Marathon autour d’un comptoir de bar aux Sables-d’Olonne : Mathias Guérin, à jamais le premier
10/04/2026 10:36Il y a les marathons qui traversent des capitales, ceux qui longent des fleuves, ceux qui racontent une ville. Et puis il y a celui qui tourne autour d’un bar. Bienvenue aux Les Sables-d’Olonne, là où un dimanche d’avril a pris des allures de boucle infinie. Là où Mathias Guérin a décidé de faire entrer le running dans une autre dimension : celle du comptoir, des verres qui tintent… et des kilomètres qui s’empilent sans jamais vraiment avancer.
L’histoire démarre comme beaucoup d’idées un peu folles un soir, après le service, entre fatigue et imagination qui déborde. Dans le bar Ayo des Sables d’Olonne en Vendée, on regarde le comptoir… rond. Et quelqu’un lâche : « Et si on faisait un marathon ici ? » Rires, évidemment. Puis silence. Puis, quelques mois plus tard, le projet revient sur la table, cette fois avec un nom : Mathias Guérin.
Le profil colle parfaitement. Marathonien, habitué des longues distances et des lieux, solide sur ses appuis. Mais jamais confronté à ce genre d’effort-là. Parce que courir 42,195 km, c’est une chose. Les faire en 1000 tours de 42 mètres… c’en est une autre. « Il connaît l’effort, mais pas l’effort en rond », résume avec malice Antoine Le Cam, l’un des gérants.
| Le marathon le plus statique de France
Dimanche 5 avril, 14 heures. Départ donné. Pas de ligne droite. Pas de paysage qui défile. Juste un circuit minimaliste : contourner le bar, glisser entre les tables, ressortir en terrasse, relancer, recommencer. Encore. Et encore. Un tour toutes les 16 à 17 secondes. Une mécanique presque hypnotique.
Au bout d’une heure, une cinquantaine de personnes s’installent. Verres à la main, regards intrigués. Puis l’ambiance monte doucement. Comme un DJ set qui prend. Sauf qu’ici, le tempo, c’est celui des foulées. Le concept intrigue autant qu’il fascine. Sur Insta, les réactions oscillent entre « mais qui fait ça ?! » et « complètement fan ». Sur place, personne ne quitte vraiment des yeux ce manège improbable. Parce que très vite, une évidence s’impose : ce n’est pas une course. C’est une expérience.
| Courir sans avancer, avancer sans bouger
Dans le running, la beauté se niche souvent dans le mouvement. Ici, elle se cache dans la répétition. 1 tour. 10 tours. 100 tours. 500 tours. Le décor reste le même, mais l’effort, lui, change de visage. Les jambes tournent, mais la tête encaisse. Le défi devient mental, presque brutal dans sa simplicité. Changer de sens tous les deux kilomètres pour éviter de casser la machine. Gérer les micro-pauses pour boire.
Accepter que chaque repère visuel ne soit qu’un rappel et voilà il reste encore des tours. Beaucoup de tours. Cette logique rappelle les formats les plus extrêmes de la discipline, comme la Self-Transcendence 3100 Mile Race, où les kilomètres s’accumulent autour d’un simple pâté de maisons. Sauf qu’ici, le terrain de jeu tient entre un comptoir et quelques tables hautes.
| Un marathon… version apéro
Vers 19 heures, le bar se remplit. Le pic annoncé arrive avec les derniers kilomètres. Les encouragements deviennent plus forts. Les regards plus insistants. L’effort se lit désormais sur le visage de Mathias, mais le rythme tient. Et puis, après 4h55 d’effort, la délivrance.
Pas de ligne d’arrivée traditionnelle. Pas d’arche gonflable. Mais une ambiance qui explose. Fumigènes, cris, verres levés. Une arrivée à la hauteur du défi : atypique, festive, presque irréelle. Le chrono dépasse les estimations les plus optimistes (certains misaient sur 4h15), mais l’essentiel n’a jamais été là. Finir, simplement.
| Le running aime les idées absurdes (et c’est tant mieux)
Dans le fond, ce marathon au comptoir ne sort pas de nulle part. Le sport regorge de défis absurdes… mais bien réels. Comme le Beer Mile, où il faut enchaîner tours de piste et bières à boire. Ou le Cooper’s Hill Cheese-Rolling, où l’objectif consiste à poursuivre un fromage lancé dans une pente dangereuse.
Ou encore le Man vs Horse Marathon, où l’humain tente de battre l’animal sur longue distance. Dans un autre registre, certains repoussent les limites dans des environnements extrêmes : le Marathon des Sables, ou le Badwater Ultramarathon. Mais au fond, la logique reste la même, celle de transformer la course en histoire.
| Et maintenant ?
Le succès de cette première édition ouvre déjà des perspectives. Les gérants évoquent un rendez-vous annuel, avec un objectif clair : battre le chrono de référence. Le marathon du bar pourrait bien devenir une tradition locale. Un mélange improbable de sport, de fête et de défi mental.
Parce qu’au final, cette histoire raconte quelque chose de simple. Le running ne se limite pas à la performance. Il s’invente partout. Même là où personne n’aurait pensé regarder. Autour d’un bar, par exemple. Et quelque part, dans ce tourbillon de 1000 boucles, une idée s’impose doucement : avancer n’a jamais été une question de ligne droite.
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Dorian VUILLET
Journaliste