Mélanie Doutart, reine du 10 km en 2017 : « J’ai profité des meilleures années pour performer »
À 37 ans, Mélanie Doutart troque progressivement les pointes de ses débuts pour les longues distances, sans jamais renier son attachement au cross. Toujours portée par le goût de l’effort, la médecin du sport et jeune maman revient sur un parcours aussi exigeant qu’épanouissant.
2h56’10 pour un premier marathon l’année de la naissance de son enfant. Il n’y a qu’une femme comme Mélanie Doutart pour réaliser une telle performance. L’ancienne athlète amiénoise est épatante. Six semaines après son accouchement, elle avait déjà retrouvé les sentiers de l’Oise, son terrain d’entraînement.
Depuis 12 ans, et ses premiers pas sur la piste du stade Urbain-Wallet de l’Amiens UC, Mélanie court. Trois petits mois de pause pendant sa grossesse ne l’ont pas empêché de rester active. Elle a remis le couvert en fin d’année dernière, en bouclant pour la première fois la distance de 42 km. En moins de 3 heures. Une sacrée performance à Valence, préparée dans des conditions loin d’être idéales.
Entre sa fille, sa profession de médecin et les kilomètres à enchaîner, son quotidien est rythmé. Dans un moment de battement, entre deux consultations et l’allaitement d’Armance, Mélanie est revenue sur ses titres, ses médailles et sa sélection en équipe de France. L’adepte de boue et de relances reste la reine du cross malgré le passage des années. 36e des Championnats de France de cross long en mars dernier, elle n’a pas dit son dernier mot. Et prévoit même de se tester sur le steeple l’année prochaine, une discipline découverte lors des interclubs en mai. Pas d’adieu définitif à la piste, même si elle s’éloigne progressivement de sa distance de référence, le 5000 m, où elle avait signé 16’14’’94 en 2017.
| Des débuts tardifs en athlétisme
Peu d’athlètes vivent de l’athlétisme en France. Mélanie ne l’a d’ailleurs jamais envisagé. Elle qui a découvert le tartan sur le tard, à 25 ans. « J’avais eu une grosse déception et envie de me remettre en forme. Comme j’avais toujours eu envie de courir, c’est venu comme ça, progressivement. J’ai fait une ou deux compétitions sans entraînement spécifique. Une amie m’a ensuite proposé de venir tester à l’AUC, et ça m’a plu », retrace-t-elle.
Elle entre alors dans un sport où le talent ne suffit pas, et où l’entraînement s’intensifie à mesure que le niveau se déploie. Ses performances, Mélanie les doit d’abord à des compétences uniques. À son enfance dans les champs, sans doute. « Je jouais beaucoup dehors avec des copains, et à la ferme, quand il fallait aller chercher des bêtes en pâture, c’est moi qu’on envoyait », se remémore-t-elle. Son père lui aurait transmis ses gènes de coureur. « Il avait des facilités, ajoute-t-elle. Au moment où il a fait son service militaire, il était déjà très bon en cross. »
Sa progression, elle la doit aussi à une rigueur et un investissement.Ce n’est qu’à la fin de sa cinquième année de médecine, au début de la sixième, qu’elle s’attelle à la course à pied. Elle est alors encadrée à l’Amiens UC par Philippe Barbier. De là, les bons résultats se succèdent. Elle bat son record sur 5000 m à Carquefou en 16’14’’94. « Une course où je me suis vraiment dépassée. Une belle surprise », lâche-t-elle. Dans la foulée, elle monte sur la troisième marche du podium des Championnats de France sur la distance à Marseille.
La même année, elle est sélectionnée en équipe de France pour défendre le drapeau tricolore aux Championnats d’Europe de cross-country à Samorin, en Slovaquie. « Ça a été très dur, parce que le niveau était très élevé. On avait un ressenti de -8. Je crois que je n’ai vécu que deux courses comme ça à avoir aussi froid. » Toujours en 2017, elle devient championne de France du 10 km à Aubagne en 34’41. « On est parties à six ou sept. Je faisais vraiment le drapeau derrière le groupe, puis ça a sauté au fur et à mesure. On était plus que deux au dernier kilomètre et j’ai réussi à accélérer sur la fin. »
L’année suivante, elle décroche le bronze sur 3000 m aux championnats de France en salle à Liévin (9’29’’40). En 2019, un nouveau bronze sur 10 000 m à Pacé (34’38’’46). Elle retient surtout les confrontations. « Les batailles », sourit-elle, sur les chemins vallonnés et gras. À la Transbaie notamment, où elle sera de nouveau alignée en septembre. « J’ai un énorme souvenir, parce que j’ai couru face à une Kényane qui m’avait battue d’une minute sur 5000 m deux jours avant. Je me suis dit que la course était faite, mais pas du tout, j’ai réussi à la battre sur la fin de la course ! »
« J’ai eu un peu l’impression de me mettre en boite automatique, avec le régulateur. Je préfère le semi, où on peut prendre plus de risques. Sur marathon, on on le paie vite. »
Mélanie Doutart, 2h56 au marathon huit mois après son accouchement
| 37 ans et les cheveux au vent
Aujourd’hui, Mélanie regarde droit devant. Pas la peine de regarder en arrière. Tant de belles expériences l’attendent sous le regard admiratif de sa fille âgée d’un an. La course l’a accompagnée pendant plus de 7 mois de sa grossesse. Six semaines plus tard, ses foulées retrouvaient déjà les chemins de l’Oise, soudain libérées. « Avant je me mettais beaucoup de pression, confie-t-elle. Ça m’a permis de découvrir d’autres disciplines, le steeple aux interclubs, par exemple. »
La compétition reste un moteur. Un repère aussi. Licenciée à l’Entente Oise Athlétisme, elle est suivie par Jean-Claude Vollmer. Son lieu de vie la pousse à prioriser le fractionné en nature, la piste reculant dans son emploi du temps. Elle court quatre à cinq fois par semaine sur les sentiers de l’Oise ou au stade de Mouy, à deux pas de chez elle. Le marathon de Valence s’est inscrit dans cette continuité. « Je savais que je pouvais y arriver en termes de distance. L’objectif était de faire moins de 3h. Je ne me suis pas bousculée plus que ça. Le but, c’était de se faire plaisir », avoue-t-elle. Elle décrit un effort maîtrisé : « J’ai eu un peu l’impression de me mettre en boite automatique, avec le régulateur. Je préfère le semi, où on peut prendre plus de risques. Sur marathon, on on le paie vite. J’ai plutôt assuré le coup. »
Doucement, Mélanie accepte aussi son évolution dans la hiérarchie. Même si dans sa région, elle reste l’une des crosswoman à battre : 2e aux régionaux cette saison. Master depuis deux ans, elle continue de jouer dans la cour des grandes. « Au début, j’étais un peu réticente. Je préférais me qualifier au scratch, finir 10e toute catégorie qu’être première master, reconnaît-elle, le sourire aux lèvres. Mais je pense que je vais me résigner à courir contre des filles de ma catégorie. » Cette triple casquette de mère, médecin et athlète s’équilibre simplement. « C’est un autre plaisir », résume-t-elle.
« Je n’ai pas spécialement de regrets. J’ai fait un peu ce que j’avais à faire. J’ai profité des meilleures années où on peut performer », déclare-t-elle. Elle n’en aurait de toute façon pas fait son métier. « C’est particulier de passer professionnel, de ne faire que des entraînements et d’être couper socialement. » Le temps a filé vite, mais la passion reste intacte. Et l’avenir continue de lui offrir de nouvelles perspectives : « En master, il y a encore de belles choses à faire. »

Sabine LOEB
Journaliste