Cynthia Erivo, la sorcière de Wicked, s’offre le Marathon de Londres en 3h21
À 39 ans, Cynthia Erivo a franchi la ligne d’arrivée du Marathon de Londres en 3h21 portée par « Defying Gravity ». Une chanson qu’elle interprète elle-même dans l’adaptation cinématographique de Wicked.
Pour son troisième marathon, la star britannique a frappé fort avec un chrono de 3h21’40. Record personnel. Objectif pratiquement atteint. Elle visait 3h15. Elle a fait 3h21. Dans une interview accordée à Runner’s World le 31 mars dernier, elle se montrait nuancée : « Vu que j’ai couru en 3h35 la dernière fois… si je pouvais descendre à 3h30 ou 3h25, je serais également très heureuse. »
Même à 6 minutes du temps rêvé, pas l’ombre d’une frustration. Le RP est tombé. Et c’est bien l’essentiel. Sur la ligne, Cynthia Erivo a savouré. Cette seconde expérience londonienne a le goût de l’accomplissement. Pas du genre à ressasser, elle avance. Un pas après l’autre. Et au fond, il y a plus important que la performance pour la détentrice d’un Tony Award et d’un Grammy Award. Il y a d’où on vient et le chemin parcouru. « Je pense que l’idée, c’est simplement de commencer là où on en est et de savoir qu’on ne commence pas par la fin. On commence par le début et on avance pas à pas vers notre objectif », confiait-elle au micro de la journaliste Amanda Furrer. Un état d’esprit qu’elle applique partout. Sur scène. À l’écran. Et sur 42,195 km.
| Une décennie de marathons
Un jour, dans un parc, Cynthia Erivo tombe sur une affiche annonçant une course de 5 km contre le cancer. Elle n’a jamais couru. Pourtant, une idée surgit : participer à cette cause. Mais des doutes la submergent très vite : « Je ne vais pas y arriver », pense-t-elle. Finalement, elle finit par écouter sa première impulsion. La plus simple. La plus instinctive. Et elle se met à courir. « Je n’ai pas arrêté depuis. C’est peut-être l’une des leçons les plus importantes que j’ai apprises. Nos désirs les plus profonds nous mènent là où nous voulons aller. Là où nous sommes censés être », raconte-t-elle dans son livre, Simply More, sous-titré Un livre pour tous ceux à qui on a dit qu’ils en faisaient trop, paru en novembre 2025.
De ses premières foulées, elle se souvient encore. Et pourtant, du temps a coulé sous les ponts depuis ce 5 km qui ressemblait alors à une montagne. En 2016, elle franchit un cap en terminant son premier marathon à New-York en 3h57. Déjà sous la barre symbolique des 4 heures. Depuis, elle ne cesse d’abaisser sa marque de référence. En 2022, pour sa première à Londres, elle boucle la course en 3h35. Et se surprend elle-même : « Je me suis rendu compte que j’avais couru assez vite seulement quand j’ai vu le chronomètre du semi-marathon affiché 1h21 et que je me suis dit : Comment ai-je pu courir ça en une heure et demie ? », se remémorait-elle dans Runner’s World.
Ce chrono, plus de 20 minutes plus rapide, n’a rien d’un hasard. Plutôt le résultat d’une détermination constante, d’un entraînement structuré… et d’un départ un peu trop ambitieux. « J’ai été placée avec les coureurs d’élite, qui ont couru le premier kilomètre en à peu près cinq minutes ; je me suis contentée de les suivre sans me rendre compte que ce serait là le rythme à tenir. Mais je me sentais vraiment bien, donc je n’avais pas l’impression de courir vite », détaillait-elle. Et puis il y a ce dernier chapitre : quelques jours plus tôt, elle a encore envoyé valser son record de près de 15 minutes. Cynthia Erivo ne fait pas les choses à moitié.
| Au coeur de Londres
Ce n’est pas pour rien qu’elle a tenu à revenir dans la capitale du Royaume-Uni. Pour celle qui est née et a grandi dans la cité de la Tamise, c’était une évidence. D’autant plus que ses proches étaient là, notamment sa mère, Edith Erivo, présente à l’arrivée pour la célébrer avec un bouquet de fleurs. « Je me souviendrai de ce moment pour toujours », confiait-elle sur les réseaux sociaux, émue, avant de se concentrer sur sa prestation de Dracula, qu’elle donnait le dimanche soir dans le West End londonien. L’actrice tient en effet le rôle-titre de cette pièce de théâtre à l’affiche, dans un solo vertigineux où elle traverse 23 personnages.
« C’était l’instinct. C’était le désir. Alors j’ai trouvé un chemin et je me suis mise à courir. Je n’ai pas arrêté depuis. »
Cynthia Erivo
| La course dans les tripes
Chaque matin, malgré la journée chargée qui l’attend, la Sorcière maléfique de l’Ouest enfile ses baskets pour courir. Si elle manque ce rendez-vous avec elle-même, c’est que le programme est mal ficelé, tant cette pratique est nécéssaire à son équilibre.
D’un côté, elle la vit comme une forme de méditation. Un moment pour se recentrer, quel que soit le format : musique, livre audio, podcast, ou au rythme des bruits environnants. Sur les images de Londres, impossible d’ailleurs de passer à côté de son casque à conduction osseuse. Et à peine se demande-t-on ce qu’elle écoute pour performer que Cynthia Erivo répond sur ses réseaux. « Que ce soit pour une longue course ou LA course de ta vie… Je laisse ça ici pour tous ceux qui auraient besoin d’une playlist. Celle-ci m’a permis de franchir la ligne d’arrivée, peut-être qu’elle pourra t’aider aussi », partageait-elle le lendemain de ce marathon spectaculaire.
D’un autre, la course irrigue aussi son travail de comédienne. « J’ai découvert que la course à pied me permettait d’assimiler certains aspects du spectacle, de retrouver mon identité physique, car mon corps s’imprégnait du personnage », précisait-elle dans l’article de Runner’s World.
La musique occupe une place centrale dans la pratique sportive de la chanteuse Cynthia Erivo. Rien d’étonnant donc à voir le public s’enflammer lors de son arrivée sur la chanson de Broadway « Defying Gravity », symbole d’une volonté de ne jamais rien lâcher.

Sabine LOEB
Journaliste