La 24e édition du Marathon de Rio a tenu toutes ses promesses ce dimanche 7 juin, sur les bords de l'Atlantique. Les Ethiopiens Tsegaye Getachew (2h10'22) et Gadise Mulu Demissie (2h25'47) ont inscrit leur nom au palmarès d'une des plus belles courses d'Amérique latine. © Maratona do Rio

Marathon de Rio 2026 : l’Éthiopie de Tsegaye Getachew et Gadise Mulu Demissie s’offre la “Cidade Maravilhosa”

Marathon
07/06/2026 20:56

La 24e édition du Marathon de Rio a tenu toutes ses promesses ce dimanche 7 juin, sur les bords de l’Atlantique. Les Ethiopiens Tsegaye Getachew (2h10’22) et Gadise Mulu Demissie (2h25’47) ont inscrit leur nom au palmarès d’une des plus belles courses d’Amérique latine.


Parce qu’une photo d’Ipanema au lever du soleil avec un dossard dans les mains, ça n’a pas de prix. Le Marathon de Rio, a depuis longtemps cessé d’être un événement uniquement pour athlètes, c’est du divertissement de masse, avec les logos d’Itaú, Adidas et Michelob Ultra en bandoulière. Pour sa vingt-quatrième édition, organisée dans la deuxième ville du Brésil du 4 au 7 juin sur fond de week-end prolongé, l’événement running do Brazil de l’année a frappé fort dès les chiffres d’inscriptions : 70 000 dossards attribués, record absolu dans l’histoire de l’épreuve, dépassant les 60 000 de 2025.

Sur les quatre jours et les quatre distances, 5 km le jeudi, semi le samedi, 10 km et marathon le dimanche, la ville entière s’est mise en mouvement. Instagram s’est transformé en galerie photo au lever du jour, Copacabana et Ipanema en décor naturel, et TikTok a été envahi par les images de la dernière ligne droite de l’Aterro do Flamengo, confettis et drapeaux compris, avec cette énergie de finale de Coupe du Monde que Rio sait produire comme nulle autre ville au monde. Le cru 2026 marque aussi la conquête du label Elite World Athletics, ce qui place la course carioca aux côtés de Tokyo, Boston, Chicago, Berlin et Londres sur l’échelle de la qualité technique et compétitive, un sceau qui change le niveau du plateau et confirme des décennies de progression.

| Nuit noire et 12 degrés

Le retour au parcours original a fait l’unanimité auprès des Auriverde. Après quelques saisons avec un tracé remanié, l’édition 2026 voyait revenir le tracé classique : départ à la Praia da Reserva, arrivée à l’Aterro do Flamengo, en passant par São Conrado, Leblon, Ipanema, Copacabana et Botafogo, le tout avec l’Atlantique comme fond d’écran permanent. Sous les yeux du Corcovado, le départ a été donné alors qu’il faisait encore nuit.

Dans les premières heures, les conditions météo étaient inhabituellement fraîches : 12,2 degrés Celsius relevés précisément à Alto da Boa Vista, la deuxième température la plus basse de l’année dans la ville selon le système d’alerte municipal. Un avantage pour les jambes, une beauté pour les yeux parce qu’à mi-course, le soleil s’est levé sur Ipanema, offrant ce genre de tableau que même les meilleurs photographes de course auraient du mal à restituer. Pour les retardataires du peloton, la chaleur s’est installée dans le dernier tiers du parcours, rappelant que Rio reste Rio.

| Tsegaye Getachew à deux secondes de l’histoire

Du côté masculin, Tsegaye Getachew a maîtrisé la course de bout en bout pour s’imposer en 2h10’22. L’Éthiopien est l’un des spécialistes des 42,195 km les plus réguliers de la planète : médaillé de bronze au Marathon de Tokyo en 2023, double vainqueur à Amsterdam (2022 et 2024), il est classé dans le top 10 mondial de la discipline. À Rio, il a livré un final serré avec ses compatriotes : Antenyaehu Dagnachew Yisma termine deuxième en 2h10’24, à seulement deux petites secondes, et l’Américain d’origine éthiopienne Daniel Mesfun Teklebrhan complète le podium en 2h10’45, devant le Marocain Mustapha Houdadi (2h10’51).

La frustration du record est là, à portée de main : le meilleur temps jamais réalisé dans un marathon sur sol brésilien venait d’être établi la semaine précédente à Porto Alegre par le Kényan Daniel Hiprono Sang en 2h10’21, soit une seconde de mieux que le chrono de Getachew ce dimanche. Le record du Brésil s’éloigne donc d’un claquement de doigts. Pour mémoire, l’absolue référence nationale appartient à Eliud Kipchoge, qui avait couru 2h08’44 lors du marathon olympique de Rio 2016, une course qui continue de hanter le chrono brésilien dix ans après. Le meilleur Brésilien du jour, Melquisedeque Messias Ribeiro, a terminé dixième en 2h16’48, six minutes et demie derrière Getachew. L’écart avec les meilleurs du monde reste significatif, mais le niveau de la course nationale progresse.

| Gadise Mulu Demissie pulvérise le record brésilien

Le marathon féminin a été une masterclass éthiopienne. Gadise Mulu Demissie, détentrice d’un record personnel de 2h20’59 établi à Amsterdam en 2024, a remporté la course en 2h25’47, un nouveau record de la distance sur sol brésilien. Le rendement de la vainqueur a été si impressionnant qu’elle a fini à seulement trois secondes du vainqueur masculin. Après avoir franchi la ligne d’arrivée, Gadise Mulu Demissie a eu un malaise et a dû recevoir des soins médicaux, suscitant une vive inquiétude parmi le public présent à la Marina da Glória. Elle a été rapidement prise en charge par l’équipe médicale de l’événement.

Derrière elle, et sans surprises, cinq autres Éthiopiennes ont bouclé la course sous l’ancien record national brésilien : Tirfi Tsegaye Beyene (2h26’03), Azmera Abrha Gdey (2h26’20), Affera Godfay Berha (2h26’37), Zinash Debebe (2h26’55) et Ayinadis Teshome Birle (2h27’43). La Kényane Catherine Cherotich, septième en 2h28’56, a également terminé sous la barre historique. Sept athlètes sous le record du Brésil lors d’une seule et même course, voilà une statistique qui dit tout de la densité du plateau féminin.

L’ancienne référence nationale appartenait à l’Éthiopienne Tiringo Mulu, avec 2h29’48 courus encore l’an dernier à Porto Alegre où les chronos fusent encore et encore. Quant au record absolu sur sol brésilien pour une femme, il reste la propriété de la Kényane Jemima Sumgong, médaillée d’or olympique à Rio 2016 en 2h24’04, une marque qui, lui, tient toujours. La meilleure Brésilienne du jour, Amanda Aparecida de Oliveira, a terminé onzième en 2h38’58.

| Le semi, le 10 km, le 5 km : les Brésiliens reprennent la main

Si l’Élite internationale a monopolisé le marathon, les autres formats ont permis au running brésilien de s’exprimer. Sur le semi masculin, le local Fabio Jesus Correia s’est imposé en 1h01’53, devant le Kényan Felix Mursoi Kurui (1h02’05) et l’Ougandais Paul Simotwo Korir (1h02’08). Côté féminin, la Kényane Margret Gati Chacha a dominé les débats en 1h11’11, suivie de l’Éthiopienne Alemaz Samuel (1h13’24) et de la Tanzanienne Vaileth Adam Kidasi (1h15’24). La première Brésilienne, Maria Lucineida da Silva Moreira, a pris la quatrième place en 1h15’45.

Lors du 10km, le Brésil a tout raflé ou presque : Wendell Jeronimo de Souza a gagné en 29’17, devant Daniel Santana de Souza (29’31) et Jose Geraldo Ferreira Junior (29’37). Chez les femmes, la Colombienne Laura Manuela Espinosa Morales a ouvert en grand, flashée en 34’30, devançant les Brésiliennes Jenifer do Nascimento Silva (35’05) et Glauciele de Oliveira de Souza (35’15). Plus courte épreuve du week-end, le 5 km, lui, a vu Fabio Jesus Correia s’illustrer une deuxième fois dans la même journée, terminant premier en 14’12. Chez les femmes, Ketlen Petry a été la plus rapide en 16’48.

| 70 000 et ça continue de grimper

Le Marathon de Rio n’a jamais été aussi grand. Quatre-vingt-seize heures de compétition, quatre distances, 70 000 dossards vendus, un label World Athletics fraîchement décroché, et ce sentiment tenace que le running brésilien, déjà l’une des communautés les plus actives du monde avec près de 400 000 abonnés Instagram pour la seule épreuve principale, n’en est qu’au début de quelque chose.

La passion pour les 42,195 km dans le pays de Pelé ne ressemble à rien d’autre entre quête de performance, besoin d’accomplissement personnel et culture de l’événement érigée en art de vivre, la Cidade Maravilhosa accueille chaque juin une fête qui déborde largement le cadre du sport. La prochaine édition commence déjà à se dessiner. Et quelque part sur les hauts plateaux éthiopiens, Tsegaye Getachew et Gadise Mulu Demissie ont déjà coché la date.

Tous les résultats du Marathon de Rio 2026


Dorian VUILLET
Journaliste

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