Graines de sportives : 450 km pour lutter contre le décrochage sportif des jeunes filles

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Par Loïc De Beauregard

Publié le ven. 25 septembre 2026

Mis à jour le ven. 25 septembre 2026

Graines de sportives : 450 km pour lutter contre le décrochage sportif des jeunes filles
© Elisa Combes

450 km en trois jours, deux nuits et huit coureuses qui ne s'arrêtent jamais. Sur le papier, le défi lancé par le Pack a tout d'une épreuve hors norme. Mais du 29 septembre au 1er octobre, entre Rennes et Paris, l'objectif ne sera pas de faire tomber un chrono. Ces huit athlètes veulent surtout faire bouger un autre chiffre, celui du décrochage sportif des jeunes filles dès le collège.

La naissance du projet

Tout part d'un chiffre. Selon Santé publique France, seules 33% des filles de 6 à 17 ans atteignent les recommandations d'activité physique de l'OMS, contre 51% des garçons. Un écart qui se creuse particulièrement à l'entrée au collège, période charnière où la pratique sportive des filles chute fortement, elles représentent aujourd'hui près des deux tiers des jeunes ne pratiquant pas d'activité physique régulière.

33%

Des filles de 6 à 17 ans atteignent les recommandations d'activité physique de l'OMS

Pour les coureuses du Pack, club d'athlétisme du 12e arrondissement de Paris fondé il y a trois ans, ce constat a fini par devenir un projet. « On s'est directement tournées vers le sport féminin chez les jeunes filles, car les stats sont parlantes », résume Justine de Paoli, l'une des huit relayeuses.

L'idée de départ était plus modeste, réunir huit coureuses autour d'un relais de plusieurs centaines de kilomètres, pour porter une cause. « Au début, c'était juste un projet où on devait être huit coureuses, et en parlant de notre projet autour de nous, ça a pris une sacrée ampleur. À partir de mai-juin, ça s'est accéléré, et on s'est mises à chercher des sponsors », raconte Justine de Paoli. Le tracé, lui, s'est dessiné presque naturellement. « On cherchait dans un rayon d'environ 450 kilomètres, il y a pas mal de Rennaises dans le groupe, c'est comme ça que c'est venu ».

Derrière le défi sportif, une conviction plus profonde anime le collectif, celle que le sport joue un rôle décisif dans la construction de soi, particulièrement à l'adolescence. « Ça a toujours été important dans nos vies à nous, le sport, mais on sait que ce n'est pas facile. Il y a assez peu de modèles féminins mis en avant. Nous on veut leur montrer des modèles, leur dire que le sport est facteur d'émancipation, de bien-être, d'indépendance. Ça apporte plein de bonnes choses, on veut aussi leur montrer que les femmes sont capables de faire ce genre de projets, ce n'est pas réservé aux hommes », explique Justine de Paoli.

C'est cette conviction d’agir tôt, au moment où se construisent les habitudes, la confiance en soi et le regard qu'on porte sur ses propres capacités, qui a façonné le projet : proposer des modèles féminins accessibles, lutter contre les stéréotypes, et donner aux jeunes filles les moyens de croire en leur potentiel à travers le sport.

Les huit coureuses réunies pour l'aventure ont des parcours sportifs très différents. Justine pratique l'athlétisme depuis le lycée, Elisa court depuis ses 11 ans, Eva depuis 10 ans. Marie est venue de la gymnastique avant de courir, depuis bientôt une décennie. Clara a elle aussi grandi sur les tapis de gym avant de troquer les agrès pour le bitume. Ombline pratique le triathlon et la course à pied depuis 4 ans. Katell et Myriam complètent l'équipe. Huit trajectoires, une même ligne de départ.

© Elisa Combes

Une préparation pensée pour la répétition

Courir 450 km en relais ne s'improvise pas. Depuis fin août, les huit athlètes suivent un programme spécifique, construit avec leur coach, pour préparer leur corps à un exercice inhabituel, non pas courir vite ou loin, mais courir souvent pendant trois jours.

Le coach nous a fait une préparation sur le mois de fin août-début septembre. Le but, ça a été d'augmenter le volume au kilométrage par semaine, et idéalement il nous faisait faire plusieurs séances par jour pour simuler la répétition.

Justine de Paoli
Justine de PaoliRelayeuse du projet Graines de sportives

Une logique dictée par l'expérience du coach « Selon lui, ça sera ça le plus dur. Courir 5 km, on a l'habitude, mais l'enchaînement rendra la chose un peu plus technique », explique Justine de Paoli, une relayeuse.

Le volume hebdomadaire oscille entre 40 et 60 km selon les coureuses, avec, sur la dernière ligne droite avant le départ, plusieurs sorties dans la même journée pour habituer le corps à repartir sans avoir totalement récupéré.

Quelle organisation logistique ?

Sur le terrain, le relais va suivre une mécanique bien huilée. Chaque coureuse enchaîne des portions de 5 km à tour de rôle, jamais seule : une coéquipière l'accompagne systématiquement à vélo. Non loin, une voiture et un van suivent la progression du groupe, sans y être collé pour autant « on va emprunter beaucoup de voies vertes », précise Justine de Paoli.

La nuit impose un rythme différent. « Pour les nuits, on fera des roulements un peu plus gros, c'est-à-dire qu'on va faire des équipes de 4 personnes, pendant environ 4 heures, et les 4 autres filles pendant ce temps-là iront dormir. On a pris deux Airbnb, et ça nous permet de dormir au moins 4 h par nuit. Ça fait aussi qu'il n'y aura jamais de pause ».

Un relais qui s’arrête pour transmettre

Si le parcours est pensé pour ne jamais s'arrêter, plusieurs haltes sont prévues pour aller à la rencontre des jeunes. Le mardi 29 septembre à 14h, première étape à Saint-M'Hervé, commune bretonne à une cinquantaine de kilomètres de Rennes. Les coureuses y interviennent dans une école primaire, avant de rejoindre un rassemblement organisé à la base nautique de Saint-M’Hervé par le département. Cet évènement rassemblera les collégiennes pour promouvoir le sport féminin et ses bénéfices autour d’une Color Run.

L'objectif de ces interventions est d’incarner des modèles accessibles. « Montrer un peu des ‘Madame tout le monde’ qui se lancent dans le sport, montrer que c'est vraiment possible pour tout le monde »; résume l'équipe. Concrètement, chaque étape combine une portion de course partagée avec les élèves et un temps d'échange. Les coureuses racontent comment se déroule le défi, les bienfaits du sport, son rôle sur la confiance et le bien-être mental, appuyés par quelques chiffres clés. Les élèves, eux, arrivent avec des questions préparées en amont avec leurs professeurs.

Le jeudi 1er octobre, deux nouvelles étapes rythment la dernière ligne droite : une intervention à 13h dans l’école primaire Louis Pasteur à Clichy, suivie d'un passage au collège Denis Diderot d'Aubervilliers, avant l'arrivée du relais à Paris, dans la journée.

Trouver ces établissements partenaires n'a pourtant rien eu d'évident. « On a contacté le plus de gens possibles, mais on a eu assez peu de réponses », car la campagne de démarchage, lancée en mai-juin, a coïncidé avec la période de fermeture progressive des écoles. Beaucoup de portes se sont finalement ouvertes par le bouche-à-oreille et les connaissances du groupe.

Les partenaires du projet

Le projet Graines de sportives est porté par l'association Alice Milliat, dont l'engagement pour le sport féminin a naturellement rencontré la démarche des huit coureuses. « Dans ses valeurs, il y a le sport féminin, ils ont accroché avec notre projet et l'ont trouvé super intéressant. Ils ont la volonté de se diversifier et de se moderniser dans leur communication, ça collait parfaitement avec notre projet », explique l'équipe.

La traversée a également trouvé sa marraine en la personne d'Anaïs Quemener. Pour la sportive, la transmission auprès des enfants revêtait une importance particulière. Elle a tenu à adresser un mot aux huit coureuses avant leur départ, saluant l'importance de pratiquer le sport et de transmettre cette passion aux plus jeunes.

Ce que j’aime dans Graines de Sportives, c’est cette volonté d’agir dès le plus jeune âge. Donner aux filles des modèles auxquels elles peuvent s’identifier, leur montrer que leur place est partout où elles souhaitent être, sur un terrain, une piste, un stade ou ailleurs. Si mon parcours peut inspirer ne serait-ce qu’une seule jeune fille à oser, à persévérer ou à poursuivre un rêve qui lui semble inaccessible aujourd’hui, alors j’aurai déjà accompli quelque chose d’essentiel.

Anaïs Quemener
Anaïs QuemenerMultiple championne de France sur marathon

Le documentaire, pour inscrire le projet dans la durée

Trois jours de course, aussi intenses soient-ils, ne suffisent pas à faire bouger durablement les lignes. C'est pourquoi l'équipe a choisi de filmer l'ensemble de l'aventure pour en tirer un documentaire, pensé comme le prolongement naturel du relais. L'objectif, diffuser ce film dans des écoles, mais aussi lors de festivals dédiés au sport féminin, à l'image des Sportives en lumière, à Lille, en janvier 2027.

Une manière, pour le collectif, de faire vivre le message de Graines de sportives bien au-delà des routes reliant Rennes à Paris et de continuer à toucher de nouvelles  jeunes filles. Une édition suivante ? Rien n'est encore acté. « Pas certaines, mais pas fermées », confie l'équipe, encore concentrée sur les kilomètres à venir.

Comment suivre le projet ?

Le relais des huit coureuses du Pack pourra être suivi en temps réel sur les réseaux sociaux du club, tout au long des trois jours de course entre Rennes et Paris.