John Tarrant, le « Ghost Runner »
© capture d'écran documentaire BBC

John Tarrant, le « Ghost Runner »

CP
Par Charles-Emmanuel Pean

Publié le lun. 27 juillet 2026

Mis à jour le lun. 27 juillet 2026

Longtemps privé du droit de concourir dans les épreuves britanniques d’athlétisme, John Tarrant, né en 1932, est resté dans l’histoire sous le surnom de « Ghost Runner ». Derrière ce patronyme se cachait un athlète de très haut niveau qui n’a jamais lâché sa passion malgré le zèle administratif démontré par les autorités sportives de l’époque.

Pendant longtemps au XXème siècle, les fédérations sportives ont désiré protéger le statut de l’amateurisme en interdisant strictement aux amateurs de toucher de l’argent pour leurs performances, ce qui était en soi injuste pour ceux qui pouvaient espérer gagner leur vie en courant… De nombreux athlètes ont connu ses déboires. John Tarrant appartient à cette grande famille mais le natif de Stretford n’a jamais lâché, courant de nombreuses courses clandestinement et finissant tout de même par se réaliser dans le milieu de l’ultra distance. C’est un bref passage par la boxe et quelques menues primes qui ont donné au Ghost Runner ce destin si particulier… Il reste l’un des meilleurs ultra-marathoniens britanniques des années 1960.

Privé de sélection internationale

Quand il demande son affiliation en 1952 à l’AAA (Amateur Athletic Association), la fédération anglaise d’athlétisme, le jeune John Tarrant est loin de pouvoir imaginer le destin qu’il l’attend. A l’époque, il déclare en toute innocence avoir touché la somme dérisoire de 17 sterlings en disputant quelques combats de boxe lorsqu’il était plus jeune. Le sportif, issu des milieux populaires de Manchester, va le regretter. Il est interdit de compétition et de sélection britannique. Une décision qui va durer et le priver d’une plus grande carrière, notamment internationale. Car John Tarrant est un des meilleurs coureurs de sa génération et il va passer son temps à le prouver, gagnant ainsi l’estime du public anglais. Il choisit en effet de continuer à courir malgré cette interdiction et construit une véritable carrière de coureur de fond. Il s’aligne sur les courses sans dossard et réclame toujours justice à l’AAA, arc bouté sur ses règles dépassées. Son abnégation finit aussi par payer en 1958 par la levée de certaines sanctions : il est autorisé à reprendre les compétitions nationales à défaut de pouvoir représenter son pays. Dès 1960, il remporte le marathon de Liverpool en 2h22’35 et démontre qu’il possède le niveau des meilleurs Britanniques. C’est le début de la revanche du Ghost Writer

De fantôme à star de l’ultra

Né le 16 novembre 1932 à Stretford, près de Manchester, John Tarrant grandit dans une famille ouvrière. Doué physiquement, issu d’un pays où le sport est un marqueur social, le jeune Tarrant se tourne vers la course de fond et demande sa licence à l’AAA après avoir disputé quelques combats de boxe rémunérés. Suspendu, il ne lâche rien et cherche par tous les moyens à disputer des courses. Cette recherche insatiable le tourne vers les courses longues distances, où son endurance et son mental vont briller ! Et pour lesquelles il peut prendre un dossard. Au milieu des années 1960, il domine ensuite plusieurs des plus grandes courses britanniques sur route : vainqueur de Liverpool–Blackpool (77 km) en 1965 puis 1967, il établit à cette occasion un nouveau record du parcours. Il s’impose également à Exeter–Plymouth (71 km) en 1965, 1966 et 1967, améliorant là encore le record de l’épreuve, ainsi qu’à l’Isle of Man Road Race (63 km) en 1965, 1966 et 1967, où il signe également une meilleure marque historique. En 1967 et 1968, il remporte la prestigieuse course London to Brighton (87 km), l’une des références de l’ultra-distance britannique. À l’international, il obtient une remarquable 4ᵉ place au Comrades Marathon en Afrique du Sud en 1968, bouclant les quelque 90 kilomètres en 6h18’47, et remporte le Gold Top Marathon (80 km) en 5h43’ en 1970. Ces résultats démontrent que John Tarrant comptait parmi les ultra-marathoniens les plus performants de sa génération.

Un homme dont on veut se rappeler le nom

L’histoire de John Tarrant a quelque chose d’universel. L’histoire de l’homme simple face à la violence des institutions quant ces dernières ont oublié leur première fonction, à savoir protéger les femmes et les hommes. Quand la règle oublie son essence, on arrive à des situations comme celle qu’a vécu l’anglais. D’autres sportifs ont connu des déboires équivalents. En France, le destin de John Tarrant évoque celui de Jules Ladoumègue, coureur français touché également par les règles rigides de l’amateurisme qui dominaient le sport au début du XXᵉ siècle. La différence est que Ladoumègue put poursuivre une carrière dans les meetings professionnels, tandis que Tarrant passa plusieurs années dans un entre-deux, privé des compétitions britanniques les plus prestigieuses mais déterminé à continuer de courir partout où cela lui était permis. Durant les décennies suivantes, ce modèle disparaît progressivement dans la plupart des disciplines sportives, permettant aux athlètes de concourir indépendamment de leur parcours professionnel antérieur. Aujourd’hui encore, le ghost runner demeure une figure singulière de l’histoire sportive britannique. Sa passion et sa volonté hors norme pour s’arracher à son destin tracé ont marqué les foules, qui continuent à se rappeler de lui plus de 50 ans après sa mort en 1975, à seulement 43 ans. John Tarrant était gravement malade de l’estomac. Mais jusqu’au bout, ces amis ont pu témoigner de son courage face au cancer.

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