Semi-Marathon de Berlin : Etienne Daguinos s’invite à la table des très grands
Un dimanche matin à Berlin, des jambes qui tournent vite, très vite, et un Français qui s’accroche à l’histoire. Cinquième en 59’27, Etienne Daguinos signe la course la plus aboutie de sa carrière et s’offre un statut, celui de deuxième performeur français de tous les temps sur semi-marathon. Dans une épreuve dense et électrique, le chrono a parlé, et il a parlé fort.
À Berlin, le semi ne laisse jamais vraiment le temps de s’installer. Ça part vite, ça relance, ça s’étire. Dès les premiers kilomètres, les références mondiales prennent les commandes, et derrière, il faut accepter de naviguer à vue… ou s’accrocher. Etienne Daguinos a choisi la deuxième option. Au milieu d’un casting ultra dense, le Tricolore résiste. Le fondeur de l’US Talence ne décroche pas, ne craque pas, ne subit pas. Il construit. Cinquième à l’arrivée, mais surtout solide du premier au dernier kilomètre. Passage en 14’03 au 5e, 27’55 au 10e : allure posée, régulière, ambitieuse. Le genre de tempo qui ne pardonne rien mais qui ouvre les portes d’un grand jour.
Devant, la bagarre pour la victoire s’est joué à coups de foulées tendues. Le Kényan Andrea Kiptoo finit par trancher en 59’11, au terme d’un mano a mano serré avec son compatriote Denis Kipkemoi. Annoncé comme lièvre au départ, ce dernier n’a jamais levé le pied… et s’est retrouvé embarqué dans la course jusqu’au bout.
Resté dans le rythme sans jamais donner l’impression de subir, Kipkemoi a tenu son rôle avant de le dépasser complètement. À l’arrivée, de la fraîcheur, du relâchement, presque comme si tout restait encore possible. Sous les 59 minutes ? L’allure du jour laissait clairement entrevoir mieux. Et le plus fou dans l’histoire, aucune référence majeure jusque-là sur les radars de World Athletics. Juste derrière, le local Amanal Petros a fait vibrer le public allemand en 59’22, claquant un nouveau record national.
► REPLAY
| 59’27, un chrono qui change de dimension
Il y a des chronos qui marquent une progression. Et puis il y a ceux qui déplacent un coureur dans une autre catégorie. 59’27 appartient clairement à la deuxième famille. En améliorant son record personnel de près de vingt secondes, le Bordelais bascule dans une autre dimension sur la distance. À 26 ans, l’ancien recordman de France du 10 km confirme qu’il ne fait pas que passer sur semi, il s’y installe. Et avec autorité.
Devant lui dans les bilans français, un seul nom reste désormais, le Franco-Suisse Julien Wanders et ses 59’13 signés en 2019. Quatorze petites secondes d’écart, et une perspective qui commence à prendre forme. Ce qui frappe, au-delà du chrono, reste la maîtrise. Aucun passage à vide, une allure tenue, presque clinique. Le genre de course qui laisse imaginer encore mieux, encore plus vite, sur un parcours similaire.
| Bastien Augusto flirte avec l’heure, la densité française s’affirme
Dans le sillage du sociétaire de l’US Talence, la perf’ collective française mérite aussi le détour. Bastien Augusto s’offre une huitième place solide en 1h00’09. Neuf petites secondes de trop pour passer sous la barre symbolique, mais un nouveau record personnel et une vraie confirmation au niveau européen.
Avec un passage en 28’09 au 10 km, le Berruyer a tenté. Et ce genre de tentative finit souvent par payer. À ce rythme-là, la barrière de l’heure ressemble plus à une question de timing qu’à une limite. Derrière, la profondeur continue de s’installer côté français. Sur une course aussi relevée, voir deux Tricolores dans le top 10 n’a rien d’anodin. Berlin a souvent servi de révélateur, et cette édition ne déroge pas à la règle.
| Chez les femmes, premières réussites et records qui tombent
La course féminine a elle aussi offert son lot de performances marquantes. L’Éthiopienne Likina Amebaw s’impose en 1h05’07, dans une course dense et rythmée où elle a pris la mesure des Kényanes Daisilah Jerono (1h05’21) et Veronica Lolelo (1h05’35).
Côté Tricolores, Léonie Périault réussit une entrée très convaincante sur la distance avec une 14e place en 1h09’25, septième chrono hexagonal de l’histoire. Une première qui compte, construite avec sérieux et régularité, et qui la place déjà parmi les meilleures françaises. Records personnels également pour Héloïse Laigle (19e en 1h10’21) et Mélanie Allier (25e en 1h10’57). Mais l’un des coups marquants du jour vient de Chloé Herbiet. En 1h07’32, la Belge pulvérise un record national vieux de plus de vingt ans. Une progression impressionnante, dans la continuité de ses derniers mois, et un nouveau cap franchi sur la scène européenne.
✔ Les résultats du Semi-Marathon de Berlin 2026

Dorian VUILLET
Journaliste