Michael Bettocchi s'élancera pour son deuxième Marathon de Paris le 12 avril. Depuis deux ans, sa vie a pris un véritable tournant.

Michael Bettocchi : « Il y a autant d’histoires que de marathoniens. Moi, j’étais gros »

Interview
23/03/2026 08:27

Michael Bettocchi s’élancera pour son deuxième Marathon de Paris le 12 avril. Depuis deux ans, grâce à cet objectif, sa vie a pris un véritable tournant. Ce passionné de courses sur route s’est transformé physiquement, passant de 147 à 110 kg, ainsi que mentalement, transporté dans un univers qui le fait vibrer.


Inspirant. C’est le terme qui résume le parcours de Michael Bettocchi. Et pourtant, ce quarantenaire atteint d’obésité morbide, n’a pas raconté sa trajectoire de sédentaire à coureur pour endosser un rôle d’ambassadeur. Il l’a d’abord écrit pour laisser une trace à son fils de trois ans. Puis son journal de bord s’est mué en un véritable livre. Il s’est pris au jeu de l’écriture, au point que sa plume est devenue sa partenaire d’entraînement. Le Mosellan a vécu un rêve éveillé. « L’un ne va plus sans l’autre : le marathon est le livre et l’épreuve », décrit-il. Mon Marathon retrace deux ans de quête jusqu’à la consécration : son marathon. Un défi qui marque la fin d’une ère. Mais surtout le début d’une nouvelle, car son histoire avec les 42 km n’en est qu’à ses prémices.

Deux ans après ses premières foulées dans les rues de Metz, Michael Bettocchi est plus que jamais un passionné de course à pied. « Un vrai boulimique », s’amuse-t-il, à l’affût de la moindre information sur la question. Malgré lui, il s’impose comme une figure d’espoir : la preuve qu’il suffit de sortir de son canapé, et même de se dépasser dans l’adversité, pour se sentir mieux. « Ce côté de “si lui l’a fait…”, parle à plein de gens. Les récits personnels deviennent universels. » En racontant son expérience, il n’a jamais cherché à « donner des conseils aux gros pour courir » ni à « fournir une recette magique ». Son vécu a primé. Raconté avec un humour indispensable pour ne pas « plomber » ses lecteurs avec ses problèmes de surpoids.

À travers ses mots, le coureur aguerri retrouve l’élan de ses débuts et renoue avec l’essence de la course. Il se rappelle qu’au-delà de la performance, le sport est surtout vecteur de solidarité, d’entraide et de partage. Quant aux débutants, ils n’ont qu’à s’accrocher à son message : « Tout le monde peut le faire. » Intégré à la sphère de la course à pied, c’est voir son fils s’exclamer à chaque coureur croisé : « Il court comme toi, papa. » Et quel coureur ne signerait pas pour entendre « Aller papa ! », crié à gorge déployé par son enfant ? « Il vient me voir à toutes les courses avec son petit panneau. Ça vaut tout l’or du monde », lâche Michael Bettocchi, le sourire jusqu’aux oreilles.

| De 14 minutes de footing…

La puissance des images. C’est par là que tout commence. Michael Bettocchi voit défiler des moments forts du Marathon de Paris, dont un qu’il ne peut enlever de son esprit : des marathoniens à bout de force, peinant à avancer. À 38 ans, son regard sur la vie bascule. En riant, il propose à ses copains « tous un peu gros » : « Et si on faisait un marathon pour nos 40 ans ? » Les réponses fusent, moqueuses : « Tu peux le faire c’est sûr… mais en voiture. » Personne ne le prend au sérieux. Cet ancien footeux amateur pèse 147 kg. Et alors ? Ce qui l’anime, c’est la folie. « J’ai cherché le truc le plus fou. Et à l’époque, pour moi, ça l’était. » Sauf qu’après l’annonce officielle, il traîne. Quelques semaines passent sans qu’il n’ait mis un orteil dehors pour courir. Ses 40 ans lui paraissent loin, le marathon aussi.

Finalement, il se lance. 14 minutes. C’est le temps de son premier footing. « Un enfer », confie-t-il, même s’il s’attendait à pire pour cette première sortie. Quelques jours plus tard, le néophyte rechausse ses baskets et ajoute quelques mètres. « Un tour du pâté de maisons, puis un petit bout, un autre. Au bout de trois mois, je réussis à courir 5 km », détaille-t-il. Il s’y tient. Son corps fond à vue d’oeil, et il progresse à une allure folle. « C’était hyper motivant, même si maintenant je me rends compte que c’était vraiment des allures d’escargot, rit-il. Je faisais la course avec les petites mamies qui promènent leurs chiens le dimanche matin et je galérais à les doubler. » Le plaisir apparaît rapidement, et il prévoit d’évoluer à son rythme, sans penser à enfiler un dossard entre-temps.

« Je faisais la course avec les petites mamies qui promènent leurs chiens le dimanche matin et je galérais à les doubler. »

Michael Bettocchi

| En passant par le semi-marathon

Finalement, la vie le surprend. Michael Bettocchi boucle son premier 10 km six mois plus tard, en novembre, dans sa ville, Marly. Et tombe même amoureux de ce monde-là : mettre un dossard, se mesurer avant tout à soi-même. « J’ai tout de suite su que j’adorais ça. Les émotions de la ligne d’arrivée étaient tellement fortes », se rappelle-t-il. Un mois après, allégé de plus de 30 kg, il s’inscrit à un semi-marathon en mai. « Je comptais sur ce semi pour voir si je serai capable de faire le marathon. »

Tout ne se passe pas comme espéré : au 17e kilomètre, il souffre et tient bon. Pas le choix, il doit donc continuer à s’entraîner, car son dossard pour le Marathon de Paris est déjà validé. Et surtout, il aime ça. « Cette discipline que je m’étais imposée est devenue naturelle », raconte-t-il, heureux de mettre ses écouteurs et de courir seul, mais aussi avec Les foulées de Tom, un groupe avec lequel il fait du fractionné le mercredi et rencontre d’autres adeptes de la course à pied. « On s’inscrit à des courses ensemble », se réjouit-il, tournant à plus de 50 kilomètres par semaine.

| … Au marathon bouclé en 5h09

Avant le grand défi parisien, le gaillard de 110 kg se présente sur la ligne de départ du marathon de Metz. Chez lui. Pour parcourir 42 km dans les rues qu’il connaît par coeur, sans pression, simplement porté par l’envie « de boucler la boucle ». Devant son travail, son logement, son ancien quartier… « C’était vraiment mon parcours de vie », déclare-t-il, entouré ce jour-là de tous ses proches. Une façon idéale de clôturer cette aventure qui le fait vibrer depuis un an et demi. « Je l’ai fini en bien meilleur état qu’au semi », sourit le marathonien, flashé en 5h09, dont la plus grande fierté est d’avoir couru tout le long. 

La suite, c’est à lui de l’écrire à Paris. L’excitation est palpable. Peu importe le résultat, Michael Bettocchi sera fier du chemin parcouru. « Il y a des gens qui ont eu des accidents, des cancers. Moi, j’étais gros », glisse-t-il, convaincu qu’il y a autant d’histoires que de marathoniens. Cinq amis l’accompagneront dans ce marathon, chacun à son rythme. Lui partira sur des bases juste en dessous de 5h. Le suivant ? Il y pense déjà. Il a tenté de décrocher un dossard pour New-York, sans succès, mais d’autres opportunités l’attendent avant ce mythique rendez-vous. 

Toujours emprunt d’autodérision, Michael Bettocchi se souvient : « Quand on m’entendait, c’était vraiment Dark Vador. Tout est devenu mieux, même ma façon de respirer… ». La phrase d’ouverture de son livre « Si tu veux changer ta vie, cours un marathon » résonne pleinement. « Pour moi, ça a été complètement vrai. Ça a changé ma vie ».


Sabine LOEB
Journaliste

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