Le mystère des tee-shirts finisher en course à pied… qui font grincer des dents
19/01/2026 13:08Un simple coup d’œil au maillot du 20 km de Paris ou dans un autre style, ou au coupe-vent du marathon de La Rochelle, et… les yeux piquent. En juin, on a l’impression de tomber dans une ruée vers l’or ou un nid de guêpes sur l’avenue Foch, l’Arc de Triomphe en fond, tant la foule de coureurs arborent fièrement leur t-shirt jaune fluo, est aveuglante. Couleurs flashy, motifs douteux… quelles sont donc les raisons de ces choix parfois surprenants ?
Le tee-shirt des Foulées de Malakoff n’est pas particulièrement attirant avec sa couleur bleue ou blanche et sa grosse chaussure tracée en rouge au niveau de la poitrine. Tous les partenaires sont imprimés dessus et encombrent la face avant. Mais peu importe pour Louise, qui a donc les deux maillots dans son armoire, l’un en taille S, l’autre en taille M, pour varier les plaisirs et ne pas accumuler tous les ans le même dans ses tiroirs. « Quand il fait froid, je les mets, parce que l’avantage, c’est qu’ils ont des manches longues », raconte-t-elle en se tournant pour montrer le nœud à l’arrière qui sert à serrer le maillot blanc, « quatre fois trop grand » pour elle.
Même situation pour le haut noir avec une inscription jaune des Championnats départementaux de cross. Tiphaine, une ancienne athlète licenciée en club, continue de le porter dix ans plus tard pour ses footings, même si les manches sont trop longues pour ses bras. « Il tient chaud et j’aime qu’il soit en coton », précise-t-elle. Même si le rôle d’une grande partie des tee-shirts finisher distribués lors des remises de dossards est avant tout utilitaire, comme celui du 10 km du 14e, bleu foncé et assez passe-partout, ce n’est pas l’unique raison qui pousse les organisateurs a offrir un tee-shirt aux coureurs.
| Se démarquer et attirer l’attention
Plus le tee-shirt à une couleur particulière ou un design inhabituel, plus il attire l’œil et permet d’identifier la course facilement. Ainsi, lorsque des milliers de coureurs s’élancent dans les rues de la capitale, l’effet visuel est spectaculaire et homogène. Ça claque, et pour les photographes, c’est très esthétique. Par exemple, le jaune vif fait tout de suite référence au 10K adidas Paris. Pour sa 7e édition, les organisateurs ont opté pour un maillot flashy, abandonnant les tons plus pastels (bleu turquoise, bleu marine) et surtout le noir des premières années. L’argument de l’uniformisation se comprend.
Mais une fois la course terminée, le tee-shirt est-il encore porté, ou se retrouve-t-il oublié au fond d’un placard ? François, finisher en juin dernier, n’accroche pas vraiment avec l’aspect voyant du tee-shirt finisher, ni avec son jaune solaire, ni avec l’inscription « 10K PARIS » en grosses lettres devant. Il aurait préféré l’ancien modèle : « Si j’en avais eu un noir, je l’aurais mis h24. Je préfère clairement les couleurs plus sombres », déclare le runner discret qui ne le porte que quelque fois en pyjama. Même s’il reconnaît que le noir permet moins d’identifier immédiatement la course, il reste fidèle à ses goûts personnels, partagés par beaucoup d’autres autour de lui.
| Se souvenir et garder en mémoire
Un maillot de course a souvent une symbolique forte, d’autant plus lorsqu’il est atypique et que des images reviennent en mémoire de celui qui a vécu l’événement. « Ils racontent chacun une histoire », déclare Sabrina à propos de son père, qui conserve une cinquantaine de hauts soigneusement rangés, y jetant parfois un coup d’œil pour se rappeler du bon vieux temps, quand il courait le marathon en 2h30. « Il y a le maillot du Marathon de Paris datant du 5 avril 2009, celui des Championnats de France du 10 km à Évian, celui des Foulées de Vincennes… », énumère sa fille.
Les souvenirs sont là. Mais pour ma mère, c’est juste encombrant. Elle dit toujours qu’il faudrait les jeter. Entasser ces vêtements-souvenirs dans un tiroir entier d’une commode reste donc un vrai défi familial. Certains ne comprennent pas l’intérêt de garder un tee-shirt usé et « moche ». Même si c’est pour se prélasser à la maison ou faire quelques étirements, certains modèles, notamment ceux en coton, mériteraient, aux yeux des conjoints ne partageant pas la même passion, d’être utilisés comme chiffons.
| Quand le tee-shirt porte un message
Loin d’être aussi stylés que ceux de marques incontournables, les tee-shirts offerts lors de courses caritatives se portent fièrement pour le message qu’ils véhiculent et l’espoir qu’ils suscitent. « Je n’ai jamais honte de mettre mon maillot Odyssea, car en le portant pour courir, je n’ai pas l’impression de dire ‘regardez, j’ai couru 10 km’, mais plutôt ‘pensez à vous faire dépister’ », déclare Elodie, une coureuse aguerrie. La couleur rose est donc inévitablement associée à Odyssea, le violet à la Sine Qua Non Run, une course de 6 ou 10 km entre Paris et la Seine-Saint-Denis pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles, et le bleu au 10 km UNICEF, un 10 km organisé pour lutter collectivement contre la malnutrition infantile.
Les tee-shirts des courses rebutent donc. Mais le choix du design n’est peut-être pas si simple. Ce n’est peut-être pas une volonté de les rendre « moches », et certains cherchent même à les rendre élégants. Mais le coût de production limité joue souvent en défaveur d’un modèle stylé, laissant dominer les designs simples et voyants. Surtout, les organisateurs semblent désormais vouloir réduire voire supprimer les tee-shirts, tant l’empreinte carbone est élevée. Le fondateur de l’association EcoTrail Organisation, Hervé Pardailhé-Galabrun, a totalement arrêté les tee-shirts sur les courses qu’il organise. Pas de tee-shirt à la première édition de Run for Climate, ni au célèbre EcoTrail Paris : « Faire un tee-shirt, ça émet minimum 6 kg de CO2 (et jusqu’à 20 kg), alors qu’une médaille en bois très légère, c’est 0,0367 kg de CO2. C’est énorme. Si le tee-shirt vient de Chine, c’est une catastrophe, et en plus, il est emballé dans du plastique ». Alors, à quand la fin des tee-shirts aux coûts dévastateurs ? Les souvenirs, eux, sont gravés dans le cœur.
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Sabine LOEB
Journaliste