Emmanuel Roudolff-Levisse a réalisé un bel exploit en terminant sixième et premier Français du Marathon de Paris 2026 en 2h05'58.

Emmanuel Roudolff-Levisse après le Marathon de Paris : « La dernière ligne droite était magique, j’avais tellement d’adrénaline que je ne ressentais plus la douleur »

InterviewMarathon
12/04/2026 15:08

Emmanuel Roudolff-Levisse a réalisé un bel exploit ce dimanche matin en terminant sixième et premier Français du 49e Marathon de Paris en 2h05’58. Ce nouveau record personnel, qui fait de lui le quatrième meilleur performeur Français sur la distance, confirme un très bel hiver sur semi-marathon. Le pensionnaire de l’Athlé 92 s’est confié après le plus beau marathon de sa carrière. Entretien !


| Emmanuel, comment vous sentez-vous après cette superbe performance ?

Courbaturé mais très content, cela vient récompenser des mois d’une préparation qui a été très longue. Je savais que j’avais les moyens de faire quelque chose de bien, ce qui me rend le plus fier c’est d’avoir pu accrocher les meilleurs jusqu’à dix minutes de la fin, voire un peu moins. J’étais là quasiment tout du long avec en plus un négative split, je ne me congratule pas très souvent mais c’est vrai que là je suis content.

| Le scénario de course fut idéal avec un départ sur des bases moins rapides que celles prévues en 2h05

C’est vrai que 2h05 cela me faisait un peu peur, si cela avait été le cas j’y serai allé au début parce que je n’avais pas trop le choix mais ce n’était pas l’idéal, je suis plutôt un diesel. Il vaut mieux éviter de prendre un départ rapide et de craquer derrière, il me faut plutôt l’inverse. Le premier semi en 1h03’10 m’a permis de rentrer dans ma course plus doucement, de prendre confiance, de récupérer mes bidons aux ravitaillements sans trop de souci. Sur la seconde partie même si le rythme a accéléré, je me sentais bien, je me disais que je pouvais le faire, que je pouvais y croire en gérant mon effort tant que cela était possible et que je pouvais courir avec les gars du groupe de tête.     

| Il n’y a jamais eu d’affolement même au moment de la cassure en deux du groupe de tête au 25e kilomètre

Vers le 25e kilomètre il y’a eu des attaques, des à-coup dans le peloton, je sentais que le rythme était déjà très soutenu, je préférais amortir à chaque fois les offensives et cela a très bien fonctionné. En courant sur le fil, à la limite j’arrivais à revenir parce que j’avais l’impression que les gars se regardaient un peu après chaque attaque. J’ai cru en moi, je savais que je souffrais pendant 3-4 minutes mais je savais qu’il y avait une chance que cela ralentisse et que je revienne.

| Le Bois de Vincennes avec son calme ambiant fut agréable, comment avez-vous vécu ce moment ?

Quand on arrive sur une première partie de course au bout de 30 minutes et pendant environ une demi-heure comme ce fut le cas, c’est un moment où j’aime bien être dans ma bulle, il reste beaucoup de chemin à parcourir. La seule chose à laquelle je réfléchissais était de me réveiller tous les 5 kilomètres, prendre mon bidon au ravitaillement. Le fait d’être dans ce décor avec moins de monde, moins de bruit, moins de virages, cela m’a permis de me recentrer et de voir défiler le temps. Quand je suis sorti du Bois de Vincennes, j’ai commencé à me dire que j’avais fait une bonne partie et cela m’a donné confiance.

| Ensuite de retour dans Paris, l’ambiance vous a porté

J’entendais beaucoup de monde notamment lorsque l’on passait dans les tunnels, les gens en haut nous encourageaient, cela m’a porté. Plus j’avançais vers la fin et plus je me disais qu’il y’avait ma famille qui me regardait à la télévision et que quelque chose était potentiellement en train de se passer, cela m’a motivé au fil de la course.

« Je ne me fixe pas de limite, le marathon de Paris n’est pas le plus rapide, je sais que je peux encore peut-être grapiller une minute. »

Emmanuel Roudolff-Levisse

| Comment avez-vous géré les dix derniers kilomètres ?

J’ai essayé de faire au mieux, à partir du 30e kilomètre j’étais en forme par rapport à mes standards mais je n’avais pas des jambes de feu en comparaison avec mes concurrents, j’avais plutôt l’impression de subir la course. J’essayais de faire le dos rond, de survivre à chaque attaque, de revenir, je regardais les minutes sur le chrono de la voiture en tête de course, j’essayais de tenir de minute en minute toujours plus longtemps jusqu’à l’accélération finale où je n’avais plus les jambes, l’énergie pour suivre la dernière attaque. Nous étions à trois kilomètres de l’arrivée, je savais que je n’allais pas revenir, j’ai essayé de gérer mon effort, je savais que le dernier kilomètre était légèrement descendant et je ne voulais pas trop perdre dans les deux derniers kilomètres qui restaient avant le final.

La fin était douloureuse mais je savais que je faisais une bonne course, je me suis battu avec en plus le moins de 2h06 à l’arrivée. La dernière ligne droite était magique, j’avais tellement d’adrénaline que je ne ressentais plus la douleur. Je sentais que mes jambes ne pouvaient pas avancer plus vite mais je voyais le chrono défiler et j’ai réalisé que je pouvais faire moins de 2h06, j’ai tout donné pour arriver le plus vite possible.

| Vous êtes désormais le quatrième Français de tous les temps sur marathon avec de belles perspectives pour l’avenir

Je ne me fixe pas de limite, le Marathon de Paris n’est pas le plus rapide, je sais que je peux encore peut-être grapiller une minute. Le vainqueur Yemane Crippa a été très fort, je vais sûrement le retrouver aux championnats d’Europe cet été, il y’a encore un niveau au-dessus à aller chercher pour rivaliser avec les meilleurs. Cela me donne confiance par rapport à ce que je fais à l’entraînement mais il y’a encore un palier à franchir pour un podium ou gagner un grand marathon.

Ce chrono valide mon hiver, mes performances sur semi et l’entraînement. J’avais un peu d’appréhension parce que pour New-York en novembre dernier j’avais fait un peu la même préparation, les 20 kilomètres de Paris en octobre j’avais fait 56’30 soit l’équivalent de ma performance sur semi juste avant Paris et à New-York j’étais complètement passé à coté. Je me suis remis en question en me demandant s’il ne fallait pas un peu revoir l’entraînement. J’ai voulu me laisser une autre chance ici à Paris et cela s’est très bien passé. Finalement New-York c’était juste un jour sans. Mon chrono valide aujourd’hui les acquis et la méthode d’entraînement.

« Le gros objectif cet été sera les Championnats d’Europe à Birmingham en août sur marathon sous réserve de qualification. Je vais surement retrouver Crippa, il va falloir que je trouve un moyen de parer son finish mais cela ne sera pas facile. »

Emmanuel Roudolff-Levisse

| Le cap de franchi est aussi dû à deux années sans blessure

Complètement quand on est blessé on progresse très peu on a beau faire beaucoup de vélo, de piscine, les adaptations ne se font pas de la même façon même si ce sont des sports d’endurance. Je me connais de mieux en mieux avec les blessures je sais quand il faut lever le pied ou pas. On a des petites alertes quasiment toutes les semaines, si je m’arrêtais à chaque fois je ne m’entrainerais jamais. Le but est de trouver le bon compromis et cela marche bien.

© ASO

| Votre papa Pierre Levisse (quadruple vainqueur des France de cross dans les années 80) était présent, il vous a dit quoi à l’arrivée ?

Il était très fier, un peu surpris, il ne pensait pas forcément que j’arrive à faire ce chrono. La veille, il m’avait dit ne pas partir avec les premiers mais la course était plus lente que prévue. Sur cette préparation ces derniers mois il m’a beaucoup plus aidé que les autres fois notamment en m’accompagnant à vélo, cela doit lui faire plaisir de voir que ce que l’on a fait ensemble a bien marché.

| Quelle est la suite de la saison désormais ?

Je vais faire le Semi-Marathon des Sables-d’Olonne le 24 mai, les Interclubs avec l’Athlé 92 et le gros objectif sera les championnats d’Europe à Birmingham en août sur marathon sous réserve de qualification sachant que je remplis les critères de sélection. J’ai une carte à jouer cet été maintenant le niveau en Europe est très très fort sur marathon. On le voit aux Jeux olympiques ou aux Mondiaux, les Européens trustent désormais une grande partie du top 10, ce serait un grand plaisir de représenter la France et de faire la même course qu’aujourd’hui. Je vais surement retrouver Yeman Crippa (vainqueur du Marathon de Paris), il va falloir que je trouve un moyen de parer son finish (sourire) mais cela ne sera pas facile.

| À plus long terme, les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028 seront un vrai objectif ?

Bien sûr, même si j’essaye de ne pas trop y penser, les minima ne sont pas encore sortis, l’an passé pour les Mondiaux ils étaient à 2h05’12 donc avec mon chrono du jour rien n’est fait d’autant que pour les Jeux les minima peuvent encore être plus relevés. Je n’ai pas envie de passer à côté comme lors des Jeux de Paris, le chrono que je viens de faire me place bien mais on verra d’ici là.


François-Xavier de Chateaufort

François-Xavier de Chateaufort
Journaliste

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