Ron Hill, un demi-siècle avant Strava
Cinquante ans avant les montres GPS ou Strava, le Britannique Ron Hill utilisait les données pour sa progression dans la course à pied. Futur champion d’Europe de marathon, il a en effet débuté en 1956 la tenue de son carnet de bord, qu’il annotait après chaque entraînement ou compétition. En avance sur son temps.
Ron Hill est un sacré phénomène qu’il est difficile de classer. Il est célèbre pour ses carnets mais aussi pour ses performances sportives. Outre son titre de Champion d’Europe de Marathon en 1969 et sa victoire sur le Marathon de Boston l’année suivante, qui en font un des coureurs britanniques les plus renommées de son temps, il a signé entre 1964 et 2017 une performance assez atypique : courir tous les jours au moins un kilomètre.
Ron Hill le méticuleux
Ron Hill commence son journal d'entraînement en 1956. A l’époque il n’est pas encore un champion reconnu mais un jeune coureur qui cherche à comprendre ce qu'il fait et à suivre sa progression. Le natif du nord de l’Angleterre consigne toutes sortes d’informations concernant ses entraînements et ses compétitions. Avec le temps, ses notes deviennent de plus en plus précises. Il y fait figurer les séances, les répétitions, les conditions dans lesquelles il court et différents éléments de son état physique, pour notamment croiser les informations et déceler des possibles améliorations. Équipé seulement d’un chronomètre, Hill construit progressivement sa propre base de données.
Ce fonctionnement accompagne sa progression vers le très haut niveau. Dans les périodes de préparation les plus importantes, Hill a pu atteindre 190 à 225 kilomètres par semaine, avec une course le samedi et une sortie longue de 32 kilomètres le dimanche. Après un marathon, son volume descend fortement avant de remonter progressivement. Cette habitude d’écriture va accompagner Hill pendant plusieurs décennies. En 2015, un média anglais a pu feuilleter les carnets, qui reste aujourd’hui propriété de la famille selon nos informations. Quel dommage qu’aucun éditeur ne se soit “emparé” de ce journal pour le publier…
Le journal d’un champion
Les performances de Ron Hill donnent une autre dimension à cette prise de note de forcené. Dès le début des années 60, à l’âge de 22 ans, il compte parmi les meilleurs coureurs de fond de sa génération. En 1965, il bat deux records du monde détenus jusque-là par le géant Emil Zatopek : celui des 15 miles, en 1h12’48, et celui des 25 km, en 1h15’22. En 1968, il bat à deux reprises le record du monde du 10 miles, avec notamment un temps de 46’44. Puis arrive la consécration, et pas n’importe laquelle.
Ron Hill devient champion d’Europe de Marathon à Athènes en 1969. Il remporte l’épreuve en 2h16’47 devant le Belge Gaston Roelants et son compatriote Jim Alder. Quelques mois plus tard, il remporte le marathon de Fukuoka en 2h11’54, améliorant son record personnel. Il continue sur sa lancée en 1970 en devenant le premier Britannique à remporter le Marathon de Boston, où il s'impose en 2h10’30. Trois mois plus tard, aux Jeux du Commonwealth d'Édimbourg, il remporte le marathon en 2h09’28. A cette époque, c’est le deuxième coureur mondial à passer sous la barre symbolique des 2h10 sur marathon. L’homme au carnet de bord est bel et bien un phénomène.
Un mile par jour pendant… 52 ans !
On l’a écrit précédemment, Ron Hill a une troisième particularité. Pas moins incroyable que le journal de bord ou un palmarès bien garni Sa passion l’a poussé à courir au moins un mile (1,609 km) par jour pendant un demi-siècle. En effet, à partir du 20 décembre 1964, Hill court au moins un mile chaque jour. La série se poursuit pendant 52 ans et 39 jours, jusqu'au 30 janvier 2017. De quoi remplir quelques cahiers. Cette habitude méticuleuse fait de Ron Hill un précurseur de notre époque, où les datas, et surtout leur analyse, ont changé la donne. Nul doute qu’à travers les années, Hill a dû faire des progrès en nutrition, en charge d'entraînement.
Son professionnalisme et son dévouement à la pratique ne feraient pas tâche aujourd’hui. Tous sports confondus les athlètes le disent : ce sont les niveaux de préparation et le sens du détail qui font que les performances s’améliorent constamment. Ron Hill l’avait compris dès les années 60. Les fans du coureur, décédé en 2017, peuvent encore porter les couleurs de la marque créée par ce passionné dès l’année 1970, juste après sa victoire à Boston.
Un homme moderne, définitivement.
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