Olivier Maria, coureur amateur de 33 ans, a rejoint Marseille depuis Dunkerque en 10 jours, 11 heures et 50 minutes. © Jérôme Habasque

Dunkerque-Marseille en courant, le défi fou d’Olivier Maria en sandales

InterviewMarathon
12/05/2026 14:28

Olivier Maria, coureur amateur de 33 ans, a marqué le mois d’avril 2026 en accomplissant une sacrée aventure. Il a rejoint Marseille depuis Dunkerque en 10 jours, 11 heures et 50 minutes, parcourant ainsi 1134 km à pied.


Olivier Maria. Ce nom ne vous dit peut-être pas grand-chose, surtout si vous ne faites pas partie des 62 000 personnes qui le suivent sur Instagram. Et pourtant, c’est celui d’un titan. En 10 jours, 11 heures et 50 minutes, il a traversé la France en courant. Sa photo devant la mer, le palais du Pharo en arrière-plan, où il brandit le drapeau français sur lequel est inscrit « Dunkerque-Marseille », n’a pas pu vous échapper. Son sourire, l’émotion sur son visage, la chanson choisie pour accompagner cette publication marquant l’accomplissement d’un projet de deux ans : tout y est.

Mais avant de réaliser cet exploit, le Lillois est tombé, avant de se relever. Retour sur une aventure sportive et humaine, née d’une question simple : « Est-ce possible de traverser la France en courant ? » À laquelle il a répondu par l’affirmative, sans jamais minimiser l’effort nécessaire pour y parvenir.

| La course avec lui, de 2015 à aujourd’hui

Olivier a d’abord été un coureur sur route. « Je courais des distances assez classiques, affirme-t-il. Du 10 km au marathon. » Puis, un jour, il découvre l’ultra-cyclisme. Il se lance alors dans des formats extrêmes, comme Race Across France, une épreuve au cours de laquelle il parcourt près de 2500 kilomètres à travers l’Hexagone.

À peine ce défi relevé, une autre idée germe déjà dans son esprit d’aventurier. « Vu que je viens de la course à pied, que je cours en sandales minimalistes et que le côté sobriété me tient à cœur, l’étape suivante, c’est de traverser la France en courant, parce qu’il y a encore moins de matériel et d’aide mécanique », raconte-t-il.

En novembre 2024, lorsqu’il annonce son projet sur ses réseaux sociaux, il fait figure de précurseur. Mais entre-temps, de nombreuses initiatives similaires voient le jour, pas toujours animées par les mêmes intentions. Lui, comme Pierre Destailleur, est soutenu par l’association Universport et cherche avant tout à inscrire sa pratique extrême dans une démarche respectueuse de l’environnement. « Ce que je voulais raconter en sous-texte dans ce projet, c’est faire du sport en partant de chez soi, sans prendre l’avion pour aller à l’autre bout du monde », confie-t-il. Une vision qu’il est parvenu à incarner lors de cette traversée unique de la France.

«  J’avais une carte blanche, envie d’aller dans telle ville, de partir n’importe quand. »

Olivier Maria

| Un projet respectueux et en totale autonomie

Pas besoin d’un équipement dernier cri pour parcourir 1136 km en près de onze jours. Voilà ce que ce coureur ultra renvoie. C’est en tout cas le message que renvoie cet ultra-coureur. Avec une seule paire de sandales, il est allé au bout. Rien de si étonnant, selon lui : « Ça fait 5 000 ans que l’humain court sans grosses chaussures, il n’a pas attendu ces paires pour courir longtemps », selon lui.

À travers son projet, Olivier remet ainsi en question la place accordée au matériel. « La course, ça reste quelque chose de naturel. Il vaut mieux se concentrer sur soi, sur son entraînement », poursuit-il. Au-delà de cette performance, il y a une logique écologique à porter ces modèles minimalistes. « C’est beaucoup plus durable, assure-t-il.La paire que j’ai poussée le plus loin, c’est plus de 3000 kilomètres. » Lorsqu’elle arrive vraiment en fin de vie, il ne jette que les semelles et conserve la sangle. Le fabricant lui renvoie  ensuite uniquement les semelles, qu’il rattache lui-même. « Il y a un côté do it yourself assez cool et, en termes de déchets, c’est beaucoup plus écologique », insiste-t-il.

Au-delà de ses sandales, Olivier a aussi démontré qu’un tel défi pouvait se réaliser en totale autonomie. Parti de Dunkerque avec un sac de seulement deux kilos sur les épaules, il s’est élancé avec son itinéraire en tête, et dans son téléphone. Pour s’hydrater, il anticipait ses passages par des points d’eau, notamment dans les cimetières, repérés en amont sur sa trace GPS. Pour s’alimenter, même logique : ravitaillement au fil du parcours, au gré des commerces croisés. « Je mangeais un peu ce que je pouvais : des compotes, des sandwichs, des sodas pour le sucre… mais j’ai quand même perdu pas mal de poids », détaille-t-il. Côté vestimentaire, là encore, le strict minimum : un t-shirt en mérinos, « lavé tous les deux ou trois jours », et quelques affaires de rechange pour le soir. « J’avais pris vraiment l’essentiel », résume-t-il.

| Des tests… et un échec avant l’exploit

Au moment de prendre le départ de sa traversée, Olivier sait qu’il ne faut pas s’alourdir. Ses différents tests lui ont appris qu’emporter trop de nourriture était contre-productif. Mais ces essais ne lui ont pas servi qu’à ajuster son sac : ils lui ont surtout permis d’apprivoiser l’effort en continu sur de très longues distances.

Car lui ne se contenterait pas d’un marathon par jour, soit cinq à six heures d’effort, mais viserait plutôt une centaine de kilomètres quotidiens, avec l’objectif de rallier Marseille en un minimum de jours. Dès le début de sa préparation, entamée en janvier 2025, il se rend vite compte que la difficulté majeure n’est pas tant la distance… que le lendemain. Repartir, encore. « Quand j’ai commencé ma prépa, j’ai fait Lille-Dunkerque (environ 90 km, en hiver 2025), et le lendemain au réveil, je ne pouvais plus bouger. J’avais les jambes HS. Je me suis dit qu’il fallait quand même repartir le lendemain. Et progressivement, j’ai réussi à enchaîner : d’abord 5 à 10 km le lendemain, puis deux longues sorties d’affilée. »

L’entraînement a payé, puisque son corps a fini par s’adapter. Il avale même des blocs de trois jours à 300 kilomètres, « en conditions réelles, pour voir si ce n’était pas trop dur à la fin, si c’était faisable ». Parmi ces tests, un Lille-Amsterdam, l’occasion aussi d’aller chercher ses sandales « made in Pays-Bas ».

Ces répétitions générales ne garantissent pourtant pas forcément le succès. En octobre 2025, une première tentative échoue. « Je me suis blessé, j’ai eu une bactérie qui a infecté mon pied et l’a fait gonfler », se souvient-il. Contraint de s’arrêter, il ne renonce pas pour autant. Il repart s’entraîner, plus déterminé encore. La deuxième fois sera la bonne. Lors de sa traversée réussie, il atteint Troyes et retrouve le centre sportif de l’Aube, la même chambre, la même personne. Un passage hautement symbolique. « Jusqu’à ce que j’arrive à cet endroit, c’était dur mentalement. Je me disais : “je vais passer un cap”. Et une fois que c’est passé, c’était une autre aventure qui s’ouvrait. En franchissant ce point, j’exorcisais aussi mon ancienne blessure, et je partais plus loin que je n’étais jamais allé. »

Quand Olivier Maria raconte son aventure, tout semble presque fluide, au point de paraître évident. Pourtant, son histoire tient à peu de chose : sa capacité à se relever après un premier abandon, difficile à encaisser. C’est sans doute cette frustration, née de l’échec, qui lui a donné l’élan nécessaire pour aller au bout. Car il faut le dire : les trois derniers jours ont été marqués par des douleurs intenses, sans réel plaisir, seulement de la souffrance. « C’est assez indescriptible d’avoir fait quelque chose d’aussi fou », conclut-il, le sourire aux lèvres.


Sabine LOEB
Journaliste

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