Marathon féminin de Nagoya 2026 : 42,195 km de femmes, un duel royal et Sheila Chepkirui au sommet
Le 8 mars, à Nagoya au Japon, les femmes n’ont pas seulement couru un marathon. Elles ont écrit une histoire de souffle, de résistance et d’orgueil sur 42,195 kilomètres. Dans ce rendez-vous unique du calendrier, où des milliers de marathoniennes prennent seules la route, la victoire s’est finalement jouée au millimètre. Après un duel irrespirable jusque sous le dôme de la ville, la Kényane Sheila Chepkirui a conservé sa couronne au Marathon féminin de Nagoya en 2h21’54, deux secondes devant la Japonaise Sayaka Sato, pendant que l’Éthiopienne Aynalem Desta complétait le podium. Une course au féminin, intense et vibrante, qui rappelle combien ce marathon japonais occupe une place à part dans le paysage mondial du running.
Dans les rues de Nagoya, dans le centre du Japon, la matinée du 8 mars avait presque des airs de manifeste. Manifeste qui fait sens et ô combien important. Le marathon au féminin dans toute sa puissance : des milliers de foulées, des ambitions venues des quatre coins du monde et une course qui célèbre, année après année, la place des femmes dans l’histoire du running. Dans ce décor vibrant, balayé par un vent capricieux, le scénario s’est finalement joué à deux secondes après 42,195 km. Sous le dôme de la ville nippone, la Kényane Sheila Chepkirui a résisté jusqu’au bout à la Japonaise Sayaka Sato pour remporter le Marathon féminin de Nagoya pour la deuxième année consécutive. Chrono final : 2h21’54. Derrière, Sato termine à deux battements de cœur (2h21’56) et l’Éthiopienne Aynalem Desta complète le podium en 2h22’37.
Un duel haletant pour une course devenue, au fil des années, l’un des grands rendez-vous du marathon féminin mondial. Labellisé Platinum par World Athletics, le marathon japonais possède une singularité rare dans le calendrier : ici, seules les femmes prennent le départ. Environ 20 000 participantes, des élites aux amatrices, se lancent chaque année dans cette immense célébration de la course au féminin. Et ce dimanche matin, Nagoya a rappelé une chose simple : quand les femmes courent, le spectacle ne manque jamais d’allure.
| Vent contraire et ambitions japonaises
Le départ donné à 9h10 s’est fait sous un ciel dégagé mais une météo piégeuse. Environ 6 degrés au thermomètre, un vent du nord bien présent et des rafales capables de casser les rythmes les mieux huilés. Dans le groupe de tête, le Japon rêvait d’un grand jour. On retrouvait notamment la recordwoman nationale Honami Maeda et l’olympienne Ayuko Suzuki. Pour mener l’allure, une invitée prestigieuse : Nozomi Tanaka, détentrice des records japonais du 1500 m et du 5000 m.
Les premiers kilomètres s’enchaînent au tempo attendu : 3’17 au premier kilomètre, puis un passage aux 5 km en 16’34. Le groupe reste compact, discipliné, presque silencieux dans l’air froid du matin. Mais le vent finit par redistribuer les cartes. Avant même le 10e kilomètre, Suzuki décroche. Un peu plus loin, d’autres commencent à payer l’addition.
| Une course d’usure
Entre le 10e et le 20e kilomètre, le marathon se transforme en bataille d’endurance. Les rafales de face freinent les ardeurs et l’allure oscille autour de 3’30 au kilomètre. Peu à peu, les abandons s’accumulent. Maeda, Kabasawa, Ando… la sélection naturelle du marathon opère, discrète mais implacable.
À mi-course (1h10’51), un nouveau groupe de tête se dessine autour de coureuses japonaises ambitieuses : Rika Kaseda, Natsuki Omori ou encore Rino Goto. Au milieu de cette armada locale se glissent deux étrangères aux jambes solides : Chepkirui et Desta. Le marathon entre alors dans sa phase préférée : celle où chaque kilomètre ressemble à une négociation avec le corps.
| L’attaque, la réponse, et un duel final
À l’approche du 30e kilomètre, les mouvements s’accélèrent. Goto tente une première offensive, rapidement neutralisée. Puis Sato prend les commandes. Kaseda suit. Le groupe se réduit. Le passage au 35e kilomètre (1h57’54) annonce déjà une fin de course explosive. Entre le 35e et le 38e kilomètre, Chepkirui tente sa chance. Une attaque franche, mais le groupe résiste encore. Kaseda finit par céder au 39e kilomètre, puis Desta quelques instants plus tard. Devant, il ne reste plus que deux silhouettes. Chepkirui contre Sato. Kenya contre Japon. Expérience contre rêve national.
À 600 mètres de l’arrivée, la Japonaise lance une accélération. Les tribunes s’enflamment. La scène prend des airs de finale olympique. Mais Chepkirui ne rompt pas. Dans la dernière ligne droite, la Kényane relance et coupe la ligne en première position, deux secondes devant Sato. Un souffle d’écart. Une victoire au courage.
| Une course clé pour le futur olympique japonais
Au Japon, ce marathon ne se limite jamais à une simple victoire. L’épreuve constitue aussi une étape stratégique vers le Marathon Grand Championship (MGC), course de sélection pour les Jeux olympiques d’été de 2028 à Los Angeles. Et plusieurs Japonaises ont profité de cette édition pour sécuriser leur billet. Derrière le podium, Kaseda (4e en 2h22’53), Natsuki Omori (5e en 2h23’45), Sora Shinozakura (6e en 2h24’34), Rino Goshima (7e 2h24’44) et Aika Murakami (9e en 2h25’07) ont validé leur qualification pour la grande finale nationale prévue à l’automne. Seize athlètes se retrouveront alors pour tenter de décrocher un rêve olympique.
| Une reine confirmée
Pour Sheila Chepkirui, ce deuxième sacre consécutif à Nagoya renforce un statut déjà solide dans le paysage du marathon mondial. À 35 ans, la Kényane prouve que l’expérience reste l’une des armes les plus redoutables sur 42 bornes. Son record personnel (2h17’29) témoigne déjà de sa dimension internationale. Mais ce dimanche, la victoire n’avait rien d’une démonstration. Plutôt une bataille, une résistance, une gestion parfaite du chaos.
Dans un marathon souvent dominé par les grandes métropoles européennes ou américaines, Nagoya cultive une atmosphère à part : un stade rempli de marathoniennes, des milliers de foulées féminines et une tradition qui ne cesse de grandir. Au bout du compte, une championne s’impose. Mais derrière elle, toute une génération japonaise continue de se construire. Et sur l’asphalte de Nagoya, une certitude demeure : le marathon féminin n’a jamais semblé aussi vivant.
✔ Les résultats du Marathon féminin de Nagoya 2026

Dorian VUILLET
Journaliste