Morhad Amdouni, champion de France du marathon : « J’estime que je peux courir en 2h04-2h05 sans problème et avec plus de forme aller chercher les 2h02-2h03 »
Morhad Amdouni est devenu pour la première fois champion de France de marathon ce dimanche à Ambès (Gironde). Le détenteur du record de France de la discipline, qui s’est imposé en 2h13’21, a obtenu le treizième titre national de toute sa carrière. Un retour gagnant pour le Porto-Vecchiais persuadé de pouvoir encore réaliser de très gros chronos et qui espère enchainer avec d’autres succès. Entretien.
| Morhad, vous signez votre retour à la compétition par un titre de champion de France de marathon, quelle émotion domine ?
J’étais avec Florian Caro au semi-marathon, mon seul objectif était d’être champion de France peu importe le chrono. Mon stage au Kenya a été perturbé. Une moto m’a percuté début avril une semaine avant le marathon de Rotterdam (12 avril), je n’ai pas pu me préparer idéalement. Je n’ai pas fait autant de kilomètres que prévu, pas beaucoup de footings. Hier par exemple, c’était ma première sortie longue depuis quelques temps, j’ai couru pour le titre mais je l’ai pris comme un entraînement avec une petite pression d’aller chercher le titre comme je suis recordman de France. Les championnats de France n’étaient pas dans mon programme initialement mais c’était important pour moi de rendre hommage à ceux qui me soutiennent au quotidien, aussi à mon premier coach Hafid Hammaoui décédé il y’a 9 mois sans oublier de mettre en valeur ce rendez-vous.
« C’est une façon de remercier les personnes qui m’accompagnent au quotidien et d’être récompensé des efforts fournis pour ne pas abandonner et continuer. Je suis déterminé, ambitieux, je veux encore aller chercher de grands titres. »
Morhad Amdouni
| Vous avez pris les commandes de la course à partir du semi…
Vers le 12e-13e kilomètre on s’est retrouvé ensemble avec Florian Caro qui avait un objectif de chronométrique contrairement à moi, on était sur des bases de 2h10-11 il voulait que l’on continue et puis à un moment il a craqué, j’essaye de rester un peu avec lui mais je vois qu’il est dans le rouge. Je continue ma course à mon rythme, c’est un championnat avec le titre national à aller chercher.
| Comment avez-vous géré cette fin de course en solitaire ?
Vers le 25e kilomètre il y’a eu des attaques, des à-coup dans le peloton, je sentais que le rythme était déjà très soutenu, je préférais amortir à chaque fois les offensives et cela a très bien fonctionné. En courant sur le fil, à la limite j’arrivais à revenir parce que j’avais l’impression que les gars se regardaient un peu après chaque attaque. J’ai cru en moi, je savais que je souffrais pendant 3-4 minutes mais je savais qu’il y avait une chance que cela ralentisse et que je revienne.
« Il y a les minima mais si une Fédération voit qu’il y’a du potentiel et que l’athlète peut aller chercher une médaille, il ne faut pas s’en priver. »
Morhad Amdouni
| Le chrono n’était pas votre objectif dimanche. Quelle est votre vraie valeur actuelle sur marathon ?
Avec le peu d’entraînement que j’ai actuellement dans les jambes, j’estime que je peux courir en 2h04-2h05 sans problème et avec plus de forme aller chercher les 2h02-2h03. En devenant champion de France de marathon je pensais que cela aurait pu aboutir à quelque chose en vue d’une sélection aux championnats d’Europe à Birmingham, me faire confiance vu mon palmarès, mon record de France qui date d’il y’a deux ans. J’ai couru et défendu à maintes reprises le maillot de l’équipe de France en obtenant un titre de champion d’Europe du 10 000 m, des médailles, une 8e place aux Mondiaux de semi-marathon. Les efforts du passé peuvent aussi être récompensés sportivement. Bien sûr je savais que cela serait compliqué il y a les minima mais si une Fédération voit qu’il y’a du potentiel et que l’athlète peut aller chercher une médaille, il ne faut pas s’en priver, cela aurait été aussi une façon de mettre en valeur les championnats de France.
« Il y a une guerre marketing c’est sûr entre Nike et Adidas et d’autres marques, on est passé dans une autre dimension où c’est l’argent qui règne. »
Morhad Amdouni
| Si on vous l’avait proposé, vous auriez été prêt pour participer aux championnats d’Europe sur marathon ?
Sur une préparation de 3-4 mois oui, je veux montrer que je suis encore capable de monter sur un podium. Certes Crippa en gagnant le marathon de Paris a montré de belles choses mais parfois il faut faire confiance aux athlètes, casser les codes, les mettre en avant lorsqu’il y a l’aspect compétition qui entre en jeu. Ce qu’a fait Emmanuel Roudolff-Levisse est énorme aussi, cela montre que le marathon Français évolue mais je sens que j’ai encore des choses à montrer, mon maximum n’est pas à 2h03. Ce que je fais à l’entraînement n’est pas encore en accord avec ce que je fais en compétition. À Séville je pense que je pouvais courir en 2h02 sans problème. Tant que l’on n’a pas tout donné on ne sait pas de quoi on est capable. Pour l’instant je n’ai pas prévu d’autres marathons. Il me manque un peu plus de régularité au niveau de l’entraînement, et éviter les pépins physiques.
| Que vous inspire l’historique Marathon de Londres avec notamment le record du monde en 1h59’30 de Sabastian Sawe ?
Il y a une guerre marketing c’est sûr entre Nike et adidas et d’autres marques, on est passé dans une autre dimension où c’est l’argent qui règne. Cela fait un moment que l’on attendait les moins de 2 heures, en une course on a deux athlètes Adidas qui le font devant un athlète Nike, tous les trois sous l’ancien record du monde, c’est ce qui m’a le plus surpris. Au niveau marketing on entre dans une nouvelle ère que l’on ne connaît pas. Sabastian Sawe comme les autres a travaillé pour aller chercher ce record, il s’est donné les moyens d’y arriver mais il n’est pas tout seul dans cette réalisation avec tous les paramètres à prendre en compte. La performance est réelle mais il faut se rendre compte des allures avec le 27’36 entre le 30e et le 40e kilomètre c’est énorme. La discipline évolue avec ces nouveaux objectifs, de nouveaux enjeux, tant mieux pour lui.

François-Xavier de Chateaufort
Journaliste