Marathon d’Osaka 2026 : Succès pour Ibrahim Hassan et Mare Dibaba avec une densité exceptionnelle
Il y a des marathons rapides. Il y a des marathons denses. Et puis il y a Osaka, au Japon. Moins exposé que Valence sur la scène médiatique internationale, moins bling-bling que son voisin Major Tokyo, le Marathon d’Osaka est pourtant, année après année, l’un des rendez-vous les plus rapides du calendrier running mondial. Cette année, les deux records de course sont tombés. Ibrahim Hassan a signé un temps canon de 2h05’50, record national du Djibouti et Mare Dibaba franchit la ligne en 2h21’44. Après Marugame et ses 222 coureurs sous les 1h05 sur semi, Osaka a rappelé une chose : au Japon, la densité n’est pas un mythe. C’est une réalité. Retour sur cette 14e édition avec des grosses performances signées Kiyoto Hirabayashi, Ethan Shuley ou encore Benjamin Choquert.
| Kyoto Hirabayashi confirme, Ibrahim Hassan domine
On a rarement vu un marathon aussi spectaculaire. Il faut dire que la culture japonaise y est pour beaucoup. Ici, on a une autre vision de l’effort du marathon, on donne tout, dès les premiers kilomètres Et dès le départ, ça part vite : 14’50 au 5 km. Allure 2h05. Logique sur le papier. Mais après 8 km, Hibiki Yoshida décide d’écrire sa propre histoire.
Le héros du Hakone Ekiden 2026 s’envole. Seul. Sans calcul. Son temps de passage record au New Year Ekiden laissait rêver à un potentiel autour de 2h03–2h04. À seulement 24 ans, il court comme s’il voulait le prouver immédiatement. Les projections s’affolent : 2h04’15, 2h03’51… Il rate même plusieurs ravitaillements. Le public l’encourage. Parce qu’au Japon, on respecte ceux qui osent.
Mais le marathon ne pardonne rien. Au 30e km, la machine ralentit. Derrière, Ibrahim Hassan, recordman national de Djibouti, et Kiyoto Hirabayashi reviennent méthodiquement. Pour eux, il ne s’agit pas de leur premier marathon, ils ont plus d’expérience. À 35 km, l’écart a fondu. Deux kilomètres plus tard, ils déposent Yoshida. Hassan finit par s’imposer en 2h05’20. Record national et record de l’épreuve. Une gestion parfaite. Sans panique. Sans excès. Derrière lui, Yihunilign Adane (2h05’33), Ezra Kipketer (2h05’55) et Benson Tunyo (2h06’10) complètent un top 4 100% Afrique de l’Est. Hirabayashi, meilleur Japonais, 5e en 2h06’14. Yoshida finira 34e en 2h09’35. Certains parleront de naïveté. D’autres de courage brut. Au Japon, ce genre de tentative forge une réputation. Courir un marathon de cette façon, c’est la norme.
Classement Hommes
1. Ibrahim Hassan (Djibouti) 2h05’20
2. Yihunilign Adane (Ethiopie) 2h05’33
3. Ezra Kipketer Tanui (Kenya) 2h05’55
4. Benson Tunyo (Kenya) 2h06’10
5. Kiyoto Hirabayashi (Japon) 2h06’14
6. Ichitaka Yamashita (Japon) 2h06’18
7. Yuki Takei (Japon) 2h06’24
8. Yuhei Urano (Japon) 2h06’41
9. Kyohei Hosoya (Japon) 2h06’44
10. Ryo Goda (Japon) 2h06’51
| Mare Dibaba en contrôle
La course féminine a offert un affrontement de très haut niveau. Passage au semi en 1h09’58 pour le quatuor de tête. À 40 km, Mare Dibaba place l’accélération décisive. À 36 ans, l’athlète éthiopienne prouve qu’il faut toujours compter sur elle sur la distance reine.
Podium femmes
1. Mare Dibaba (Ethiopie) 2h21’44 (record de course)
2. Esther Chemtai (Kenya) 2h22’04
3. Rose Chelimo (Burundi) 2h22’52
L’ensemble du top 5 finit sous les 2h25 et Kaede Kawamura, 6e en 2h25’55, meilleure Japonaise, valide son ticket pour la course de qualification aux Jeux Olympiques de LA 2028.
| Ethan Shuley, l’Américain à la découverte du Japon
S’il y a un nom que peu de gens attendaient, c’est bien celui d’Ethan Shuley. Étudiant en école de cinéma à Shinjuku. Ancien de l’université BYU aux côtés de Conner Mantz, Clayton Young et Rory Linkletter. Pas professionnel. Pas sponsorisé à grande échelle. Il est juste un coureur en progression fulgurante (2024 Nara : 2h20’53, 2025 Nagano : 2h18’13, 2025 Kobe : 2h11’30).
À Osaka, Shuley ne vient pas pour faire un temps précis. Il veut rivaliser avec les autres, il sait qu’il peut courir vite mais il cherche davantage à jouer la compétition et la place. Cette approche amène souvent des gros chronos. Il reste dans le groupe de tête derrière Yoshida jusqu’au 31e km, sur des bases énormes autour de 2h05. Quand Hassan et Hirabayashi passent à l’offensive, il ralentit. Les crampes surviennent mais il serre les dents. Jusqu’au bout. 2h07’14. 14e place. Sixième meilleure performance américaine de l’histoire sur marathon. Dans un marathon aussi dense, c’est colossal. Pour l’athlète américain de 27 ans, cette performance servira peut-être de rampe de lancement pour une carrière professionnelle dans le running.
| Benjamin Choquert, immersion japonaise et un chrono de 2h10’44
Il était le seul Français engagé dans ce marathon élite. Benjamin Choquert repart avec un 2h10’44 solide, et surtout plein de souvenirs dans la tête. Même s’il reste loin de ses standards (record en 2h07’41 à Valence en 2023), le chrono ne dit pas tout. Dans un contexte de densité extrême, le double champion du monde du duathlon (2019 et 2025) explique avoir eu du mal à accrocher le groupe dans le final. À Osaka, courir 2h10 ne garantit rien. Il y a toujours un wagon devant. Sur ses réseaux, le routard du Nancy Athlétisme Métropole a souligné l’organisation irréprochable, l’ambiance de la course, la fluidité des ravitaillements. Pour celui qui est fan de culture japonaise, cette expérience est un souvenir gravé à vie. À la fin de la journée, sa montre affichait 66 km parcourus… Courir un marathon et faire du tourisme ? Pourquoi choisir quand on peut faire les deux.
| Osaka vs Valence : la vitesse ou la densité ?
Valence est souvent présenté comme le marathon le plus rapide du monde. Et à juste titre : primes attractives, accessibilité logistique, météo parfaite, parcours idéal, nombreux groupes de pacer, etc.
Mais Osaka n’a rien à envier à son homologue espagnol, les chiffres se ressemblent et on parle ici de deux des marathons les plus rapides du monde.
Valence 2025
Sub 2h05 : 4
Sub 2h10 : 32
Sub 2h15 : 77
Sub 2h20 : 149
Sub 2h30 : 510
Sub 3h : 5 333
Finishers : 30 772
Osaka 2026
Sub 2h05 : 0
Sub 2h10 : 37
Sub 2h15 : 75
Sub 2h20 : 110
Sub 2h30 : 237
Sub 3h : 1 318
Finishers : 11 164
Moins de stars à Osaka, pas de coureurs dans les 2h02-2h05, certes. Mais proportionnellement, la densité est impressionnante. 37 coureurs sous les 2h10 sur un peloton trois fois moins grand que Valence. Le Japon ne cherche pas forcément à attirer les stars mondiales. Il produit les siennes. Par centaines. Ainsi, dans le top50 chez les hommes, on retrouve pas moins de 40 japonais. Au Japon, la densité de coureurs rapides est exceptionnelle.

| Osaka, un marathon international taillé pour la performance
Le tracé d’Osaka serpente au cœur de la troisième ville du Japon. De longues lignes droites en aller-retour, des boulevards larges, une organisation millimétrée. C’est propre. Fluide. Presque clinique. Le style japonais se fait sentir. Le profil est ultra-plat. Idéal pour performer. Malgré une côte au 33e kilomètre, c’est un parcours où l’on vient pour battre son record personnel. La course bénéficie même du prestigieux Label Gold de World Athletics, synonyme de qualité et d’excellence.
| Une culture japonaise qui fabrique des marathoniens
Ce qui frappe à Osaka, comme à Marugame, c’est cette armée de coureurs entre 2h06 et 2h15. Des salariés d’entreprises, des étudiants universitaires qui participent chaque année à l’Hakone Ekiden, des athlètes financés par leur société. Au Japon, courir 300 km par semaine n’est pas exceptionnel dans certains groupes. L’approche est collective, disciplinée, presque austère. On part vite. On assume. On explose parfois. Mais on apprend. Toujours.
Osaka 2026 a été un condensé de cette philosophie avec le spectacle offert par Yoshia sur la première partie, signe d’une audace totale. Et avec 37 hommes sous les 2h10, cette édition a une nouvelle fois prouvé qu’il s’agit de l’un des marathons les plus denses du monde.
Osaka n’est peut-être pas le marathon le plus rapide du monde en termes de record absolu. Mais c’est sans doute l’un des plus denses du monde. Un marathon où un étudiant en cinéma court 2h07. Où 37 hommes passent sous 2h10. Où un jeune Japonais ose viser 2h04 dès son premier marathon. Après Marugame, Osaka confirme que le Japon est une des plus grandes nations du running, mais une nation discrète, dans l’ombre de l’Afrique de l’Est. Moins médiatisée aussi que l’Europe ou les États-Unis, mais peut-être encore plus structurée, profonde et disciplinée. C’est certain qu’à ce rythme-là, le monde du running va devoir regarder de plus en plus vers l’Est. Le prochain RDV est pris, et ça arrive très vite, le 1er mars, avec le Marathon de Tokyo.
✔ Les résultats du Marathon d’Osaka 2026

Clément LABORIEUX
Journaliste