Rencontre avec Simone Leo, organisateur des derniers Championnats du Monde d'Ultra-Marathon © Simone Leo

Rencontre avec Simone Leo, organisateur des derniers Championnats du Monde d’Ultra-Marathon

Interview
03/04/2026 15:22

Sur les journées du 27, 28 et 29 mars se sont tenues les Championnats du Monde d’Ultra-Marathon en Italie, à Cinisello Balsamo (Milan). L’occasion pour la rédaction de Marathons, entre autres, de rencontrer Dean Karnazes et de côtoyer l’espace d’un week-end une espèce de coureurs bien particulières : des femmes et des hommes qui courent 12h, 24h ou même 48h. Entretien avec Simone Leo, organisateur de la course.


Juste avant d’interviewer Simone Leo, organisateur du Cinisello Balsamo Running Festival, nous avons jeté un coup d’œil sur tous les packages prêts pour les concurrents. Autant de coureurs pour une course de 48 heures ? Il faut le voir pour le croire. Des coureurs ultra du monde entier se sont donnés rendez-vous au nord de Milan pour s’adonner à l’ultra-marathon : 206 dans la catégorie 48h, 63 dans la catégorie 24h et 137 dans la catégorie 12h.

206 coureurs inscrits sur la course de 48 heures. © Charles-Emmanuel Pean

La course s’est arrêtée (quand même) dimanche 29 mars dans l’après-midi et il faut encore se pincer à la lecture des résultats : la star polonaise Patrycja Bereznowska, vainqueure chez les femmes, a parcouru 413 kilomètres en 48 heures tandis son compatriote Bartosz Fudali l’a emporté chez les hommes en parcourant 447 kilomètres. Une razzia polonaise sur la course, sachant que le podium chez les femmes est 100% Polska.

Podium Femmes 48H
1. Patrycja Bereznowska (Pologne) 413,396 km (6,58 min/km)
2. Edyta Lewandowska (Pologne) 390,650 km (7,16 min/km)
3. Magdalena Superson (Pologne) 372,031 km (7,4 min/km)

Podium Hommes 48H
1. Bartosz Fudali (Pologne) 447,581 km (6,25 min/km)
2. Laszlo Nemes (Hongrie) 427,065 km (6,44 min/km)
3. Nicolas De Las Heras Monforte (Espagne) 407,439 km (6,5 min/km)

Podium Femmes 24H
1. Luisa Libios (Philippines) 161,122 km (8,55 min/km)
2. Anna Rybitw (Pologne) 142,601 km (10,06 min/km)
3. Rachelle Meigh Cabasa (Philippines) 125,595 km (11,28 min/km)

Podium Hommes 24H
1. Rafal Wos (Pologne) 203,872 km (7,02 min/km)
2. Wojciech Sip (Pologne) 198,074 km (7,15 min/km)
3. Giorgio Basso (Italie) 194,961 km (7,22 min/km)

Podium Femmes 12H
1. Carmen Maria Perez Serrano (Espagne) 138,867 km (5,11 min/km)
2. Lisa Borzani (Italie) 117,415 km (6,08 min/km)
3. Gaia Porcellini (Italie) 103,279 km (6,59 min/km)

➜ Podium Hommes 12H
1. Lorenzo Bulgarelli (Italie) 127,424 km (5,38 min/km)
2. Amedeo Bonfanti (Italie) 126,414 km (5,41 min/km)
3. Patrick Marquis (Italie) 117,299 km (6,07 min/km)

L’épreuve de Cinisello Balsamo Running Festival, sixième du nom, était cette année le cadre des Championnats du Monde GOMU (Global Organization of Multi-Day Ultramarathoners). Une reconnaissance pour l’épreuve, née juste avant le covid mais dont l’élan populaire n’a cessé de grandir depuis. Entre deux bourrasques de vent ayant obligé l’organisation à s’adapter, Simone Leo, coureur ultra et organisateur, a pris quelques minutes pour répondre aux questions de Marathons avant le grand départ de la course.

| Comment l’ultra est arrivé dans votre vie ?

Il y a vraiment une date précise. 7 juillet 2007. Je vais à un mariage, des amis prennent une photo, me l’envoient. Je vois cette photo, j’ai 29 ans, je suis en surpoids, je pesais 110 kg, je me sentais fatigué. Je dois faire quelque chose. Au fil des années, j’avais essayé la salle de sport, la natation, le vélo d’intérieur… Rien. La course à pied me semblait simplement la chose la plus facile. Tu achètes les chaussures, tu sors, tu cours, tu n’as pas besoin de faire un abonnement à la salle, tu ne dois pas suivre des horaires, tu ne dois pas te mettre d’accord avec quelqu’un. J’avais déjà tenté de courir quelques fois dans le passé, mais ce jour-là, il s’est passé quelque chose. Du 7 juillet on passe au 13 juillet. Je sors et je fais ces 7-8 kilomètres à mon rythme. La différence par rapport aux autres fois où j’ai essayé d’une certaine manière.

Ça a été le fait de m’asseoir sur le canapé après avoir pris la douche. Ce n’a pas été tant la course en soi, où clairement j’ai souffert. Mais la rencontre avec les endorphines, l’hormone du bien-être… Bam, collision frontale ! Cette sensation de bien-être, psychophysique, de satisfaction que j’ai ressentie à ce moment-là, je ne l’avais pas ressentie avant, et c’est resté. Après ce jour-là, il y a vraiment eu un switch. Ensuite il y a beaucoup d’années pour devenir un « vrai » runner. J’ai commencé à faire les courses différemment, à acheter des fruits, à acheter des boissons isotoniques. Quelque chose avait changé. La première chose que j’aime transmettre à ceux qui passent du marathon à l’ultra, c’est qu’il faut oublier le chronomètre. Tu dois rester sur les jambes, point. C’est une aventure avec soi-même. Pour moi c’est quasiment un autre sport.

« La rencontre avec les endorphines, l’hormone du bien-être… Bam, collision frontale ! »

Simone Leo

| C’est donc cette fameuse sensation sur le canapé qui vous a amené à vos premières courses de 100 km ?

J’ai fait les étapes classiques, intermédiaires. En 2009, j’ai participé à mon premier semi-marathon, une course « tranquille », puis un premier semi compétitif, le premier marathon à New York. Puis en 2011, mon premier Ultra-Marathon avec les 100 km du Passatore, sans entraînement spécifique, sans rien savoir de l’ultra. Je me suis juste lancé. Ça s’est bien passé, je ne me suis jamais arrêté.

| Votre casquette d’organisateur vous permet-elle de faire quelles courses dans l’année ?

Courir des ultras prend une énergie considérable et la vérité c’est que, depuis quelques années, j’ai des envies différentes. J’ai eu cette envie par le passé, je sais ce que ça veut dire, je sais combien de temps il faut pour récupérer et je n’ai plus le physique pour faire certaines choses. Je me suis blessé en 2024 pendant la préparation du Tor des Géants, deux côtes et une vertèbre, un vrai désastre. J’ai eu du mal à reprendre. Je suis désormais plus sporadique dans mon effort. Je fais quelques cent kilomètres comme ça pour le plaisir. Cette année je suis en train d’évaluer de faire une course au Ladakh, en Inde, à la frontière avec le Pakistan. Un trail 100 miles.

| Appréciez-vous cette nouvelle casquette d’organisateur ?

Ça me plaît beaucoup, ce ne sont pas deux choses complètement différentes, même si je dois te dire que le plaisir de voir les gens courir évidemment n’est pas comparable au plaisir de courir soi-même. Mais il y a une vraie satisfaction à vivre la course avec les coureurs, et puis c’est beau parce que ce sont les autres qui souffrent. Après, et je ne saurai expliquer pourquoi, les courses que j’organise, je ne les courrais jamais. Pourtant elles ont du succès. Comme par exemple l’ultra du Turchino que nous organisons aussi avec Impossible Target, l’organisation qui organise le Cinisello Balsamo Running Festival, qui a lieu le dernier week-end de juillet. C’est une course dont les places s’arrachent en deux jours.

© Cinisello Balsamo Running Festival

| Comment s’est déroulé le processus pour votre course, choisie pour les championnats du monde 2026 ?

C’est la sixième édition du Cinisello Balsamo Running Festival. Cette course est née d’une volonté pré-covid de faire une fête de l’ultra à Cinisello Balsamo. Le Covid a tout ralenti pendant deux ans mais le maire, Giacomo Ghilardi, ne nous a jamais lâché dans ce projet et nous avons pu continuer à développer la course. Nous profitons ainsi des infrastructures complètes qu’il y a ici, avec la piste, les terrains autour… La course a eu de plus en plus de succès. Et en tant qu’amateur passionné d’ultra-marathon, je suis de près ce qui se fait en Italie.

Je me suis aperçu qu’il n’y avait plus aucune course de 48 heures en Italie et comme on était en mesure d’organiser une course de 24 heures avec tout le staff actuel, nous avons lancé l’idée de ces 48 heures, qui se sont révélées un succès. Avec l’aide de la l’association italienne qui gère l’ultra, nous avons monté un dossier pour candidater. Notre collaboration étroite avec la protection civile et la capacité de nos bénévoles ont été des éléments primordiaux dans la réussite de la candidature de Cinisello Balsamo. Plus de 400 coureurs ont participé à l’épreuve.

| Combien de bénévoles travaillent sur la course ?

En protection civile, ils sont 120, plus tous les bénévoles de la course, disons environ 200, entre tous ceux qui se relayeront, jour et nuit, pendant le week-end. Le parcours se fait sur 1400 mètres homologués internationalement, prêt pour d’éventuels records.

| Êtes-vous fier de la venue de tant de coureurs du monde entier ?

Au-delà de la qualité du plateau, c’est une belle chose de voir tant de gens se réunir autour de la même passion. Le voyage que représente une telle course… Nous avons la chance d’avoir un coureur venu spécialement du Japon, Minoru Onozuka. C’est un honneur pour nous en tant qu’équipe organisatrice. Nous n’avons pas le détenteur du record mondial (ndlr, le belge Mathieu Bonne) mais le plateau est tout de même très relevé, chez les femmes comme chez les hommes. Patrycja Bereznowska, la grande championne polonaise, nous a honoré de sa présence et sa victoire a offert du crédit à notre organisation. Bartosz Fudali aussi est une pointure internationale. Un français iconique est là aussi : Jean-Louis Valderrama, alias Crocs Man.

© Cinisello Balsamo Running Festival


Charles-Emmanuel PEAN

Charles-Emmanuel PEAN
Journaliste

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