Au cœur du Pôle Athlétisme Bretagne avec Alexandre Lejeune, psychologue du sport et préparateur mental

Au cœur du Pôle Athlétisme Bretagne de Cesson-Sévigné avec Alexandre Lejeune, psychologue du sport et préparateur mental

CommunautéPratiques
02/04/2026 15:30

Au Pôle Espoir Athlétisme Bretagne à Cesson-Sévigné, l’accompagnement psychologique des jeunes athlètes est une priorité. Comment ce suivi aide-t-il ces sportifs d’exception à mieux gérer leur quotidien et leur expérience du haut niveau ?

Alexandre Lejeune, psychologue du sport et préparateur mental, y intervient deux fois par semaine mêlant suivi psychologique et préparation mentale.


En 2004, le Ministère de la Jeunesse et des Sports impose un bilan SMR (surveillance médicale réglementaire) pour tous les sportifs listés, à réaliser deux mois après leur entrée en structure. Dans les faits, cette obligation est parfois survolée. Par manque de temps ou d’intérêt pour l’accompagnement psychologique, certains privilégient un simple questionnaire de surentraînement, remis par le médecin, plutôt qu’un rendez-vous pouvant durer jusqu’à une heure et demie avec un psychologue.

| L’ancien directeur du pôle engagé pour la santé mentale

Sur les 23 pôles existants en France, le Pôle Espoir Athlétisme Bretagne à Cesson-Sévigné se démarque quelque peu. Ce bilan SMR est établi chaque année avec tous les nouveaux arrivants. « Cela me permet d’avoir une sorte de ‘carte d’identité’ de l’athlète », commence Alexandre Lejeune, contacté en 2012 par Jonathan Baleston-Robineau, directeur du pôle de 2013 à 2023, déjà sensibilisé à ces enjeux.

À l’époque, intégrer un accompagnement psychologique structuré relevait presque du pari. Le directeur se démenait pour offrir à ses athlètes un soutien dans une période charnière, celle de la construction identitaire, tout en leur apportant des outils de préparation mentale. « Ils partent de chez eux et arrivent en internant, il y a quand même un gros bouleversement des repères », insiste le psychologue au sujet de ces lycéens. Là résidait la nouveauté : dégager des fonds pour cette dimension, il y a plus de dix ans, relevait sans doute d’une sacrée bataille, ou du moins, d’un engagement fort de la part du directeur en place.

Cette première séance vise à évaluer l’équilibre du système autour de l’athlète pour « savoir comment il se sent dans ses baskets, en-dehors de ses pointes ». Parfois, il faut creuser du côté personnel pour que la performance suive. Mais le plus souvent, ce bilan permet d’identifier les forces et les fragilités, en balayant l’ensemble des piliers du sportif. Les deux visions, l’une de psychologue, l’autre de préparateur mental, se complètent. Mais leurs objectifs peuvent parfois entrer en conflit à cause du timing imposé par le compétition.

| Le quotidien des jeunes athlètes

Aujourd’hui, Alexandre Lejeune partage son temps entre le centre de Clairefontaine, où il accompagne les jeunes footballeurs, et Cesson-Sévigné, où se trouvent le lycée et l’internat des athlètes, qu’il visite deux fois par semaine. Son rôle est essentiel pour s’assurer du bien-être des jeunes sportifs, même si tous ne le sollicitent pas de la même manière.

Certains profitent de sa présence pour aborder des sujets plus personnels. D’autres, la majorité, viennent chercher des clés pour performer. « Neuf fois sur dix, ils m’écrivent quand ils contre-performent, pour me dire : ‘je n’y arrive plus, je veux mieux gérer mon stress en compétition‘, observe celui qui bascule alors vers sa casquette de préparateur mental, sans jamais quitter celle de psychologue. Mais je suis agréablement surpris par la génération de cette année, où il y a pas mal de demandes autour du rapport au corps, de l’estime de soi ou de la vie sentimentale… »

Malgré le topo de début d’année, où il incite les nouvelles recrues à venir le voir avant le moment fatidique, les sollicitions de dernière minute persistent. « Je les préviens : attention à ne pas voir la préparation mentale comme un bonbon, une sorte de formule magique », précise-t-il. Et pourtant, une semaine avant les championnats de France, il reçoit encore des demandes de lycéens qu’il n’a pas encore rencontrés. En général, ces jeunes attendent que la difficulté se présente pour appeler à l’aide. Parfois, ils se tournent vers le psychologue très tard, presque trop tard. Le problème, c’est ce réflexe chez les sportifs, peut-être plus marqué que dans la population moyenne, de se dire « je dois être fort, je m’en sors seul ». Une erreur monumentale, la plupart ne mesurant pas le coût énergétique de garder tout pour eux.

Le besoin est surtout exprimé par les athlètes, mais il arrive aussi que des entraîneurs, au contact des jeunes tous les jours, requièrent un rendez-vous avec le psychologue, qui va parfois organiser un entretien à trois. Les signaux d’alerte sont nombreux : sensation de fatigue, manque d’énergie et de tonicité, contre-performances, isolement, ou témoignages d’autres athlètes servant de lanceurs d’alerte. « Telle copine ne passe pas le pas, mais peut-être qu’il faudrait lui renvoyer un message, parce qu’elle ne le fera pas d’elle-même alors que j’ai vu qu’elle ne mange plus rien à la cantine », illustre le professionnel de la santé. Les troubles alimentaires reviennent régulièrement dans le demi-fond, et tout cela peut alerter l’équipe du pôle. Les parents ne retrouvant leurs enfants que les week-ends, Lejeune peut être amené à s’entretenir avec eux à distance pour les informer de certaines situations, mais toujours avec l’accord du jeune.

| Pourquoi cet accompagnement est indispensable ?

Actuellement, la préparation mental a bon dos. Chacun y trouve un moyen de booster sa performance. Les jeunes athlètes de ce pôle bénéficient d’un accompagnement sur-mesure, auquel n’ont pas accès ceux qui restent dans leur club sans devenir internes. L’espace de parole qu’offre Alexandre Lejeune est adapté à chaque problématique. Lui et le jeune qu’il reçoit ne vont pas soulever n’importe quelle thématique en fonction des échéances sportives. Et souvent, à la fin de la séance, il laisse le choix de la prochaine date à l’athlète, en accord avec lui.

Certains ne ressentent pas le besoin de s’entourer psychologiquement, surtout les premiers mois de leur arrivée. « Ils arrivent dans une posture où ils pensent avoir confiance en eux, ce qui n’est pas forcément le cas, mais ce qui fait qu’ils ne sont pas forcément demandeurs. Certains continuent jusqu’à ce prendre un mur », développe-t-il. À part quand les échecs s’enchaînent ou que les blessures les empêchent se s’entraîner (et qu’ils font le lien avec leur état psychique), ils ne voient pas l’intérêt de consulter. « Une blessure peut être l’occasion de travailler des choses qu’ils n’ont pas le temps de voir au quotidien quand ils sont en pleine recherche de performance. C’est un moment privilégié, mais c’est très rare que je sois sollicité dans ces cas-là. »

Pour d’autres, comme Agathe Guillemot, meilleure Française actuelle sur 1500 m, l’accompagnement mental ne change pas forcément la donne. « Elle avait déjà des ressources très importantes en arrivant au pôle », explique Alexandre Lejeune. Ceux qui perçoivent l’apport bénéfique de ces séances souhaitent parfois le prolonger à leur départ. « Ça peut être dans la continuité. Ou alors, je n’ai plus de nouvelles pendant 2-3 ans, raconte le spécialiste. Puis, ils reviennent ». Cette année, un ancien « patient » a repris le suivi, estimant ne jamais avoir retrouvé ce qu’ils avaient construit ensemble.

La flamme d’Alexandre Lejeune pour son métier n’a jamais faibli. Après 15 ans de pratique, son enthousiasme reste intact. Grâce à ces choix de vie (il a notamment refusé un poste à temps plein au PSG en 2024), il a pu vivre des expériences extraordinaires aux côtés de certains athlètes, et en particulier trois prodiges bretons qu’il a épaulé pendant les JO de Paris.


Sabine LOEB
Journaliste

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