« J’ai voulu organiser la course que je rêvais de courir », la descente de la Transhumance Classic qui réveille l’Aubrac
16/06/2026 16:08Sur les routes ouvertes et brûlantes de l’Aubrac, la Transhumance Classic ne coche aucune case classique. Un 10 km en descente, une ambiance de village et une promesse simple, courir sans pression et rester pour le reste. Derrière l’idée, Théo Mazars et sa fine équipe remettent au goût du jour une tradition qui s’effaçait, et redonne au running un parfum de fête.
Sur le papier, l’idée pourrait sembler presque trop simple. Dix kilomètres. Une route qui descend. Un village à l’arrivée. Mais dans une époque où la course à pied se structure, se labellise et se normalise, la Transhumance Classic prend le contre-pied. Pas de parcours optimisé pour la télé, pas de sas de départ hiérarchisés. Juste une ligne, un peloton et une route qui file. Une descente régulière, environ 3%, suffisamment douce pour se laisser porter, suffisamment efficace pour faire tomber les chronos sans trop forcer.
Fin mai, les emblématiques vaches Aubrac prennent la direction des estives et lancent, presque symboliquement, la saison sur les plateaux. Quelques semaines plus tard, la Transhumance Classic s’inscrit dans ce même élan. Samedi 27 juin, on ne verra pas que des sabots. Les baskets prendront le relais.
« Il y a vraiment tout pour faire des gros chronos, mais il faut le prendre au second degré », glisse Théo Mazars, organisateur de la course. L’expression “10 km le plus rapide de France” amuse, intrigue, attire. Et sur le terrain, elle n’est pas totalement usurpée. Des coureurs habitués à tourner autour de 34-35 minutes gagnent parfois deux à trois minutes ici. Une autre manière d’appréhender l’effort, moins frontale, presque grisante. Mais réduire la Transhumance Classic à un simple terrain de chasse au RP passerait à côté de l’essentiel.
| Revenir à l’essence des courses de village
Tout part d’un constat simple. Presque nostalgique, mais sans amertume. « Quand j’étais petit, il y avait encore pas mal de courses dans les villages l’été », se souvient le président d’Aux Courses Running Club. Et en grandissant, ça a disparu. En quelques années, le paysage a changé. Les trails se sont multipliés, les grosses courses ont pris de la place, et les petites épreuves locales ont peu à peu disparu du radar. Alors l’idée a germé. Recréer une course là où tout avait du sens, à Laguiole (Aveyron), dans le village de ses grands-parents connu pour ses couteaux, au cœur de l’Aubrac. Pas une copie du passé, mais une version adaptée à aujourd’hui.
« Le but, c’était que tout le monde puisse prendre le départ sans se stresser, sans se prendre la tête », souligne l’un des créateurs de “Caviar”, un magazine sociétal traitant de football. Pas de pression de performance, pas d’obligation implicite. Juste une invitation. Et le résultat dépasse rapidement le cadre attendu. Des habitués du bitume côtoient des profils qui n’avaient jamais accroché un dossard. Certains découvrent même la course à pied ici, presque par hasard. « On a pas mal de participants qui n’avaient jamais pris de dossard avant et qui, depuis, se sont mis à courir ».
| Une descente pour courir autrement
Le tracé devient alors un levier. Pas seulement pour faire parler, mais pour ouvrir. La descente rend la course plus accessible, plus engageante aussi. Elle change le rapport à l’effort. On ne subit pas, on accompagne. « C’est du 3% de moyenne, hyper régulier, détaille ce coureur de 28 ans. Ça permet d’envoyer sans se faire mal aux genoux ». Un détail technique, mais déterminant. Là où certaines descentes deviennent destructrices, celle-ci reste fluide. Les jambes tournent vite, la sensation reste maîtrisable. Jusqu’aux derniers kilomètres, où l’effort finit par se rappeler au bon souvenir de chacun. À l’arrivée, peu parlent de souffrance. Beaucoup évoquent le plaisir d’avoir couru différemment.
Mais la Transhumance Classic ne s’arrête pas à la ligne d’arrivée. Elle commence presque après. Sur la place du village, l’ambiance bascule. Les baskets laissent place aux tables. Le ravito devient un moment à part, brioche du coin, charcuterie, fromage, bière. Tout vient du village ou des alentours. « On veut vraiment faire du 100% local, que ce soit les partenaires, les produits, les bénévoles ».Le projet ne vit pas à côté du territoire. Il en dépend. Et il le fait vivre en retour. Le temps d’un week-end, le village change d’échelle. Avec les accompagnateurs, la population double presque. « L’an dernier, on était quasiment un millier sur le week-end pour un village de 1200 habitants. » Le running redevient alors ce qu’il a parfois oublié d’être. Un moment collectif.
| « Je veux que ça reste une course de village »
La réussite est là. 150 participants à la première édition, plus de 300 ensuite, environ 400 attendus cette année le 27 juin. Une progression nette, surtout dans l’Aveyron, un département où attirer du monde reste un défi. Mais l’ambition ne bascule pas dans la démesure. « Au-delà de 500, ça devient une autre organisation, atteste le natif de Millau qui s’est expatrié à Marseille. Et moi, je veux que ça reste une course de village ».
Pas de course à la taille. Pas d’envie de transformer l’événement en machine. L’objectif tient dans une ligne fine. Continuer à grandir sans perdre l’esprit. Garder cette proximité, cette simplicité, cette impression que tout reste à portée de main. Même les choix économiques suivent cette logique. « On pourrait faire du profit, mais ce n’est pas le but. On préfère investir dans la qualité et l’expérience. » Dossard accessible, partenaires locaux, circuit court. Le modèle pourrait générer plus, mais ce n’est pas la priorité.
« C’est plus une course pour se faire plaisir, pour terminer, éventuellement pour Strava, plutôt que pour le bilan FFA. »
Théo Mazars, organisateur de la Transhumance classic
Derrière la Transhumance Classic, il y a aussi une réflexion plus large. Sur ce que devient la course à pied. Sur l’équilibre entre performance, plaisir et accessibilité. Le chrono existe, bien sûr. Strava n’est jamais très loin. Mais il ne dicte pas tout. « C’est plus une course pour se faire plaisir, pour terminer, éventuellement pour Strava, plutôt que pour le bilan FFA ».
Une autre approche, plus libre. Où l’on peut venir chercher un record… ou juste un moment. Au fond, tout part d’une envie simple. Presque personnelle. « J’ai voulu organiser la course que je rêvais de courir. » Une descente qui libère les jambes. Un village qui retient un peu plus longtemps que prévu. Et entre les deux, une course qui rappelle que parfois, le running n’a pas besoin d’en faire plus pour marquer.
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Dorian VUILLET
Journaliste