Certains ont beau s’éponger le front avec leur t-shirt, ça continue de couler. La sueur coule le long de leurs tempes et se répand dans leur cou. D’autres, engagés dans un effort comparable, n’ont pas à renouveler le geste de s’essuyer constamment. D’où vient cette différence ?
Transpirer est naturel, et pourtant, cela en rebute plus d’un. Sentir la sueur couler le long de son dos n’est pas une sensation agréable. L’idée de savoir que les autres le voient, selon la tenue portée, va même jusqu’à embarrasser certains. Mais rassurez-vous : si vous ne transpirez pas lorsque vous faîtes un effort physique ou lorsque les températures excèdent les normes habituelles, c’est là qu’il y a un problème. « C’est vrai que socialement, on n’aime pas ça, commente le médecin du sport, Mathieu Saubade. Mais d’un point de vue physiologique, c’est très bien de transpirer. Ceux qui ont des maladies ou, en tout cas des extrêmes qui transpirent peu, sont très gênés et surchauffent vite. C’est très invalidant ». En effet, en ne produisant pas beaucoup de sueur, l’organisme n’évacue pas assez sa chaleur, et donc, ne régule pas sa température. Quand on est sportif, ce trouble de la sudation peut engendrer une faible tolérance à l’effort sur le long terme, ou encore, des malaises, des syncopes, des coups de chaleur, voire des infarctus.
Comment le corps régule sa température ?
Le mécanisme de transpiration et d’évaporation de la sueur constitue le principal système de thermorégulation du corps. Il permet à l’organisme d’évacuer une partie de sa chaleur et de maintenir sa température. Les glandes sudoripares, situées sous la peau, responsables de la production de la sueur, sont divisées en deux types : les glandes apocrines et les glandes eccrines. Les premières se trouvent dans des zones spécifiques, riches en poils, comme les aisselles ou le cuir chevelu. Les secondes sont réparties sur presque toute la surface du corps, de la paume des mains à la plante des pieds, en passant par le visage, dont le front.
Les glandes eccrines sont situées dans le derme profond (une couche de la peau), où leur partie sécrétrice forme un tube fin enroulé sur lui-même. La sueur remonte ensuite à la surface de la peau par un canal excréteur. « Ce sont celles qui vont produire la sueur, disons, utile pour la thermorégulation », complète le spécialiste en médecine physique et réadaptation. Cette dernière est composée de 99% d’eau, le reste étant constitué notamment de sels minéraux et d’autres substances. ion. Cette dernière est composée de 99% d’eau et de 1% de sel.
Des inégalités face à la transpiration
On l’observe souvent dans les transports en commun ou lors d’une séance de sport. Les personnes se trouvent dans un environnement similaire ou semblent produire un effort d’une intensité proche, et pourtant, ils sont plus ou moins ruisselants. La quantité de sueur produite dépend de plusieurs facteurs. Certains sont propres à chaque individu, comme les caractéristiques physiologiques, l’état de santé, le niveau de forme, l’âge, le sexe, etc.
D’autres sont liés aux conditions extérieures au corps, notamment au type d’effort et au milieu. « Le débit sudoral, c’est-à-dire la quantité de sueur qu’on va produire par minute ou par heure, est souvent de 1 litre par heure », précise le chercheur, par rapport à un effort physique. Mais il insiste sur le fait que ça varie énormément : « Certains vont avoir des débits sudoraux assez faibles, autour de 0,5 ou 0,8 L par heure, selon le type d’effort, ou d’autres vont aller au-delà de 1,5 L par heure, facilement jusqu’à 3 L, voir 5 L. »
Mais cette estimation reste variable, car l’environnement joue un rôle essentiel dans l’évaporation de la transpiration. « Ce n’est pas tant la production de sueur qui est importante, c’est vraiment la libération des paquets de chaleur par cette petite molécule d’eau qui s’évapore », décrit-il. Si la sueur ne s’évapore pas, elle coule sur la peau en abondance, ce qui peut devenir gênant. « Ça va piquer les yeux, frotter à des endroits, comme sous les aisselles », ajoute-t-il. C’est là que le terme « être en nage » prend tout son sens.
Précisons que dans un milieu très humide, l’évaporation se fait beaucoup moins bien. Le corps se refroidit donc moins facilement, et l’effort peut devenir plus difficile à supporter. Dans ce contexte, un facteur qui rentre en jeu, notamment chez les sportifs, est l’acclimatation. Il s’agit de la capacité du corps à s’adapter progressivement à l’environnement. En général, on compte 7 à 14 jours pour s’acclimater à d’un milieu tempéré à chaud et humide. « Le corps va produire plus de sueur, donc le débit sudoral va augmenter et il va garder plus de sel. » La sueur contient de l’eau et des électrolytes, en particulier du chlorure et du sodium, les deux composants du sel. Plus on perd de sueur, plus les pertes en sels minéraux peuvent être importantes.
La transpiration entraîne une perte d’eau que l’organisme doit compenser, particulièrement lors d’un effort physique ou lorsque les conditions sont chaudes. Pour estimer les pertes de sueur pendant un effort, il est possible de se peser avant et après la séance, en tenant compte des boissons consommées. Cela permet d’adapter l’hydratation en fonction de chacun.
En effet, une hydratation insuffisante peut provoquer des maux de tête, diminuer les capacités de concentration et entraîner des troubles du sommeil. « On essaie de compenser autour de 80 % à peu près de ses pertes. On n’est pas obligé de compenser à 100 % les pertes. Si je perds 1 litre par heure, je n’ai pas besoin de boire 1 litre. Mais il faudrait au moins que je boive entre 600 et 800 millilitres. Ça, c’est un peu la cible. Par contre, après l’effort, on dit qu’il faut boire une fois et demie la perte de transpiration », développe-t-il.
Hyperhidrose : quand la transpiration devient excessive
Parfois, la transpiration est excessive. Elle empêche de vivre au quotidien. Elle inquiète. Dans ce cas, on parle d’hyperhidrose, une production excessive de sueur liée qui dépasse les besoins de l’organisme pour réguler sa température. Dans les formes d’hyperhidrose primaires, elle est liée à une hyperactivité du système nerveux sympathique, qui intervient dans le contrôle de la sudation. Les personnes concernées peuvent transpirer davantage lors d’une petite variation de température, mais aussi en réaction aux émotions.
Ils vont transpirer plus avec une petite variation de température, mais aussi d’émotion. « Tous les jours, on va transpirer plus que la norme. C’est compliqué socialement, parce qu’ils doivent changer de chemises plusieurs fois par nuit et il y a des odeurs. Les bactéries sont beaucoup plus proliférées dans une peau humide. Mais physiologiquement, ce n’est pas trop trop grave. À part si c’est quelqu’un qui a une hyperhidrose et qui fait un sport de longue distance. »
Attention, transpirer ne fait pas nécessairement sentir mauvais. « L’odeur désagréable n’est pas liée à la production de la transpiration, mais au maintien de cette transpiration sur notre peau, parce que cette dernière a un microbiote, composé de plein de petites bactéries, virus. » Dans un milieu humide, les bactéries présentes sur la peau peuvent contribuer à l’apparition d’odeurs différentes selon la flore cutanée de chacun.
En plein effort, transpirer ne doit pas être une gêne « Au contraire, plus vous transpirez, mieux c’est », souligne Mathieu Saubade. Le corps est très bien fait pour fonctionner dans la modération, mais c’est lorsqu’on tombe dans l’excès que les choses peuvent se compliquer. Ainsi, il ne faut pas hésiter à consulter quand on cette question de la transpiration devient envahissante.
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