En avril 1896, à Athènes, alors que Spyridon Louis a remporté le premier marathon olympique moderne, une femme décide de parcourir elle aussi les 40 kilomètres le lendemain de la course officielle, sans dossard. Son nom : Stamáta Revíthi, première coureuse rebelle de notre ère. Stamáta Revíthi, dessinée par l'historien Athanasios Tarasouleas

Stamáta Revíthi, la gloire anonyme

Runners Inspirants
21/02/2026 13:49

En avril 1896, à Athènes, alors que Spyridon Louis a remporté le premier marathon olympique moderne, une femme décide de parcourir elle aussi les 40 kilomètres le lendemain de la course officielle, sans dossard. Son nom : Stamáta Revíthi, première coureuse rebelle de notre ère.


En 1896, sur les conseils de l’historien Michel Bréal, le marathon d’Athènes devient l’épreuve reine des Jeux olympiques repensés, rêvés par Pierre de Coubertin. Le 10 avril, dix-sept hommes doivent courir 40 kilomètres (la distance officielle ne sera adoptée qu’en 1908 à Londres). Aucune femme n’est alignée et pour cause, leur participation est interdite par les règlements. Une des raisons invoquées par le controversé Président du CIO ? Protéger les femmes des regards lubriques en tribunes.

Il y pourtant une femme qui a tenté par tous les moyens de prendre le départ de la course officielle, qui sera finalement remportée par Spyrídon Loúis en 2h58’50. La native de Syros Stamáta Revíthi a envie d’en découdre mais sera interdite de départ. Le lendemain de la course, le 11 avril 1896, elle décide de s’élancer seule entre la ville de Marathon, à l’est de la capitale, et le stade panathénaïque d’Athènes. Retour sur cette épopée entêtée devenue symbole aujourd’hui.

| Une performance hors cadre

Le marathon des Jeux de 1896 est pensé comme une épreuve masculine. Les arguments sont multiples à l’époque : les jeux antiques étaient réservés aux hommes, le corps de la femme n’est pas adaptée aux efforts prolongés ou encore « s’il y a des femmes qui veulent jouer au football ou boxer, libre à elles, pourvu que cela se passe sans spectateurs, car les spectateurs qui se groupent autour de telles compétitions n´y viennent point pour voir du sport  » : Une citation de Pierre de Coubertin qui date de 1928, preuve que le Baron avait les idées bien arrêtées sur le sujet. D’ailleurs, il faudra attendre 1984 et Los Angeles pour voir le premier marathon féminin aux Jeux olympiques.

Miniature de la vidéo

Les traditions ont toujours eu la dent dure. Toujours est-il que Revíthi demande à participer et que sa requête est rejetée par les officiels. Même le prêtre qui doit bénir les coureurs lui tourne le dos… Elle décide alors de courir malgré tout. Le 11 avril à 9h00 du matin, elle s’élance seule. Et à 13h30, après s’être arrêtée plusieurs fois pour reprendre des forces, elle termine le parcours. Là encore, élégance et esprit sportif toujours, on lui refuse l’accès au stade Panathénaïque où s’était déroulée la cérémonie officielle la veille. Toujours est-il que sa volonté de fer lui a donné une place dans l’histoire. L’information est discrète mais avérée par les historiens. Vous trouverez bien des divergences de date sur la fameuse course de Revíthi mais elles s’expliquent par la différence entre le calendrier grégorien et julien, ce dernier étant encore utilisé en Grèce à l’époque.

| Une course pour sortir de la pauvreté ?

Les journaux de l’époque évoquent en effet bel et bien sa performance. Athanasios Tarasouleas, historien lié au CIO, a enquêté à propos de cette histoire qui ressemble à une fable et a retrouvé des traces dans les journaux de l’époque. Le quotidien Estia fait ainsi référence à « la coureuse Mme Revithi, la femme étrange, qui, ayant couru il y a quelques jours le Marathon comme essai, a l’intention de participer après-demain. Aujourd’hui, elle est venue dans nos bureaux et a déclaré : ‘Si mes chaussures me gênent, je les enlèverai en chemin et continuerai pieds nus‘ ». Le journal évoque ici un premier marathon effectué comme essai (en 4h30 selon les sources), et c’est peut-être à ce moment qu’un mystère est né autour de deux soi-disant coureuses.

Stamáta Revíthi et une autre femme dénommée Melpomène auraient parcouru la distance. Selon certaines sources, la fameuse Melpomène, nom emprunté à la muse de la tragédie, pourrait bien être Stamáta Revíthi qui se serait présentée avec ce surnom. Les historiens ne sont pas d’accord sur ce fait. Mais Melpomène ou pas, la course de Stamáta Revíthi est avérée. Les informations biographiques sur cette femme demeurent toutefois fragmentaires. Elle serait née en 1866 à Syros, une des îles des Cyclades. Au moment des Jeux Olympique, elle est une femme pauvre, mère d’un enfant, ayant récemment perdu un autre enfant. C’est en venant chercher, à pied, du travail à Athènes qu’elle aurait entendu parler du marathon et se serait décidée à le courir. Chose qu’elle fera. L’histoire ne raconte pas si Stamáta Revíthi est sorti de sa condition suite à son exploit.

| À quand une statue Stamáta Revíthi en Grèce ou ailleurs ?

Le coup d’éclat de Stamáta Revíthi est loin d’avoir pu révolutionner les règles olympiques. Les femmes restent exclues du marathon pendant encore des décennies. Il faudra attendre 1984 pour que l’épreuve féminine soit inscrite au programme des Jeux olympiques de Los Angeles. Si son nom n’apparaît pas dans les palmarès officiels, son geste constitue un précédent et elle fait partie des premières femmes à se faire connaître dans un combat pour revendiquer l’accès à une épreuve d’endurance publique. Si son geste était détaché et spontané, peut-être mu par une volonté de se sortir d’une condition sociale difficile, il est devenu symbolique aujourd’hui.

Avec le développement des études historiques sur le combat des femmes pour leurs droits, son parcours a été redécouvert. Le geste de Stamáta Revíthi s’inscrit dans une longue chronologie d’initiatives isolées (Kathrine Switzer en 1967 en est la plus grande représentante) avant la reconnaissance institutionnelle. En Grèce, son histoire est reconnue et a été progressivement intégré au récit national du marathon comme une figure pionnière. Le travail de l’historien grec Athanasios Tarasouleas en est la meilleure preuve.

À quand une statue ou un musée au nom de Stamáta Revíthi ? L’histoire de cette femme entêtée et courageuse le mériterait bien. Et elle pourrait ainsi continuer dans le temps avec plus de force à inspirer tous les rêveurs du monde entier.


Charles-Emmanuel PEAN
Journaliste

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