Urban Trail de Lille : record d’Europe du 5 km pour Jimmy Gressier, record de France du 10 km pour Cassandre Beaugrand
Lille s’impose décidément comme une destination incontournable pour les passionnés de course sur route. Cette folle édition 2026 a livré une nouvelle fois un spectacle inoubliable. L’épreuve, devenue l’une des plus denses au monde a été le théâtre de plusieurs performances de très haut vol, dont le record d’Europe du 5 km de Jimmy Gressier et le record de France du 10 km de Cassandre Beaugrand.
La capitale des Flandres a vibré au rythme des exploits des milliers de coureurs alignés sur l’Urban Trail de Lille. Ils étaient 18 000 à s’élancer dans les rues pour cet événement très attendu, et peut-être autant de spectateurs en délire. Les dossards s’étaient d’ailleurs arrachés en quelques heures après la mise en ligne de la billetterie, plusieurs mois en amont.
Preuve de l’énorme succès de cette grande fête, dont l’organisateur n’est autre que Jean-Pierre Watelle, directeur de la Ligue des Hauts-de-France d’athlétisme. Tentative de record du monde, record d’Europe et records de France ont fait le bonheur des férus d’athlétisme.
| Record d’Europe du 5 km pour Jimmy Gressier
Ils avaient annoncé vouloir s’attaquer au record du monde du 5 km. Tous les yeux étaient tournés vers le champion du monde du 10 000 m à Tokyo, le Nordiste Jimmy Gressier, et vers le Messin Yann Schrub, 3e du 3000 m des derniers Mondiaux en salle à Torun et recordman d’Europe du 10 km. Le duel s’annonçait épique. Finalement, c’est le premier nommé qui l’emporte, manquant de peu la meilleure marque mondiale, qui reste la propriété de l’Ethiopien Berihu Aregawi en 12’49 (2021). Il se contente du record continental, en 12’51, suivi par l’Ethiopien Addisu Yihune en 12’54 et par « Docteur Schrub » en 12’56.
Tous deux font mieux que la précédente référence, mis en orbite par Romain Mornet et Pierrik Jocteur-Monrozier qui ont joué leur rôle de lièvres avant de s’effondrer une fois le travail fait, au 4 e kilomètre. Une démonstration marquante de l’allure infernale demandée. C’est dans l’interminable ligne droite que Jimmy Gressier et Yann Schrub se sont expliqués. Ce dernier a tout tenté, en relançant vers le 3e kilomètre. Le « P’tit gars du Chemin-Vert » a finalement pris les devants dans le finish pour couper la banderole.
« C’était vraiment une course incroyable. Je savais que Yann (Schrub) était en forme. J’ai eu beaucoup de mal à me remettre de mes émotions après les Mondiaux : la redescente émotionnelle a été dure à gérer. J’ai su me remettre en question. J’ai fait beaucoup d’efforts ces cinq dernières semaines, car il y avait un Yann ultra en forme. Je lui tire mon chapeau, car, comme il le dit lui-même : « c’est dans la concurrence qu’on se tire » . Je pense aussi à Etienne (Daguinos). Tous les supporters français doivent être fiers d’avoir des athlètes de ce niveau, qui s’entendent aussi bien et se poussent vers le haut. »
Jimmy Gressier
« Je voulais donner le meilleur de moi-même et aller jusqu’au bout de mes forces. L’hiver était déjà réussi, donc je visais vraiment le record du monde. Quand j’ai vu qu’on ralentissait, j’ai pris les devants. Bravo à Jimmy, il a tiré le meilleur de nous deux aujourd’hui. Il a attaqué au bon moment. Cela fait deux fois qu’il gagne chez lui sur 5 km, et quand le combat est dur comme ça, la victoire est d’autant plus belle. Je suis content de faire un petit break maintenant. »
Yann Schrub
| Une combinaison aérodynamique
De quoi signer un superbe retour à la compétition, tout en dévoilant la dernière innovation de l’équipementier Kiprun. Le Boulonnais est apparu avec une combinaison aérodynamique blanche, destinée à limiter la traînée générée par sa foulée. L’équipement a été co-développé avec le champion et ajusté avec précision grâce à un scan 3D de son corps.
Tests en soufflerie, composants techniques, démarche scientifique de haute précision… La recherche de gains marginaux ne semble plus être l’apanage du cyclisme. La firme née dans le Nord de la France a marqué les esprits avec cette tenue conçue pour repousser les limites de la performance.
Les autres Français ont également brillé, portés par la foule, à l’image de Flavien Szot (3’18), ou d’Aude Clavier (15’16). Chez les femmes, la course a été dominée par l’Éthiopienne Marta Alemayo (14’15), suivie par ses compatriotes Kumsa Hawi Abera (14’22) et Ademas Yenenesh Shimket (14’24).
| Record de France pour Cassandre Beaugrand, Clara Entresangle égale la meilleure marque nationale chez les espoirs
Tout ce qu’elle touche semble se transformer en or. La triathlète Cassandre Beaugrand, championne olympique, avait fait sensation en annonçant sa participation au 10 km à Lille. L’athlète visait clairement la meilleure marque nationale, après celle du 5 km en 14’53 en 2025 à Monaco. Dix ans après avoir réalisé le record de France junior et espoir en 33’12, la reine du triathlon a décidé de frapper fort, les 31’00 d’Alessia Zarbo dans le viseur.
C’est chose faite, la quintuple championne de France de cross-country chez les jeunes, qui a choisi de se diversifier sur piste et sur route cette saison, a coupé la ligne en 30’52. La championne du monde de triathlon sera à surveiller de près cet été, elle qui souhaite relever de nouveaux défis en athlétisme après une année post-olympique éprouvante.
« Je suis très compétitrice, quand je m’aligne sur une course, j’ai envie de bien figurer. Je venais pour tenter les 31 minutes et, au final, j’avais de bonnes jambes. Musculairement, j’ai vraiment coincé à la fin. Je ne sais pas si ça s’est vu, mais j’étais pleine de crampes ! Je me suis accrochée. Ça fait mal, un 10 bornes, donc félicitations à tous, parce que j’ai beau croire que le triathlon, c’est dur, la course à pied peut être vraiment dure aussi. »
Cassandre Beaugrand
Autre performance marquante, celle de l’espoir Clara Entresangle. La récente championne du monde universitaire de cross court progresse de manière fulgurante depuis un an. Après avoir brillé sur le 10 km d’Aix-les-Bains une semaine plus tôt en 31’50, la licenciée de l’A.S Cavaillon a égalé le record de France U23 de Sara Benfares en 31’45. Un chrono qui la propulse parmi les meilleures Françaises.
| Des records d’Europe et du monde féminins frôlés
D’autres marques étaient menacées, notamment celle de la couronne européenne qui change de tête régulièrement depuis le début de l’année. Les 30’07 de la Britannique Megan Keith ont vacillé sans tomber. Il n’aura manqué qu’une seconde à l’Italienne Nadia Battocletti (30’08), championne du monde en salle 2026 du 3000 m, pour devenir l’Européenne la plus rapide de l’histoire. Un scénario assez similaire pour la recordwoman du monde Agnes Jebet Ngetich qui s’impose en 28’58. La Kényane repart de la capitale des Flandres avec le deuxième meilleur chrono de l’histoire, à douze secondes de son propre record (28’46).
| Les Français en grande forme
Dans une course remportée par l’Ethiopien Khairi Bejiga en 26’51, le tricolore le plus rapide de l’épreuve est Simon Bédard. Le Breton a pu se réjouir d’un solide chrono en 27’54. Le podium est complété par les Kényans Laban Kiptoo Kosgei (26’59) et Cornelius Konor (27’06). Quant à Étienne Daguinos et à Bastien Augusto, ils ont été contraints à l’abandon, une semaine après avoir réalisé 59’27 et 1h00’29 au semi-marathon de Berlin.
Tous les grands noms internationaux de l’athlétisme ont convergé vers Lille pour une édition 2026 exceptionnelle. Entre records nationaux et européens, les coureurs ont profité de l’ambiance assourdissante et de la densité à faire pâlir n’importe quel organisateur de course. Rendez-vous en 2027, avec qui sait, peut-être un ou plusieurs records du monde.
➜ Tous les résultats de l’Urban Trail de Lille 2026

Emma BERT
Journaliste