Isaac Kimeli signe chez HOKA : « Cette médaille d’argent aux Championnats du monde à Tokyo, je ne l’oublierai jamais »
Début d’année rime avec transferts d’athlètes pour les marques. Il y a quelques semaines, HOKA, la firme américaine fondée en France, a frappé fort avec le recrutement d’Isaac Kimeli, vice-champion du monde du 5000 m 2025. Marathons.com a échangé avec lui sur son transfert, son palmarès et sur ses ambitions futures, dans les locaux parisiens de son sponsor.
Isaac Kimeli. Ce nom ne vous évoque peut-être pas grand-chose si vous n’êtes pas un féru d’athlétisme. Pourtant, c’est celui d’un grand champion. En septembre 2025, à Tokyo, le Belge a été sacré vice-champion du monde du 5000 m derrière l’Américain Cole Hocker et devant le Français Jimmy Gressier.
Cette première médaille mondiale étoffe un palmarès déjà très admirable. Médaillé d’argent sur 3000 m à l’occasion des Championnats d’Europe en salle en 2021 à Torun (Pologne), le demi-fondeur né au Kenya et arrivé en Belgique à 15 ans excelle sur piste et cross-country. Le natif d’Uasin Gishu a pris part à deux Jeux olympiques, Tokyo et Paris, en plus d’avoir récemment remporté la Diamond League de Lausanne sur 5000 m (13’07″67, 20 août 2025).
| Repéré par un professeur d’EPS
Lors d’une rencontre avec le public parisien dans la boutique HOKA à Paris, le spécialiste du 5000 m et du 10 000 m a expliqué avoir débuté l’athlétisme en club grâce à un professeur d’EPS qui avait décelé son potentiel. Isaac Kimeli avait alors 16 ans. Il est revenu dans un sourire sur l’une de ses premières courses dans son adolescence. « Comme je ne comprenais pas encore bien la langue, je n’avais pas réalisé que la course faisait quatre tours. J’en ai fait bouclé un, à fond, puis on m’a dit que ce n’était pas terminé. Je suis allé au bout, et ce jour-là, j’ai fini très loin », rigole l’athlète.
Très vite, le jeune coureur a confirmé son potentiel avec plusieurs titres de champion de Belgique mais aussi des podiums européens sur cross-country. En 2013, il est devenu vice-champion d’Europe junior de la discipline, avant de décrocher sa première médaille d’or chez les espoirs en 2016. Des labours à la piste, le jeune talent a ensuite enchaîné de nombreux podiums européens, sur le circuit de la Diamond League, mais aussi des places d’honneur lors des Jeux olympiques et Championnats du monde.
| Une médaille d’argent mondiale
C’est en 2025 que le Belge s’est révélé sur la scène internationale en décrochant l’argent mondial sur 5000 m. Isaac Kimeli s’est aussi offert le record de Belgique du 10 km route en 27’10 à Valence, puis celui du 5 km en 13’15 à Monaco. Sans oublier sa troisième place lors des Championnats d’Europe de course sur route en Belgique, avec un chrono en 27’58. Début 2026, celui qui était sous le pavillon Puma a récemment signé avec HOKA. Marathons.com a eu l’occasion de lui poser des questions sur ce changement de partenaire, sur 2025 et sur ses objectifs pour les prochaines saisons.

| Isaac, vous venez de signer avec HOKA pour trois ans, qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur cette nouvelle aventure ?
Isaac Kimeli : Je suis très heureux de signer avec HOKA. C’est une marque à taille humaine qui m’a très bien accueilli et qui est aussi très populaire en Belgique. Je trouve que le textile est de qualité et que les chaussures sont très performantes, surtout les pointes. C’est un point qui est très important pour moi, notamment pour les compétitions sur piste. J’ai hâte de tester davantage de produits et de les utiliser lors de mes courses.
| Quels sont vos modèles préférés ?
Je n’en ai pas encore testé parce que j’ai signé il y a seulement deux semaines. C’est très récent. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai testé un prototype carbone qui n’a pas encore été commercialisé. J’ai couru à Valence avec et j’ai beaucoup apprécié.
| Est-ce que vous utilisez les chaussures à plaque carbone uniquement en compétition, ou également à l’entraînement ?
Les deux. J’utilise les chaussures carbone en compétition, mais aussi à l’entraînement. Quand je vais en stage en altitude au Kenya, je varie les modèles pour optimiser la récupération et certains entraînements spécifiques.
| Quels seront vos objectifs cette année ?
En 2026, je vise la Diamond League de Paris (28 juin), puis de Monaco (10 juillet) et de Bruxelles (4 et 5 septembre) avant de me concentrer sur les Championnats d’Europe à Birmingham (10 au 16 août). L’objectif sera d’obtenir une médaille. Ce début d’année a été un peu difficile. Je pensais pouvoir courir autour de 27’00 au 10 km de Valence, mais une blessure au tendon après les Championnats du monde m’a freiné. Je n’ai pas pu m’entraîner autant que je le souhaitais, même si j’ai validé un bloc d’entraînement de quatre semaines. Avec un chrono de 27’29, c’est correct, mais ce n’est pas mon niveau. Sans blessure, je pense pouvoir battre mon propre record de Belgique et descendre sous les 27 minutes.
Cet hiver, je vais courir le Semi de Paris le 8 mars. Je ne ferai pas de saison indoor ou de cross-country, pour être concentré sur cette échéance. Je ne me suis jamais aligné sur cette distance, ce sera mes débuts sur cette épreuve, et en plus, HOKA est partenaire de la course. Pour mon premier, je compte casser la barrière de l’heure, si possible atteindre les 59 minutes. J’aimerais me qualifier pour les Championnats du monde de semi-marathon à Copenhague en septembre, ce que je déciderai en fonction de ma saison estivale sur piste. Cet été, je vais certainement m’aligner sur 1500 m, 5000 m, et probablement sur 10 000 m.
| Et pour les prochaines années ? Est-ce que vous pensez à vous aligner sur marathon ?
J’ai déjà en tête mon programme pour les prochaines années. En 2026, je réaliserai une saison sur piste qui se terminera en septembre. Puis, en 2027, je vais passer sur semi-marathon et marathon. Ce sera un nouveau défi dans ma carrière. Je vais voir comment cela se passe lors du Semi de Paris. Ensuite, en 2027, je vais enchaîner avec deux ou trois semi-marathon avant de m’aligner sur marathon, peut-être à Amsterdam ou à Valence. Valence est très rapide, donc pourquoi pas. Mais pour le moment, je reste pleinement concentré sur la piste avant de basculer sur route.
| Revenons sur votre année 2025, probablement la plus belle de votre carrière jusqu’à présent. Vous avez remporté la médaille d’argent sur 5000 m aux Mondiaux de Tokyo. Quels souvenirs gardez-vous de cette saison si particulière, qu’est-ce que représente cette médaille mondiale ?
2025 a été une année incroyable. Cette médaille d’argent aux Championnats du monde à Tokyo, je ne l’oublierai jamais. J’ai beaucoup travaillé pour la gagner. Je pense aussi à ma victoire lors de la Diamond League de Lausanne. J’espère courir aussi vite en 2026, et même plus vite. Après un titre de vice-champion d’Europe sur 3000 m, une médaille mondiale sur 5000 m représente encore un niveau supérieur, face aux Kenyans, Éthiopiens et Américains. Avant Tokyo, on ne me connaissait pas vraiment, aujourd’hui c’est différent, avec plus de pression. À moi de continuer à progresser pour viser l’or.
| Est-ce que vous avez déjà les yeux rivés vers les Jeux olympiques de Los Angeles 2028 ?
Oui, j’y pense déjà. En 2028, je serai très probablement aligné sur le marathon. J’espère livrer une belle prestation et ramener une médaille. Je serai fixé en 2027 après ma première expérience sur la distance, pour savoir si j’ai mes chances.
| Lors des Championnats du monde de Tokyo 2025, vous avez fait le choix de vous concentrer uniquement sur le 5000 m, et pas sur le 10 000 m comme lors des précédents Jeux olympiques de Paris 2024 ou de Tokyo 2021. Ce choix a payé visiblement en 2025, avec une médaille à la clé.
En 2021 à Tokyo, j’ai doublé 5000 m et 10 000 m, mais c’était difficile d’enchaîner parce qu’il n’y a pas beaucoup de temps entre les deux, seulement quelques jours pour récupérer. Après, il faut enchaîner sur les séries du 5000 m. Donc j’ai préféré me concentrer uniquement sur le 5000 m en 2025, et ce choix a payé. La saison 2025 m’a appris à me concentrer sur une seule distance. Le 5000 m est mon épreuve de prédilection, c’était la meilleure décision à prendre.
| Quels sont vos rêves en athlétisme ?
Mon rêve ultime, c’est de remporter d’autres médailles, et pourquoi pas le titre de champion olympique. Tout le monde y pense. C’est très dur d’y parvenir. Il y a aussi un record de Belgique qui m’attire, celui du 5000 m outdoor. C’est une marque qui tient depuis 2000, établie par Mohammed Mourhit en 12’49″71. Mon objectif sera de le battre, j’y pense beaucoup, comme le record belge du 10 000 m qui date de 1999 (26’52″30, Mohammed Mourhit).
À 30 ans, Isaac Kimeli enchaîne les victoires et les succès. Le vice-champion du monde du 5000 m s’est imposé sur la scène de l’athlétisme mondial en 2025. En 2026, le Belge, en contrat avec HOKA, est à l’aube d’un nouveau chapitre de sa carrière, entre piste et ambitions pour les courses sur route.
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Emma BERT
Journaliste