Marathon de Tokyo 2026 : Brigid Kosgei claque un chrono canon et Tadese Takele garde sa couronne, la saison des Majors est lancée
Ce dimanche 28 février avait une saveur particulière pour tous les passionnés de marathon. Première étape de la saison des World Marathon Majors 2026, le Marathon de Tokyo a ouvert le bal avec un plateau élite exceptionnel et un scénario digne des plus grandes courses avec une nouvelle fois un finish ultra-serré. Les deux champions en titre étaient de retour et, au bout des 42,195 km, la Kényane Brigid Kosgei et l’Éthiopien Tadese Takele se sont imposés en 2h14’29 (7e meilleure performance de l’histoire) et 2h03’37. Les regards japonais étaient tournés vers leur héros national, Suguru Osako qui finit 12e en 2h05’59. Retour sur cette 19e édition du Marathon de Tokyo où plus de 38 000 coureurs ont pris part à la fête dans les rues de la capitale japonaise.
| Takele garde sa couronne au terme d’un sprint de folie
Le scénario masculin a longtemps ressemblé à une partie d’échecs, version marathon. Comme c’est souvent la tradition au Japon, un héros local tente le tout pour le tout en prenant des gros risques. Ryuichi Hashimoto, audacieux, anime la première moitié de course devant le public japonais et mène la course en solitaire. Il passe le semi sur des bases supersoniques : 1h01’29. Au Japon, cette manière de courir, très agressive au niveau de l’allure mais remplie d’effort et de générosité, est répandue et très respectée par le public. Mais derrière, la meute s’organise. La réalité du marathon rattrape le Japonais et à 30 km, il n’est pas plus dans le coup. Le groupe de tête est toujours très dense, composé des athlètes attendus : Tadese Takele, Geofry Toroitich Kipchumba, Alexander Mutiso Munyao, Daniel Mateiko, Vincent Kipkemoi Ngetich ou encore Iliass Aouani. Au passage du semi, le peloton affichait un temps de 1h01’59. Au total, ils sont encore dix à passer en 1h28’01 au 30 km. Le rythme est sérieux, mais personne ne veut se découvrir trop tôt.
Puis, à un peu plus de 36 km, la sélection naturelle de la distance reine s’opère. Un groupe de six se détache : les Kényans Alexander Mutiso, Daniel Mateiko, Geofry Toroitich Kipchumba, l’Éthiopien Tadese Takele… et derrière l’Italien Iliass Aouani et l’Éthiopie Muktar Edris restent en embuscade. Les foulées se raccourcissent, les visages se tendent un peu. On sent que ça va se jouer au mental dans les derniers instants de la course. Passage au 40e km en 1h57’27 pour les quatres hommes de tête.
Mateiko cède le premier. Mutiso tente d’imposer son tempo. Mais Takele attend, sagement. Il observe. Les jambes sont lourdes mais il parvient à garde une foulée propre et puissante. Et puis, à 500 mètres de la ligne, il déclenche. Une accélération nette, sèche. Toroitich s’accroche désespérément mais reste derrière lui. Les deux hommes franchissent la ligne dans le même temps, 2h03’37, mais c’est bien Takele qui a été le plus rapide. Mutiso est à une seconde (2h03’38). L’Éthiopien Takele conserve son titre. Deuxième doublé masculin de l’histoire à Tokyo. Une victoire construite avec maîtrise, patience et lucidité. Avec l’expérience du terrain.
Derrière, Muktar Edris signe un solide record personnel en 2h04’07. Et surtout, Iliass Aouani bat le record national d’Italie en 2h04’26. Feng Peiyou offre un record national à la Chine (2h05’58). Suguru Osako termine 12e en 2h05’59, Japonais le plus rapide du jour. À noter également les beaux chronos du Canadien Cameron Levins qui termine en 2h06’49 à la 14e place et de l’Américain Casey Clinger en 2h08’43.
Classement Hommes
1. Tadese Takele (Ethiopie) 2h03’37
2. Geofry Toroitich Kipchumba (Kenya) 2h03’37
3. Alexander Mutiso Munyao (Kenya) 2h03’38
4. Daniel Mateiko (Kenya) 2h03’44
5. Muktar Edris (Ethiopie) 2h04’07
6. Iliass Aouani (Italie) 2h04’26
7. Selemon Barega (Ethiopie) 2h05’00
8. Seifu Tura (Ethiopie) 2h05’02
9. Vincent Kipkemoi Ngetich (Kenya) 2h05’21
10. Shifera Tamru (Ethiopie) 2h05’56
| Brigid Kosgei frappe fort, très fort avec un chrono en 2h14’37
La course féminine, elle, a été beaucoup plus tranchée. Dès les premiers kilomètres, Brigid Kosgei se place aux avant-postes. 10 km en 32’14. Allure record. Le groupe de tête reste compact jusqu’au semi, passé en 1h07’37 : la Kényane Brigid Kosgei et les Éthiopiennes Sutume Asefa Kebede, Bertukan Welde, Hawi Feysa…
À 30 km (1h35’53), Kosgei et Kebede se détachent. Le tempo passe sous les bases de 2h15. Le suspense monte. Puis au 35e kilomètre, Kosgei prend les choses en main et place son attaque. Une accélération progressive et maîtrisée. Elle creuse 22 secondes en cinq kilomètres à sa concurrente du jour. Kebede ne peut pas suivre. Welde revient fort derrière mais la Kényane ne faiblit pas. Sa foulée est toujours puissante malgré toute la fatigue accumulée. Elle file vers la ligne et s’impose en 2h14’29. Deuxième meilleur chrono de sa carrière, 25 secondes derrière son record établi à Chicago en 2019.
Avec ce temps, elle signe la septième performance mondiale de l’histoire et un record sur le territoire asiatique. À 32 ans, elle passe pour la deuxième fois sous les 2h15. C’est clairement une victoire de très haut niveau. Sa sixième sur un Major. Bertukan Welde explose son record personnel en 2h16’36 pour la deuxième place. Hawi Feysa arrache le podium au sprint face à Sutume Kebede (2h17’39 toutes les deux). Ai Hosoda termine 10e en 2h23’39, première Japonaise. L’Américaine Sarah Hall, sur les bases de son record personnel à mi-parcours, a été contrainte à l’abandon au 29e km, à cause de crampes musculaires.
Classement Femmes
1. Brigid Kosgei (Kenya) 2:14:29 (record de course)
2. Bertukan Welde (Ethiopie) 2:16:36
3. Hawi Feysa (Ethiopie) 2:17:39
4. Sutume Asefa Kebede (Ethiopie) 2:17:39
5. Megertu Alemu (Ethiopie) 2:18:50
6. Violah Cheptoo (Ethiopie) 2:19:05
7. Mestawut Fikir (Ethiopie) 2:20:00
8. Aberu Ayana (Ethiopie) 2:20:30
9. Pascalia Jepkogei (Kenya) 2:21:39
10. Ai Hosoda (Japon) 2:23:39
| Les faits marquants de la 19e édition du Marathon de Tokyo
Le Marathon de Tokyo, c’est aussi bien plus que les élites. Sur le bord des routes, le public japonais a répondu présent du premier au dernier kilomètre. Des encouragements calmes mais constants, des pancartes, des familles entières massées derrière les barrières, signes que la course à pied est profondément ancrée dans la culture japonaise..
Tokyo reste un Major à part. Moins démonstratif que New York ou Londres. Moins historique que Boston. Mais d’une précision et d’une exigence presque chirurgicales avec son tracé roulant au coeur de la capitale japonaise. Le niveau de performance y est stratosphérique, avec une densité exceptionnelle.
✔ Plus de 38 000 participants
✔ Une organisation millimétrée
✔ Un parcours urbain rapide, roulant, au cœur de la capitale
✔ Une ferveur unique, respectueuse mais intense
Tokyo 2026
➜ Sub 2h05 : 6
➜ Sub 2h10 : 30
➜ Sub 2h15 : 65
➜ Sub 2h20 : 103
➜ Sub 2h30 : 223
➜ Sub 3h00 : 1 949
➜ Finishers : 27 519
Avec les triomphes de Kosgei et Takele, la hiérarchie mondiale a été respectée. Kosgei revient au premier plan après des saisons plus irrégulières, avec un chrono canon. Takele confirme sa domination sur le circuit Major et sa capacité à finir fort dans les ultimes mètres du marathon. Avec Tokyo désormais derrière nous, la saison des Majors et des marathons du printemps ne fait que commencer. Dans un mois, Boston puis Londres viendront redistribuer les cartes. Des parcours différents. Des conditions différentes. Des plateaux élites encore plus prometteurs. Tokyo a posé la première pierre. La saison 2026 ne fait que commencer.
✔ Les résultats du Marathon de Tokyo 2026

Clément LABORIEUX
Journaliste