l’on travaille plus sur nos adolescents avec qui c’est plus compliqué et notamment les filles qui sur ces âges-là ont tendance à s’arrêter même si elles ont fait du sport avant. Autre constat lorsque l’on discute avec les athlètes paralympiques la plupart ont perdu leurs partenaires économiques, les budgets ont été coupés, beaucoup sont en difficulté, c’est très décevant de voir que certains partenaires se sont vite retirés. Les athlètes sont persévérants, ils sont habités par ce qu’ils ou elles font et continuent de se battre mais cela serait bien qu’on leur trouve plus d’aides pour avancer.
| Le 10 mai, vous serez ambassadrice de la course mais vous allez aussi courir évidemment…
Lorsque je viens sur ce genre d’évènement je ne suis pas dans la compétition, cela appartient au passé, c’est une autre facette de ma vie. Maintenant je prends du temps, je discute avec les gens, j’écoute beaucoup ce que les gens ont à raconter, on se nourrit des histoires des autres, c’est toujours un super moment et je suis ravie de faire cela. Je cours toujours sauf depuis le mois de janvier à cause d’une douleur au dos mais dans un petit mois je vais reprendre et le 10 mai je serai là pour courir aussi.
Le 10 mai prochain, au Parc de Saint-Cloud, Marie-Josée Pérec prendra donc le départ de la Wings for Life World Run avec un objectif différent de ceux qui ont marqué sa carrière, courir pour une cause. Une manière pour la triple championne olympique de rappeler que le sport peut être à la fois un plaisir personnel et un engagement collectif au service de la recherche.

François-Xavier de Chateaufort