Autoportrait de l’auteur en coureur de fond : Haruki Murakami et la course à pied
© couverture de livre Haruki Murakami

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond : Haruki Murakami et la course à pied

CP
Par Charles-Emmanuel Pean

Publié le lun. 27 juillet 2026

Mis à jour le mer. 29 juillet 2026

Publié en 2007 au Japon, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond est un ouvrage singulier dans la bibliographie de Haruki Murakami. L’écrivain japonais y partage son expérience personnelle de la course à pied, offrant aux lecteurs une plongée dans son quotidien, ses habitudes et sa vision de l’effort. Une lecture simple et nourrissante.

Connu dans le monde entier pour ses romans mêlant réalisme et surréalisme, Haruki Murakami a écrit un livre bien particulier avec Autoportrait de l’auteur en coureur de fond. Loin de son univers de fiction, l’écrivain japonais évoque dans ce livre sa deuxième passion, voire la première : la course à pied. Et plus les pages défilent, plus on se demande si l’auteur cherche à nous parler de course à pied ou d’écriture. Toujours est-il que ce livre est absolument merveilleux pour quiconque entreprend un effort long et laborieux. Cela peut être créer une entreprise, sortir d’une situation personnelle compliquée, changer d’habitude de vie, ou encore se lancer dans une activité artistique… Au fil des pages, Murakami démontre que courir et écrire relèvent d’une même démarche. Toutes deux exigent de la régularité, de l’endurance et une capacité à poursuivre un objectif sur le long terme. À travers ses souvenirs, ses marathons et ses réflexions personnelles, l’auteur livre un texte profondément simple, qui nous permet de mieux comprendre son parcours, à la fois littéraire et sportif. En amoureux de l’épreuve reine, Haruki Murakami a couru un grand nombre de marathons et même quelques courses ultra. Un vrai phénomène quand on pense à l’énergie qu’il faut consacrer à l’écriture…

Haruki Murakami, un des écrivains japonais les plus lus au monde

Né le 12 janvier 1949 à Kyoto, au Japon, Haruki Murakami grandit dans une famille d’enseignants de littérature japonaise. Très tôt, il développe cependant une fascination pour la culture occidentale, notamment le jazz, la musique classique et la littérature américaine. Avant de devenir écrivain de renom, Murakami a dirigé pendant plusieurs années un club de jazz à Tokyo avec son épouse. Une expérience qu’il raconte au début de ce livre. Son premier livre (1979), Écoute le chant du vent, reçoit en 1979 un excellent accueil et l’incite à poursuivre dans cette voie. La reconnaissance internationale arrive dans le temps avec des romans tels que La Fin des temps, Les Chroniques de l’oiseau à ressort, Kafka sur le rivage ou encore 1Q84. Traduits assez rapidement dans de nombreuses autres langues, ses livres séduisent des millions de lecteurs grâce à leur atmosphère, des personnages qui touchent juste et des questionnements universels. Il est aujourd’hui un des auteurs japonais les plus lus au monde. Mais parallèlement à sa carrière littéraire, l’auteur japonais nourrit une immense passion pour la course à pied et pour le marathon en particulier. Après avoir arrêté de fumer et adopté un mode de vie plus sain, il commence à courir régulièrement au début des années 1980. Il ne pourra bientôt plus se passer de cette pratique sportive qu’il pratique tôt le matin, avant d’écrire. Cette pratique devient rapidement une composante essentielle de son équilibre personnel. Il a participé à de nombreux marathons (New York et Boston entre autres). Autoportrait de l’auteur en coureur de fond permet de rentrer dans le quotidien de l’écrivain, de sentir l’importance des routines pour aider le corps à accomplir les choses qu’on lui demande, à savoir dans son cas courir et écrire. On y rencontre un homme (très) discipliné et convaincu que les grandes réalisations reposent avant tout sur la constance.

Un livre au succès durable

Dès sa publication, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond attire l’attention des admirateurs de Murakami. L’ouvrage connaît un large succès au Japon avant d’être traduit dans de nombreuses langues, permettant à un public international de s’approprier ses réflexions. L’une des raisons de cette réussite réside sans doute dans sa simplicité. Le livre adopte un ton direct et personnel. L’auteur s’adresse au lecteur avec simplicité, partageant ses doutes, ses difficultés et ses expériences sans chercher à se cacher. Cette grande sincérité crée une proximité immédiate avec l’écrivain. Même les personnes qui ne pratiquent pas la course à pied peuvent se reconnaître dans les interrogations de l’écrivain. Remplacer l’écriture par la peinture et l’ouvrage fonctionne encore. L’auteur y évoque aussi avec une grande franchise son rapport au vieillissement, devant qui il ne baisse pas les bras. L’ouvrage est aussi devenu une référence dans les communautés de coureurs. Son témoignage montre que la progression repose moins sur le talent naturel que sur la répétition quotidienne des efforts. C’est là un des grands enseignements de ce livre. Cette vision réaliste contraste avec les discours fondés uniquement sur la performance ou la compétition. Les lecteurs curieux de littérature pourront se régaler des anecdotes vécus par l’homme derrière les romans et découvrent notamment comment la discipline sportive influence directement le processus d’écriture de Murakami. L’auteur compare les deux disciplines et cela fonctionne. Près de vingt ans après sa publication, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond est toujours une référence pour les coureurs et les amoureux de littérature. Temps long et persévérance y sont des valeurs importantes. Un apport qui semble inestimable dans une époque qui aime l’immédiateté et les résultats…

Les enseignements du livre : discipline et endurance

Au-delà du récit autobiographique, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond transmet en douceur de nombreuses leçons de vie. La première concerne la discipline. Pour Murakami, les accomplissements les plus significatifs ne sont pas le fruit d’une quelconque inspiration ponctuelle mais bien d’un travail régulier effectué jour après jour. Cette idée s’applique aussi bien à l’écriture qu’à la course à pied. L’auteur insiste sur l’importance de la répétition. Haruki Murakami effectuait à l’époque (il a aujourd’hui 77 ans et a peut-etre fait évoluer son volume de course) 10 kilomètres par jour, quoi qu’il arrive ou presque. Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il soit en déplacement professionnel… Un dévouement à la pratique qui rend admiratif le lecteur. Selon lui, la véritable force réside dans la capacité à maintenir ses habitudes malgré la fatigue, le manque de motivation ou les contraintes du quotidien. Le livre met également en avant la notion d’endurance mentale. Les longues distances confrontent le coureur à ses propres limites. Il doit apprendre à gérer l’inconfort, les moments de doute et l’envie d’abandonner. Il en parle avec beaucoup d’humour. Murakami considère cette expérience comme une école de patience qui permet de développer une meilleure résistance face aux difficultés de l’existence. L’auteur montre aussi que l’exploration intérieure inhérent à la course à pied constitue une source précieuse d’équilibre personnel. Enfin, l’ouvrage souligne l’importance de définir sa propre réussite. Pour Murakami, l’essentiel n’est pas de battre les autres mais de rester fidèle à ses engagements personnels. Cette approche encourage chacun à mesurer ses progrès selon ses propres critères plutôt qu’en fonction des attentes extérieures.

À travers ces réflexions, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond dépasse largement le cadre du sport ou de la course à pied. Le livre propose une véritable philosophie de l’effort et de la persévérance, applicable à de nombreux domaines de la vie. C’est sans doute cette portée universelle qui explique pourquoi il continue d’inspirer des lecteurs de tous horizons.


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