Marathon de Londres 2026 : Sabastian Sawe brise la barrière mythique des deux heures
26 avril 2026. Une date gravée à jamais dans l’histoire du marathon. Il y a des jours où le sport change de dimension. Des jours où les barrières les plus mythiques finissent par tomber, pour de vrai. À l’occasion de la 46e édition du Marathon de Londres, Sabastian Sawe est devenu le premier homme de l’histoire à courir un marathon officiel sous les deux heures. 1h59’30. Un chrono que tous les passionnés et experts du milieu rêvaient de voir depuis quelques années. Et comme si cela ne suffisait pas, Yomif Kejelcha, pour son premier marathon, a lui aussi cassé cette barrière en 1h59’41. Du jamais vu. Deux hommes sous les deux heures. Dans la même course. Sur le même bitume londonien. C’est vertigineux. Et Londres ne s’est pas arrêté là. Chez les femmes, Tigst Assefa a défendu son titre en 2h15’41, nouveau record du monde en course exclusivement féminine. Une journée totale. Historique. Presque irréelle. Une performance qui fait basculer le marathon dans une nouvelle ère.
| Sabastian Sawe, premier homme sous les deux heures
Dès les premiers kilomètres, on a compris que ce marathon ne serait pas normal. Le groupe de tête s’élance sur une cadence très rapide avant de temporiser légèrement : 14’14 au 5 km, puis 28’34 au 10 km. Devant, les grands noms sont là : Sabastian Sawe, Yomif Kejelcha, Jacob Kiplimo, Tamirat Tola, Amos Kipruto, Deresa Geleta. Une densité folle. La tension est permanente. Les visages concentrés.
Les 3 pacers font un bon boulot et le semi-marathon est atteint en 1h00’29. Pas encore sous les deux heures, mais pile dans la zone espérée. Celle où tout reste possible, à condition d’avoir les jambes. La première partie du parcours londonien est favorable, avec de nombreuses descentes, le chrono à mi-parcours montre que les leaders mènent une course intelligente et prudente jusqu’ici. Mais tout reste à faire.
C’est après le 30e kilomètre que la course bascule. Les lièvres ont mis le clignotant et Sabastian Sawe prend les commandes. Il semble facile, presque trop calme pour ce qui est en train de se passer. Sa foulée est longue, fluide, efficace. Derrière, Yomif Kejelcha s’accroche. Pour un premier marathon, l’Éthiopien réalise quelque chose d’à peine croyable. Après ses années glorieuses sur la piste, on attendait beaucoup des débuts de l’Ethiopien sur marathon mais le voir encore dans la roue de Sawe à ce moment-là, c’est très fort. Jacob Kiplimo, détenteur du record du monde du semi-marathon (57’20), lui, reste quelques secondes derrière, mais le trou se creuse.
𝟭𝗵𝟱𝟵'𝟯𝟬''. Record du monde sur le marathon de Londres pour Sabastian Sawe, dans une ambiance assez folle 🙌 pic.twitter.com/Gqy4Uk01Sl
— Eurosport France (@Eurosport_FR) April 26, 2026
Entre le 30e et le 35e km, Sawe et Kejelcha vont faire le show. Ils accélèrent sérieusement. Sawe donne le tempo. Kejelcha suit le rythme. La projection commence à devenir folle. Plus seulement un record du monde. Plus seulement une grande victoire. Le sub 2 heures commence à animer toutes les conversations. La foule est en délire sur les côtés. Près de 800 000 personnes sont descendus dans les rues de Londres encourager les coureurs.
À l’approche de Big Ben, Sabastian Sawe place l’attaque qu’il faut pour distancer Kejelcha de quelques mètres. Pas beaucoup, mais assez. Ce qui est fou, c’est que le Kényan continue d’appuyer encore, seul devant, porté par son rêve le plus fou et la ferveur de Londres. Autour, tout le monde commence à réaliser ce qu’il se passe : on est en train d’assister à un moment qui restera gravé.
À 400 mètres de l’arrivée, il entame un ultime virage pour attaquer la dernière ligne droite sur The Mall. Après un effort héroïque, une course à l’exécution parfaite (1h00’29/59’01). Il franchit la ligne d’arrivée en 1h59’30. Explosant la barre symbolique des 2 heures et le précédent record du monde de Kelvin Kiptum (2h00’35). Eliud Kipchoge avait ouvert la voie avec son 1h59’40 hors course officielle en 2019. Sabastian Sawe, lui, l’a fait en marathon homologué. Yomif Kejelcha, lui, n’a rien lâché. Il termine juste derrière en 1h59’41. Un chrono sous les deux heures pour son premier marathon. C’est tout simplement stratosphérique. Il devient l’homme le plus rapide de l’histoire sur un premier marathon. Jacob Kiplimo prend la 3e place en 2h00’28. Oui, vous ne rêvez pas, les trois hommes sont sous l’ancien record du monde.
« Je savais que j’étais déjà très bien préparé pour cette course. Mais ce qui est arrivé hier est exceptionnel. C’était un moment que je n’oublierai jamais. J’étais surtout venu ici pour gagner la course et tenter le record du monde. Je suis si heureux aujourd’hui. Yomif m’a poussé à me dépasser. »
Sabastian Sawe
Classement Hommes
1. Sabastian Sawe (Kenya) 1h59’30
2. Yomif Kejelcha (Éthiopie) 1h59’41
3. Jacob Kiplimo (Ouganda) 2h00’28
4. Amos Kipruto (Kenya) 2h01’39
5. Tamirat Tola (Éthiopie) 2h02’59
6. Deresa Geleta (Éthiopie) 2h03’23
7. Addisu Gobena (Éthiopie) 2h05’23
8. Geoffrey Kamworor (Kenya) 2h05’38
9. Peter Lynch (Irlande) 2h06’08
10. Mahamed Mahamed (Royaume-Uni) 2h06’14
| Sabastian Sawe veut écarter tout soupçon de dopage
Forcément, un chrono pareil soulève des questions. C’est normal. Surtout avec l’affaire Ruth Chepngetich. Le marathon moderne avance très vite, parfois trop vite. Chaussures carbone, nutrition optimisée, parcours rapides, stratégies millimétrées… et puis, bien sûr, le sujet de la confiance et du dopage. Ces dernières années, l’Athletics Integrity Unit (agence anti dopage de World Athletics) a sanctionné un nombre incalculables de Kényans.
Mais sur ce point, Sabastian Sawe avait déjà pris les devants. Selon plusieurs médias, son équipe et son équipementier Adidas ont mis en place un dispositif de contrôles renforcés, avec une contribution annuelle de 50 000 dollars à l’Athletics Integrity Unit pour augmenter la fréquence des tests. Pour son Marathon de Berlin de l’an dernier, les sources évoquent environ 25 contrôles antidopage en deux mois dans le cadre de cette volonté de transparence. C’est énorme et c’est loin d’être un détail. Dans un sport qui est régulièrement abîmé par ces affaires, la transparence peut jouer un rôle crucial. Elle ne garantit pas tout, évidemment. Mais elle compte à redorer l’image de la discipline.
| adidas fait carton plein avec la nouvelle Adizero Adios Pro Evo 3
Et puis il y a le sujet des chaussures. Sawe portait les nouvelles super shoes Adidas Adizero Adios Pro Evo 3, un modèle qui relance forcément les discussions autour de l’avantage technologique. Kejelcha également. Assefa aussi. La marque allemande fait carton plein et son action en bourse connaît une nette hausse depuis dimanche. Certains parlent de révolution, mais d’autres évouqent un dopage technologique. Ce qui est sûr, c’est que les règles sont fixées par World Athletics et que l’équipement est conforme au règlement. Le débat ne disparaîtra pas. Mais la performance, elle, est là. Au final, ce n’est pas la chaussure qui fait le coureur. Sawe a quand même de très belles références chronométriques qui promettaient un très bel avenir sur marathon. 58’02 sur semi-marathon, 26’49 sur 10 km. Ce n’est pas rien.
| Tigst Assefa signe un nouveau record du monde
Avant même le tremblement de terre chez les hommes, la course féminine avait déjà placé Londres dans une dimension historique. Dès le départ, les favorites partent vite. Très vite. Tigst Assefa, Hellen Obiri, Joyciline Jepkosgei et Catherine Reline Amanang’ole se retrouvent à l’avant. Passage au 5 km en 15’39, au 10 km en 31’03. On est sur des bases folles, quasiment dans les eaux d’un record du monde d’une course exclusivmenet féminine (sans pacers masculins).
Très vite, Amanang’ole cède. Pour celle qui était lièvre ici-même l’an dernier, le rythme est trop rapide. Il ne reste plus que trois femmes devant : Assefa, Obiri, Jepkosgei. Comme attendu. Trois championnes. Trois styles de foulée. Trois regards qui se croisent. Passage au semi en 1h06’12. Le chrono est déjà énorme.

La deuxième partie devient un bras de fer. Plus de pacer. Juste trois athlètes qui se rendent coup pour coup, relais après relais. Assefa tente un mouvement dans une côte vers Canary Wharf, quitte à zapper un ravitaillement. Obiri et Jepkosgei s’accrochent. Personne ne veut être la première à lâcher. Dans les derniers kilomètres, tout se resserre. Puis Tigst Assefa place son accélération. Joyciline Jepkosgei cède d’abord. Hellen Obiri tente de rester au contact, mais l’Éthiopienne est trop forte. Elle utilise ses bras pour accélérer, sa foulée est puissante et elle file vers The Mall.
Tigst Assefa s’impose en 2h15’41, améliorant de neuf secondes son propre record du monde en course exclusivement féminine, établie ici-même l’an dernier. Derrière, Hellen Obiri termine en 2h15’53 (nouveau record personnel) et Joyciline Jepkosgei en 2h15’55. Trois femmes sous 2h16 dans la même course. Trois performances stratosphériques. Contrairement à l’an dernier, les conditions étaient idéales pour courir vite aujourd’hui avec des températures entre 10 et 12 degrés et un léger vent de dos sur la dernière portion du parcours.
Classement Femmes
1. Tigst Assefa (Éthiopie) 2h15’41
2. Hellen Obiri (Kenya) 2h15’53
3. Joyciline Jepkosgei (Kenya) 2h15’55
4. Degitu Azimeraw (Éthiopie) 2h19’13
5. Catherine Reline Amanang’ole (Kenya) 2h21’20
6. Eunice Chumba (Bahreïn) 2h23’44
7. Eilish McColgan (Royaume-Uni) 2h24’51
8. Julia Paternain (Uruguay) 2h25’47
9. Rose Harvey (Royaume-Uni) 2h26’14
10. Marta Galimany (Espagne) 2h27’38
| Le marathon entre dans une nouvelle ère
Il y aura clairement un avant et un après Londres 2026. Pendant des décennies, le sub 2 a été une frontière presque sacrée. Une idée un peu folle, une obsession de laboratoire, un fantasme d’experts physiologistes et de passionnés de running. Eliud Kipchoge l’avait rendu possible avec le Ineos 1:59. Kelvin Kiptum avait rapproché la ligne à Chicago. Sabastian Sawe l’a effacée.
Mais cette course ne raconte pas seulement l’histoire d’un homme. Elle raconte l’évolution globale du marathon. Les athlètes arrivent plus jeunes sur la route. Les profils venus du 5000 m, du 10 000 m et du semi-marathon passent plus vite au 42 km. Les chaussures progressent. La nutrition aussi. Les stratégies de course deviennent chirurgicales. Et les records ne tombent plus par petites miettes. Ils s’effondrent par plaques entières.
Le plus fou, peut-être, c’est que Yomif Kejelcha a couru 1h59’41 pour son premier marathon. Que Jacob Kiplimo a terminé en 2h00’28, lui aussi sous l’ancien record du monde. Que le top 6 a redéfini les meilleurs chronos jamais réalisés à ces places. Londres n’a pas seulement produit un vainqueur historique. Londres a déplacé toute l’échelle du possible.
Le Marathon de Londres 2026 restera comme une date gravée dans l’histoire du sport. Pas seulement dans l’histoire du running. Dans celle du sport tout court. Sabastian Sawe a cassé la barrière des deux heures. Yomif Kejelcha l’a suivie dans l’inimaginable. Tigst Assefa a repoussé son propre record. Et Londres, une fois encore, a offert une scène parfaite à une révolution. Plus besoin d’aller à Valence, Chicago ou Berlin désormais. On ne sait pas encore jusqu’où ira cette nouvelle ère. 1h58 ? Peut-être. Mais aujourd’hui, il faut surtout mesurer ce qui vient de se passer. Le marathon a changé de monde. Et nous, on a eu la chance de le voir en direct.
✓ Tous les résultats du Marathon de Londres 2026

Clément LABORIEUX
Journaliste