10 km de Castellon : Record d’Europe pour Yann Schrub et Megan Keith
Il y a des matins où tout s’aligne. Le ciel, les jambes, la densité… et même le scénario de course. À Castellon (Espagne), ce dimanche, le 10 km FACSA a confirmé son statut comme l’un des 10 km les plus rapides du monde. L’Ougandais Harbert Kibet a dominé les débats en 26’39 et s’offre le cinquième chrono de l’histoire sur la distance. Juste derrière lui, le Français Yann Schrub a créé la surprise en coiffant le Suédois Andreas Almgren dans la dernière ligne droite pour s’offrir un nouveau record d’Europe en 26’43. Chez les femmes, la course a été tout aussi spectaculaire avec le triomphe de Caroline Gitonga en 29’34, synonyme de neuvième meilleure performance de l’histoire. La Britannique Megan Keith termine quatrième en 30’07 et signe un nouveau record d’Europe pour une seconde.
| Harbert Kibet impressionne pour sa première sur 10 km
Dès le coup de pistolet, on a compris que ça allait aller très, très vite. Mike Foppen, pacer attitré, a fait un travail remarquable pour amener les leaders au km 5 en 13’23. Derrière lui, un groupe compact de 7 coureurs étaient donc embarqués sur des bases supersoniques. 2’41/km sans trembler. Une allure propre, régulière, presque trop facile à voir de l’extérieur.
Dans les rues larges et roulantes de Castellon, le groupe commence à s’éclater. Peu de virages, du rythme, et cette sensation que personne ne veut vraiment prendre le vent. Andreas Almgren, recordman d’Europe, est là, bien placé. Mais autour de lui, ça ne bronche pas. Yann Schrub est aux avant-postes, attitude relâchée et regard fixé loin devant. Mais quand le lièvre met le clignotant au 5e km, les choses sérieuses commencent. Les relais s’organisent. Almgren demande du soutien. Logique. À ces allures-là, courir seul, c’est s’exposer. Et il a bien retenu la leçon de son précédent 10 km à Valence, où il avait établi un nouveau record d’Europe malgré une course en solitaire. Dans le groupe du jour, personne ne semble lâcher. Et surtout pas Schrub, qui prend même ses responsabilités. Foulée ample, cadence maîtrisée. Il semble être dans une grande forme.
À 3 km de l’arrivée, le groupe explose. Ils ne sont plus que trois. Schrub, Almgren, et un jeune visage encore peu connu du grand public : Harbert Kibet. Ce dernier accélère. Personne ne répond immédiatement. Le trou est fait en quelques secondes. Devant, l’Ougandais ne se retourne pas. Derrière, Schrub et Almgren s’accrochent, mais la victoire s’envole. Dans les rues du centre-ville, portés par les tambours et les encouragements de la foule, Kibet file vers la ligne. 26’39. Pour une première sur la distance, à seulement 20 ans, c’est une performance stratosphérique. Cinquième performeur de l’histoire, une petite seconde derrière son comaptriote Joshua Cheptegei, double champion olympique.
Classement Hommes
1. Harbert KIBET (Ouganda) 26’39
2. Yann SCHRUB (France) 26’43
3. Andreas ALMGREN (Suède) 26’45
4. Silas SENCHURA (Kenya) 26’58
5. Biniyam MELAK (Ethiopie) 27’10
6. Bereket NEGA (Ethiopie) 27’39
7. Tim VERBAANDERT (Pays-Bas) 27:39
8. Dennis MUTUKU (Kenya) 27’40
9. Shimelis NIGUSE (Ethiopie) 27’43
10. Elisha KIPROP (Kenya) 27’46

| Un duel Almgren – Schrub pour le record d’Europe
Derrière l’Ougandais, il y a un gros duel. Schrub contre Almgren, pour le record d’Europe. Dans la dernière ligne droite, les deux hommes sont à bloc et c’est finalement le Français qui trouve encore de la réserve et qui se détache d’Almgren. 26’43. Nouveau record d’Europe.
Almgren, 26’45, égale sa propre marque… mais doit céder. C’est cruel. Et magnifique à la fois. Après la course, il a regretté ne pas avoir eu des supers sensations dans les jambes tout en félicitant son ami et adversaire du jour Yann Schrub. Du côté du français, il y a de la surprise mais aussi beaucoup de joie et de fierté. Pour ceux qui le suivent depuis de nombreuses années, ce chrono n’a rien d’illogique et vient récompenser une carrière et une régularité exceptionnelles. Retenons également la belle performance de Félix Bour (15e en 28’06), Pierre Boudy (18e en 28’11) et Alexis Miellet (20e en 28’14).
| Yann Schrub au sommet de l’Europe
Il était attendu pour un gros chrono. Il avait affirmé vouloir devenir le premier Français à passer sous les 27 minutes. Mais l’occasion était trop belle. Avec une telle densité à ses côtés, Yann Schrub a fait le pari fou prendre les reines d’une course de très haut niveau. Il l’a affirmé lui-même, depuis le sacre de son ami Jimmy Gressier sur 10 000 m, le complexe d’infériorité des Français a disparu. Sa performance vient confirmer les grandes ambitions des tricolores sur la scène internationale, ils peuvent désormais rivaliser avec les plus grands.
Dimanche, Yann Schrub n’a pas simplement battu le record d’Europe. Le Messin de 28 ans a couru comme un patron. Présent dès le départ, actif dans les relais, jamais en surrégime. Une lecture de course parfaite. Ce qui frappe, au-delà du chrono (26’43), c’est la manière. L’athlète coaché par Dominique Kraemer n’a pas subi la cadence de Kibet et d’Almgren. Et dans les ultimes mètres, le premier Français champion d’Europe de cross (Bruxelles en 2024) est parvenu à finir très fort pour battre l’un des meilleurs coureurs du monde sur la scène internationale. 26’43, c’est aussi une autre dimension : Sixième performeur de tous les temps… Après son 7’29″38 sur 3000 m en salle (record national), Yann Schrub confirme qu’il est en dans la forme de sa vie et qu’il est train de changer de statut.

| Caroline Makandi en patronne, Megan Keith s’offre le record d’Europe en 30’07
La course féminine a offert un tout autre scénario, mais la même intensité. Dès les premiers kilomètres, Nelvin Jepkemboi impose le tempo. Une allure solide, emmenée au cœur d’un peloton dense mêlant sub-élites masculins et élites féminines. 14’32 au 5 km. Ça va très vite. Dans sa foulée, Caroline Makandi reste en embuscade. Elle observe et reste en contrôle.
À mesure que les kilomètres défilent, les groupes éclatent. Moins de repères. Plus de collectif. Chacune se retrouve face à elle-même. Jepkemboi tente une accélération mais ne parvient pas à maintenir le rythme. Et à 3 km de l’arrivée, c’est Makandi qui place cette fois une accélération suffisamment tranchante pour faire la différence. Jepkemboi tente de répondre, mais l’écart se creuse. Makandi maintient son rythme et finit par franchir la ligne d’arrivée en 29’34. Record personnel. Neuvième performance mondiale de l’histoire. Une démonstration de maîtrise.
Derrière, la Britannique Megan Keith a pris la quatrième place … et entre dans l’histoire. 30’07. Record d’Europe. Une seconde de mieux que sa compatriote en Eilish McColgan, qui termine en 30’35. Pas dans son meilleur jour. La Belge Jana Van Lent, victime d’une terrible chute au départ, a néanmoins achevé son effort et a terminé en 30’50.
Classement Femmes
1. Caroline MAKANDI GITONGA (Kenya) 29’34
2. Nelvin JEPKEMBOI (Kenya) 29’45
3. Chaltu DIDA (Ethiopie) 29’50
4. Megan KEITH (Grande-Bretagne) 30’07
5. Purity KAJUJU GITONGA (Kenya) 30’26
6. Eilish MCCOLGAN (Grande-Bretagne) 30’36
7. Diana CHEPTEEK CHEROBEN (Kenya) 30’45
8.Jana VAN LENT (Belge) 30’50
9. Francine NIYOMUKUNZI (Burundi) 31’04
10. Bikile AMBESU (Ethiopie) 31’24

| Une chute au départ qui relance le débat sur la sécurité des coureurs
Dimanche, tout n’a pas été parfait. Le départ a été marqué par une chute collective impressionnante à l’avant du peloton. Plusieurs dizaines de coureurs au sol. Des images terribles. Parmi eux, la Belge Jana Van Lent, ancienne détentrice du record d’Europe (30’10 à la Prom’Classic de Nice en 2026). Plus de peur que de mal, heureusement. Mais avec l’explosion du nombre de participations dans les courses de running, ces images sont de plus en plus fréquentes. Sur ces formats ultra rapides, où chaque seconde compte, les départs sont devenus des zones à risque où la tension est maximale. Des sas saturés de coureurs et surtout des niveaux mélangés, avec des élites féminines plongées au milieu de centaines d’athlètes masculins plus rapides ou plus lents au départ.
Le problème n’est plus isolé. Le constat est là. Quand on court à 3’00/km dès les premiers mètres, la moindre hésitation, le moindre contact peut tout faire basculer. Et la performance ne doit pas se faire au détriment de la sécurité. La question de la sécurité se pose sur ces courses de masse où les athlètes élites et les femmes sont particulièrement exposées au danger de chute en début de course.
Cette édition 2026 a définitivement marqué les esprits. Une course folle. Des records. Des révélations. Et un Français au sommet de l’Europe. Castellon a confirmé ce que beaucoup pressentaient : l’Espagne est devenue une terre de records. Après Valence, Séville, Barcelone, le 10 km de Castellon s’installe comme un rendez-vous majeur du calendrier. Deux records d’Europe et quatre performances dans le top 10 all-time le même jour. Yann Schrub et compagnie l’ont bien compris : pour courir vite aujourd’hui, il faut désormais miser vers la péninsule ibérique.
✔ Les résultats du 10 km de Castellon 2026

Clément LABORIEUX
Journaliste